Les grévistes du 5 décembre en France défendent Julian Assange

Par Alexandre Lantier et V. Gnana
6 décembre 2019

Alors qu’ils défilaient pour marquer leur opposition à la politique sociale régressive de l’Union européenne et d’Emmanuel Macron, de nombreux grévistes le 5 décembre ont dit aux journalistes du WSWS leur attachement à la cause du célèbre fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. Ces commentaires témoignent du profond soutien qui existe pour Assange parmi les travailleurs autour du monde, et de la nécessité de mobiliser ce soutien en une lutte pour le libérer.

James, un vendeur manifestant contre la réforme des retraites à Paris, dénoncé le fait qu’Assange soit détenu sans motif légal dans la prison de Belmarsh près de Londres, pour avoir révélé la vérité sur les actions de Washington en Irak occupé. Il a dit, «On ne peut pas tenir quelqu'un enfermé comme ça dans des conditions pareilles juste parce qu'il l'a révélé et dénoncé des crimes de guerre. En Irak il y avait tellement de choses à voir, des mensonges dits par Bush et compagnie. Donc pourquoi tenir un homme dans ces conditions là? C'est inimaginable.»

Il a ajouté que les milieux dirigeants manifestement «ont une peur bleue parce qu'il y a des dossiers du renseignement américain. J'espère qu'on va tout faire pour le soutenir tout le temps, tout le temps.»

James a également souligné l’intérêt que suscite Assange parmi les travailleurs en lutte en France: «Il y a tout une délégation de ‘gilets jaunes’ qui est monté à Londres le mois dernier justement pour soutenir Julian Assange.»

Sandrine, une enseignante en maternelle qui manifestait à Paris, a aussi évoqué son soutien pour Assange. Avec sa détention, a-t-elle dit, «c’est la liberté de l’opinion qui est mise à mal. C’est pitoyable et malheureusement dans beaucoup de démocraties on peut croire que la liberté de parler existe, mais en fait non. Donc je me bats, oui, pour la liberté d’expression et pour mon travail.»

Plusieurs manifestants ont fait part de leur colère et de leur incompréhension face au refus de la France, sous la présidence de François Hollande, d’accorder l’asile politique à Assange. La mère du plus jeune enfant d’Assange vit en France, et Assange avait demandé l’asile à Hollande auparavant dans une tribune publiée dans Le Monde.

Jérémy, un infirmier qui manifestait à Marseille, a dit au WSWS: «La France aurait dû accueillir Assange. Les révélations des crimes commis sont énormes. Qu'il ait été enfermé aussi longtemps dans l'ambassade de l'Equateur sans qu'il n'ait pu obtenir l'asile, cela me met en colère.»

Corinne, une chômeuse venue manifester contre la réforme des retraites et qui participe à un collectif de soutien à Assange, a dit: «C'est quelqu'un qui a qui a défendu la France. La France ne lui a pas octroyé l'asile politique, elle ne l'a même pas écouté. Tout le monde essaye de faire bouger les choses et rien ne bouge. Parce au dessus il y a vraiment une omerta. … Pour partager des articles sur Assange, et les pétitions je suis bloquée sur Facebook sans arrêt.»

Elle a ajouté, «La presse appartient à qui on sait, tous ces milliardaires. Donc, à part les médias indépendants qui nous interviewent pendant les manifestations, notamment, et qui relayent l'information, sinon le public … n’est au courant de rien.»

Corinne a souligné l’importance fondamentale du cas d’Assange et d’une défense de la vérité et de la liberté d’expression pour la classe ouvrière en France et à l’international. «Je suis travailleuse, dans la rue pour défendre l'intérêt des travailleurs pour changer ce système qui ne fait pas attention à tous ces travailleurs, et qui ne cherche qu'à faire de l'argent sur leurs dos.»

Pour mener une telle lutte, les travailleurs ont besoin du genre d’informations que publient Assange et WikiLeaks, a expliqué Corinne: «C'est un journaliste qui a accepté de publier des vérités, concernant ce que les Etats font, notamment. Je pense que vous avez dû entendre parler de Collatéral Murder, une célèbre vidéo de crimes de guerre américains en Irak. Mais ce n'est pas la seule chose. Il a publié des câbles. Il a toujours protégé les lanceurs d'alerte qui lui fournissaient ces informations.»

Elle a poursuivi, «Julian Assange c'est essentiel pour nos sociétés. C'est ici les vérités ne sont pas portés au grand jour. … On voit bien qu'aujourd'hui en France on n'a pas le droit de manifester. La preuve, le cortège n'avance pas. Il y a les canons à eau, il y a les CRS, il y a les voltigeurs, il y a des infiltrés parmi le cortège et on essaye de nous museler. La liberté de cet homme serait le début de notre liberté d'expression, le début de notre liberté tout court.»

Et Corinne a aussi souligné la nécessité d’une lutte pour libérer Assange, emprisonné seul, menacé d’extradition vers les États-Unis, et ciblé par de nombreux États: «Là il est incarcéré à la prison de Belmarsh, qui est une prison de très haute sécurité créée pour les terroristes après les attentats du 11 septembre. l n'a aucun droit, pas le droit de se défendre, pas d'accès aux bibliothèques. Il est torturé psychologiquement et chimiquement. Les rapporteurs de l'ONU ont fait suffisamment de rapports. Là il y a des médecins qui ont signé des pétitions.»

Elle a ajouté, «Le chef d'inculpation principal ne sera mis sur sa tête qu'une fois sur le sol américain. Et là, il risque jusqu'à 175 ans de prison voire la peine de mort. Donc cet homme il est dans une santé dans un état de santé est complètement incroyable. C'est quelqu'un qui était vif d'esprit très intelligent, et là c'est un homme qui est en train de mourir.»