Fin de la convention collective chez GM, Ford et Fiat Chrysler: l’UAW menace d’affamer les travailleurs en cas de grève

Par Tom Hall
14 septembre 2019

Une bataille s’annonce dans l’industrie automobile. Aujourd’hui expire l’accord salarial chez General Motors, Ford et Fiat Chrysler.

Les constructeurs automobiles veulent faire porter à leur main-d’œuvre le fardeau de tout ralentissement économique par des compressions importantes. General Motors, que le syndicat UAW a choisi comme entreprise «cible», veut réduire ses coûts de main-d’œuvre et augmenter sa part d’intérimaires pour l’aligner sur celle de Ford et Fiat Chrysler.

Un des objectifs particuliers des constructeurs est de réduire encore les coûts des soins de santé. «Kristin Dziczek, vice-présidente pour l’industrie, le travail et l’économie au Center for Automotive Research d’Ann Arbor, Michigan, a dit que parce qu’elle touchait les familles des travailleurs et entrait en jeu en temps de crise, l’assurance maladie était un point de conflit entre travailleurs de l’automobile et employeurs,» a écrit le Detroit News cette semaine.

D’autre part, les travailleurs de l’automobile, dont le salaire réel a baissé de 16 pour cent depuis 2010, sont déterminés à récupérer tout ce qu’ils ont perdu. Le mois dernier, ils ont voté presque à l’unanimité pour autoriser la grève à l’expiration de la convention collective.

Pendant que les travailleurs discutent et se préparent à la grève, l’UAW, qui a imposé des ‘concessions’ pendant des années en échange de pots-de-vin, fait tout son possible pour saboter une lutte. Si elle est forcée à déclencher une grève, elle chercha à la faire cesser le plus vite possible, avant qu’elle n’ait un impact sérieux sur les bénéfices des entreprises.

C’est ce qui ressort clairement d’une brochure que l’UAW distribue actuellement dans les usines automobiles au sujet de son Programme d’aide à la grève. Elle contient cette menace voilée: si vous faites grève, nous vous affamerons jusqu’à la soumission.

On peut y lire les détails suivants:

* Les prestations hebdomadaires sont de 250 dollars (230 euros) par semaine.

Cette somme dérisoire, qui était de 200 dollars (180 euros) et fut augmentée en mars dernier est totalement insuffisante pour permettre aux travailleurs de survivre sur les piquets de grève. Elle ne passera à 275 dollars (250 euros) qu’au 1er janvier 2020, soit trois mois et demi après la date d'expiration de l’accord, ce samedi.

Mais même cela s’accompagne d’une liste de critères d’admissibilité. Comme l’a dit un travailleur de Fiat Chrysler au WSWS: «Il y a 22 raisons pour lesquelles le syndicat ne nous versera pas d’indemnités de grève».

* Les travailleurs ne seront même pas éligibles pour recevoir l'indemnité de grève avant le 8e jour de grève.

Cela donne à l’UAW une motivation financière directe pour faire cesser la grève le plus tôt possible afin d'éviter de verser des indemnités de grève.

Le fonds de grève est l'argent des travailleurs, financé par les cotisations, qui avaient été augmentées avant 2015 prétendument pour le renforcer en vue d’une grève.

Le désespoir économique dont l’UAW cherche à tirer profit est le résultat de sa propre politique. Une grande partie des membres de l’UAW, près de la moitié chez Ford, sont des travailleurs de ‘deuxième rang’ ou des intérimaires à temps partiel (TPT) vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté. Bon nombre d’entre eux n’ont pas assez d’économies pour complémenter une indemnité de grève.

Si, pour éviter la misère, ils obtiennent du travail supplémentaire pendant la grève pour payer leurs factures, ils perdront leur indemnité de grève si leur salaire est supérieur à celle-ci.

* L'assurance dentaire, l'assurance vision, l'assurance-maladie et l'assurance contre les maladies et les accidents ne sont pas couvertes par les prestations de grève.

Si les médicaments sont couverts, ces prestations ne seront versées « qu'avec l'approbation du président et du secrétaire-trésorier » et même alors, seulement après que « toutes les obligations contractuelles de langue et autres ont été épuisées ».

* Les travailleurs qui sont sans emploi ou qui reçoivent des indemnités de maladie et d’accident ne sont pas éligibles pour une indemnité de grève.

