L’Union européenne menace l’Iran d’une mission navale dans le golfe Persique

Par Alex Lantier
31 juillet 2019

Alors que le ministère britannique de la défense annonçait dimanche qu’un deuxième destroyer britannique, le HMS Duncan, était arrivé dans le golfe Persique, les appels se multipliaient au sein de l’élite dirigeante européenne pour déployer une flottille navale européenne ou «flotte européenne» dans le golfe pour menacer l’Iran.

Le prétexte de cette escalade européenne est la crise militaire provoquée par Washington dans le golfe Persique riche en pétrole. Washington avait unilatéralement déchiré le traité nucléaire iranien de 2015 et réimposé des sanctions contre l’Iran l’année dernière. Trump avait déclaré cette année qu’il était à 10 minutes de bombarder l’Iran lors que l’Iran avait abattu un drone américain. Les troupes britanniques ont illégalement arraisonné un pétrolier iranien au large de Gibraltar sur ordre américain et les bateaux iraniens ont arraisonné un pétrolier battant pavillon britannique, le Stena Impero. Maintenant, les puissances de l’Union européenne (UE) réagissent, cependant, non pas en s’opposant à Washington, mais en menaçant l’Iran.

Après la capture du Stena Impero le 19 juillet, des responsables britanniques et d’autres pays de l’UE ont lancé une campagne qui appelait à une intervention navale de l’UE visant l’Iran. Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a appelé à «une meilleure sécurisation de la zone maritime du Golfe persique» à l’Assemblée nationale française le 23 juillet. Il a ajouté: «C'est pour cette raison que nous engageons en ce moment une initiative européenne avec les Britanniques, avec les Allemands, pour faire en sorte qu'il y ait une mission de suivi et d'observation de la sécurité maritime dans le Golfe.»

Au milieu de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, cette mission est une tentative téméraire des puissances impérialistes européennes de s’emparer d’une part des ressources pétrolières dans la région stratégique du golfe Persique.

En 2013, alors que Berlin remilitarisait sa politique étrangère pour la première fois depuis la chute des nazis en 1945, un groupe d’entreprises allemandes a formé la Raw Materials Alliance (l’Alliance Matières Premières). Dans un article intitulé «Va-t-on voir des guerres de ressources?», un de ses responsables, Dierk Paskert, a déclaré à Handelsblatt: «L’histoire montre que de nombreux conflits ont leur origine dans la lutte pour les ressources […] L’approvisionnement en matières premières est la base de la valeur ajoutée et du bien-être du pays, et a donc une signification géopolitique.» Le journal ajoute que l’industrie souhaite «une plus grande implication de l’État et de l’armée dans la sécurisation des matières premières».

Hier, Dieter Kempf, le chef de l’Association industrielle allemande (BDI), s’est prononcé en faveur de la participation militaire allemande à une intervention de l’UE dans le Golfe persique. Faisant écho à l’appel du Handelsblatt en faveur d’une guerre des ressources, Kempf a déclaré: «Pour l’Allemagne, pays exportateur et puissance industrielle, la liberté de navigation est d’une importance capitale […] Ces voies maritimes transportent au moins un cinquième de la demande mondiale de pétrole.»

Qualifiant cyniquement l’expédition de l’UE dans le Golfe persique d’«intervention défensive», Kempf a ajouté: «C’est une question de solidarité entre nous, Européens; l’Allemagne devrait participer à une telle mission».

Les positions de Kempf sont partagées par les politiciens capitalistes de toute l’Europe. Norbert Röttgen, un haut responsable de l’Union chrétienne démocratique (CDU) au pouvoir en Allemagne, a appelé les militaires allemands à «une véritable contribution à une mission européenne». La ministre allemande de la défense, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), successeur présumé de la chancelière Angela Merkel, n’a pas exclu de participer à la mission de l’UE, a déclaré: «Nous pourrons en parler, une fois que nous saurons exactement ce qui est prévu.»

La semaine dernière, des responsables français, italiens et danois auraient soutenu le projet britannique d’une mission navale de l’UE, alors que des responsables espagnols et néerlandais l’étudiaient encore.

Hier, les responsables iraniens ont condamné les missions navales prévues par l’UE. «La présence de forces étrangères non seulement n’aidera pas la sécurité de la région, mais sera le principal facteur de tension», a déclaré le président iranien Hassan Rouhani. Le porte-parole du gouvernement, Ali Rabiei, a dit: «Nous avons entendu dire qu’ils ont l’intention d’envoyer une flotte européenne dans le Golfe persique. Cette nouvelle porte naturellement un message hostile, c'est provocateur et cela va accroître les tensions.»

