Comment lutter pour les droits démocratiques à Hong Kong

Par Peter Symonds
26 août 2019

Depuis début juin, des manifestations de masse se sont déroulées à Hong Kong, auxquelles ont participé, pour certaines, jusqu’à deux millions de personnes, et exigeant que l’Administration de Hong Kong et sa cheffe Carrie Lam, retirent leur législation sur l’extradition ; qu’elle mette fin à la violence policière et permette une élection au suffrage universel. Lam, soutenu par le régime du Parti communiste chinois (PCC), a seulement suspendu la loi qui permettrait l’extradition vers la Chine.

Après près de trois mois de manifestations, la question qui se pose aux travailleurs, aux jeunes et aux intellectuels de Hong Kong est de savoir comment faire progresser la lutte pour les droits démocratiques fondamentaux. Cela est d’autant plus urgent que Pékin rassemble des policiers anti-émeutes lourdement armés dans la ville de Shenzhen, voisine de Hong Kong, et menace d’intervenir pour réprimer violemment les manifestations.

Ces manifestations prolongées, motivées aussi par des préoccupations plus larges comme l’inégalité sociale flagrante, le manque de logements abordables et d’emplois décents, font partie d’une résurgence mondiale de la classe ouvrière qui comporte le mouvement des Gilets jaunes en France, les manifestations de masse à Porto Rico et un mouvement montant de grèves au plan mondial.

Les travailleurs et les jeunes qui luttent pour les droits démocratiques à Hong Kong doivent se tourner vers ce mouvement mondial montant de la classe ouvrière, la seule force sociale capable de mener une lutte cohérente pour la démocratie. La réponse des classes dirigeantes de tous les pays à cette recrudescence de la lutte des classes est l’adoption de mesures d’État policier et la promotion de l’extrême droite et de forces fascistes.

Les travailleurs de Hong Kong doivent en particulier tendre la main à leurs frères et sœurs de classe en Chine, qui affrontent le même ennemi de classe – le régime stalinien de Pékin qui n’est ni socialiste ni communiste mais défend les intérêts des oligarques bourgeois et des super-riches en Chine et à Hong Kong.

La classe ouvrière doit rejeter les mensonges propagés par Pékin qui affirme que les manifestations sont dues à une poignée d’extrémistes ou à la «main noire» de l’impérialisme américain. Des affirmations démenties par le fait que ce sont des millions de personnes qui y participent. De plus, reconnaissant qu’ils pourraient se heurter à une opposition massive dans leurs propres pays, Washington et ses alliés ont généralement réagi avec sympathie, pas envers les manifestants, mais envers le régime réactionnaire de Pékin.

La principale faiblesse politique du mouvement de protestation de Hong Kong est l’absence d’une direction ouvrière qui lutte pour le programme exprimant ses intérêts de classe – l’internationalisme socialiste. En conséquence, ce sont des partis, groupes et syndicats pro-capitalistes qui ont dominé les manifestations sur le plan politique, focalisant uniquement sur les intérêts étriqués de Hong Kong et ignorant les vrais problèmes de la classe ouvrière.

Leurs revendications sont inspirées par le Front civil des Droits de l’homme qui regroupe des ONG, des partis politiques et des groupes associés au groupe Pan-démocrate du Conseil législatif de Hong Kong. Celui-ci, qui forme l’opposition, représente les intérêts d’une partie de l’élite bourgeoise de Hong Kong. Cette couche s’inquiète des empiétements de Pékin mais est profondément hostile à un mouvement de la classe ouvrière menaçant leurs profits et leurs entreprises.

Des dizaines de milliers de travailleurs ont participé à une grève générale, indépendamment des syndicats, le 5 août, la première depuis des décennies. La Confédération syndicale (CTU), alignée sur les pan-démocrates, a nominalement soutenu cette grève mais sans appeler ses quelque 200.000 membres à la suivre. Des groupes pseudo-de gauche, tels que l’Action socialiste, affiliée au Comité pour une Internationale ouvrière, ont surtout cherché à maintenir les travailleurs liés à ces syndicats pro-capitalistes et aux partis de l’opposition officielle.

La perspective des Pan-démocrates est d’exploiter les protestations pour pousser Pékin et l’Administration de Hong Kong à faire quelques concessions limitées. Ils font également appel aux grandes puissances – en particulier les États-Unis et l’ancien pouvoir colonial britannique – pour faire pression sur l’appareil du PCC.