Selon la brochure, seuls les travailleurs «activement salariés au début de la grève» ont droit à l’indemnité de grève. En d’autres termes, ceux qui sont obligés de survivre grâce à une allocation, de chômage ou autre, ne recevront rien.

De plus, les travailleurs admissibles à une aide sociale, comme des bons alimentaires ou (dans certains États) une indemnité chômage durant une grève, doivent faire une demande pour pouvoir toucher des prestations de grève. Les grévistes touchant plus de 230 euros de chômage par mois ne peuvent plus toucher une indemnité de grève.

Un passage particulièrement odieux dit que «les membres qui se voient refuser une indemnité de chômage en raison de la grève recevront des prestations sous forme de prêt, qui doit être remboursé au fonds de grève immédiatement après réception de l’indemnité de chômage. Y manquer peut conduire à des poursuites en justice».

Autrement dit, le syndicat est prêt à traîner les travailleurs devant les tribunaux s’ils sont trop pauvres pour rembourser leurs propres indemnités de grève. Toute personne qui doit des prêts du fonds de grève «n’est pas considérée en règle» et n’a donc pas droit à des indemnités de grève.

* Seuls les «membres en règle» sont admissibles pour l’indemnité de grève.

Ainsi, les nombreux travailleurs de l'automobile des États de ‘Droit au travail’ comme le Michigan qui, dégoûtés par la corruption endémique de l’UAW, ont légitimement décidé de ne pas payer de cotisations, ne recevront aucune indemnité de grève. Les stagiaires et les nouveaux embauchés n’ont pas automatiquement droit à une indemnité de grève.

Ils « peuvent » toutefois «devenir admissibles» à une aide à la grève «seulement s’ils adhèrent au syndicat en payant les frais d’adhésion et les cotisations du mois en cours avant que la grève n’ait lieu».

Pour la bureaucratie de l’UAW, limiter les paiements venant du fonds de grève est aussi un acte d’autoprotection financière. Pour compenser la baisse des cotisations, suite à des décennies de fermetures d’usines et de licenciements auxquels l’UAW elle-même a collaboré, le syndicat utilise le fonds de grève comme caisse noire pour payer les salaires à six chiffres de ses hauts fonctionnaires.

Les restrictions au détournement du fonds de grève avaient été progressivement éliminées avant d’être entièrement supprimées en 2006.

A cause de cela et d’autres dépenses «administratives», la valeur du fonds de grève est tombée d’un milliard de dollars en 2001 à 600 millions en 2015. Bien qu’il fût partiellement revenu à 760 millions, il n’en reste pas moins que l’UAW a une motivation financière directe d’empêcher les grèves.

Afin d’organiser une lutte efficace, les travailleurs doivent retirer la conduite de la lutte des mains de l’UAW en créant des comités de la base dans chaque usine. L’énorme scandale à la corruption qui submergé l’UAW à la veille de la lutte sur les accords salariaux n’a fait que démontrer ce que les travailleurs savaient déjà, que l’UAW est un outil corrompu des sociétés automobiles.

Les comités d’usine doivent exiger que le fonds de grève massif soit mis à la disposition des travailleurs en grève.

Les prestations de grève doivent être triplées et passer de 250 dollars à au moins 750 dollars (690 euros) par semaine ; et être garanties pour l’ensemble de la main-d’œuvre, indépendamment du «statut» officiel. Toutes les prestations de soins de santé doivent être maintenues par l’entremise du fonds de grève.

Une telle action prouverait aux entreprises que les travailleurs de l’automobile sont préparés pour une longue bataille.

Ces mesures peuvent être financées par les ressources qui vont dans les poches de la bureaucratie syndicale. Il faut supprimer leurs traitements à six chiffres et toutes les autres dépenses «administratives» détournées du fonds de grève. Ces traitements doivent être réduits au niveau des indemnités de grève des travailleurs.

Les ‘Centres de formation’ conjoints des entreprises et de l’UAW, notoires comme courroies de transmission pour pots-de-vin et corruption, devraient être immédiatement fermés et vendus, le produit allant aux indemnités de grève.

Jeudi, l’Autoworker Newsletter du WSWS (Bulletin du travailleur de l’automobile) a organisé une réunion en ligne avec 300 travailleurs où fut discutée la stratégie et la perspective nécessaires pour organiser les travailleurs de l’automobile contre la conspiration des entreprises et de l’UAW. Pour participer, visitez.

(Article paru d’abord en anglais le 12 septembre 2019)