C’est un secret de polichinelle dans les cercles dirigeants européens que ces plans sont coordonnés avec le Pentagone. Ce dernier a demandé aux puissances de l’UE d’envoyer leurs navires de guerre dans le golfe Persique dans le cadre de ses plans de guerre contre l’Iran. Un diplomate européen de haut rang a cyniquement déclaré à Reuters: «La demande de la Grande-Bretagne, plutôt que celle de Washington, permet aux Européens de s’y rallier plus facilement. La liberté de navigation est essentielle; elle est distincte de la campagne américaine de pression maximale sur l’Iran.»

De même, des responsables sud-coréens discuteraient de l’envoi d’un navire de guerre pour participer à des opérations de «liberté de navigation» dans le golfe Persique, visant l’Iran.

La campagne en faveur d’une mission navale de l’UE ciblant l’Iran souligne le virage hystérique vers la droite dans les cercles dirigeants européens et internationaux. Dans une nouvelle marche vers une guerre au Moyen-Orient de plus en plus grave, Washington reprend les méthodes de provocation qui ont conduit à l’invasion illégale de l’Irak, menée par les États-Unis en 2003. Il s’appuie sur le même type de mensonges selon lesquels l’Irak possédait des «armes de destruction massive». Pourtant, les puissances de l’UE dirigées par Berlin et Paris, qui ont critiqué les provocations américaines contre l’Irak aux Nations unies en 2002, ne font aujourd’hui aucune tentative publique de s’opposer à l’effort de guerre contre l’Iran.

Malgré l’impopularité des guerres au Moyen-Orient et de Trump dans la classe ouvrière américaine, européenne et internationale, les bourgeoisies européennes préparent des opérations militaires qui, pour l’instant du moins, s’accordent largement avec les plans de guerre de l’impérialisme américain.

Néanmoins, de profondes contradictions et des conflits persistent entre les puissances impérialistes qui envoient toutes des forces dans le Golfe persique. L’Administration Trump tente d’inclure les navires de guerre de l’UE dans ses plans de guerre. Toutefois, ces derniers menacent également les entreprises de l’UE avec des centaines de milliards de dollars en tarifs douaniers, une guerre commerciale. En outre, ils exigent que les puissances européennes abandonnent leurs plans pour une armée européenne indépendante. Dans le même temps, l’UE se trouve secouée par la crise du «Brexit» qui s’annonce. Ces conflits ont engendré des tensions visibles entre les puissances de l’UE alors qu’elles tentent d’élaborer une politique contre l'Iran.

Après que Boris Johnson soit devenu Premier ministre britannique la semaine dernière, il a fait appel pour un «Brexit» sans accord. Les responsables britanniques ont abandonné la fiction selon laquelle la «eurofleet» était sans rapport avec les plans de guerre américains. «Je pense que nous voulons voir une approche européenne, mais cela ne me semble pas viable sans le soutien des États-Unis», a déclaré le nouveau ministre des affaires étrangères Dominique Raab à The Times. The Daily Telegraph a déclaré que les remarques de Raab étaient «susceptibles de déstabiliser l’Allemagne et la France, qui ont toutes deux déclaré que tout effort européen devait être indépendant des États-Unis».

Le ministre allemand des affaires étrangères Heiko Maas a répondu en déclarant: «Nous avons clairement fait savoir que nous ne souscrivons pas à la politique de pression maximale des États-Unis. Nos efforts dans la région doivent être reconnus comme européens.»

La ministre française de la défense, Florence Parly, a déclaré à L’Est Républicain: «Nous travaillons à nous organiser entre Européens, mais une chose est sûre: notre comportement ne devra avoir qu’un seul objectif, faire baisser les tensions actuelles et défendre nos intérêts. […] Nous ne voulons pas contribuer à une force qui pourrait être perçue comme aggravant les tensions.»

Les tentatives de Berlin et de Paris de s’éloigner des plans de guerre américains contre l’Iran sont hypocrites. Tout en proclamant qu’ils ne veulent pas d’une pression maximale ou d’une aggravation des tensions avec l’Iran, ils attisent la crise, menaçant d’envoyer des navires de guerre sur l’un des points chauds militaires et commerciaux les plus volatils du monde, ce qui fait le jeu de la politique de guerre américaine.

La politique militariste de l’UE souligne que la seule façon de s’opposer à l’effort de guerre contre l’Iran est de mobiliser la vaste opposition et la désaffection des travailleurs à l’égard de la guerre au niveau international dans une lutte contre tous les gouvernements capitalistes, y compris les puissances impérialistes européennes qui menacent l’Iran.

(Article paru d’abord en anglais le 30 juillet 2019)