Ni Washington ni Londres ne se soucient guère de défendre les droits démocratiques, à Hong Kong comme ailleurs. La bannière des «droits de l’homme» a servi aux États-Unis et à leurs alliés pour mener des guerres criminelles d’agression dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Asie centrale et lancer des opérations de changement de régime un pays après l’autre.

Les travailleurs de Hong Kong devraient adresser leurs appels non pas à Washington ou à Londres, mais aux centaines de millions de travailleurs de villes chinoises comme Shenzhen, Shanghaï et Pékin.

Les manifestations prolongées de Hong Kong reflètent certainement la détermination et le courage, en particulier des jeunes, de lutter pour les droits démocratiques fondamentaux. Mais sans tournant vers la classe ouvrière, les manifestations se solderont par un désastre : soit un compromis pourri par les pan-démocrates et le Front civil des Droits de l’homme, soit la répression sanglante du mouvement par le régime stalinien de Pékin et ses forces de sécurité.

Pour unifier la classe ouvrière chinoise, il est essentiel de s’opposer à toute forme de nationalisme et de chauvinisme, y compris au patriotisme chinois du PCC et à celui de Hong Kong. Ce dernier prend des formes particulièrement viles avec des groupes de droite tels que les ‘Indigènes de Hong Kong’ et Civic Passion qui organisent des provocations violentes contre les «continentaux». Ce ne sont pas les Chinois du continent qui sont à blâmer pour le manque d’emplois et les prix élevés. C’est le système capitaliste oppressif qui subordonne chaque aspect de la vie aux bénéfices des entreprises.

Pour lutter pour les droits démocratiques et sociaux, il est nécessaire de construire un parti ouvrier basé sur l’internationalisme socialiste. Cela nécessite une clarification politique des expériences stratégiques clés du XXe siècle, en particulier du rôle traître du stalinisme et de sa variante chinoise, le maoïsme. C’est la théorie stalinienne réactionnaire du «socialisme dans un seul pays» qui est à l’origine de l’État ouvrier déformé issu de la révolution de 1949. Après avoir mené la Chine dans une impasse, le PCC, à partir des années 1970, a conclu un accord avec l’impérialisme américain et s’est tourné vers la restauration capitaliste. Le PCC préside aujourd’hui un régime capitaliste qui défend les intérêts d’une poignée d’oligarques ultra-riches.

Le fait même que Hong Kong soit restée une enclave coloniale britannique en Chine démontre la volonté du régime maoïste de faire des compromis avec l’impérialisme. Il ne fait aucun doute que la classe ouvrière de Hong Kong était prête, en 1949, à mener une lutte pour chasser le colonialisme britannique. Toutefois, le PCC et ses armées paysannes étaient résolus à réprimer l’action indépendante des travailleurs dans toute les villes chinoises. Près d’un demi-siècle plus tard, la Grande-Bretagne était prête à céder son entrepôt à Pékin, bien consciente qu’il n’y avait pas deux systèmes, mais un seul, capitaliste, à Hong Kong comme en Chine.

Quiconque croit que le PCC et ses serviteurs politiques de Hong Kong vont céder à la pression et entreprendre des réformes démocratiques significatives devrait se rappeler les événements de 1989 ayant conduit au massacre de la place Tiananmen. Le PCC faisait alors face à un mouvement de masse, non seulement d’étudiants, mais aussi de la classe ouvrière à Pékin et dans toute la Chine. Dans ces conditions, le régime stalinien n’a pas hésité à mener une sanglante répression militaire.

Toutefois, un tel résultat était évitable. Le mouvement de masse, qui impliquait des millions de travailleurs, a ébranlé le régime à la racine. Dans les semaines critiques précédant la répression militaire, ce qui avait manqué en Chine, comme à Hong Kong aujourd’hui, c’était une direction révolutionnaire, imprégnée des leçons des trahisons du stalinisme. Tel est le besoin urgent aujourd’hui: construire une section du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), le mouvement trotskyste mondial. Le CIQI est le seul à avoir mené pendant des décennies une lutte contre le stalinisme et toutes les formes d’opportunisme.

(Article paru d’abord en anglais le 22 août 2019)