Les démocrates de la CIA soutiennent la campagne de destitution menée par la CIA

Par Patrick Martin
18 décembre 2019

Les congressistes Elissa Slotkin (D-MI) et Abigail Spanberger (D-VA) ont annoncé lundi qu'elles voteraient en faveur de la destitution du président Trump mercredi, lors de sa présentation à la Chambre des représentants. Les deux femmes ont fait carrière pendant dix ans à la CIA avant de remporter des sièges qui appartenaient aux républicains à la Chambre des représentants lors des élections de 2018.

Slotkin et Spanberger sont deux des onze démocrates élus pour la première fois en 2018, issus directement de la sécurité nationale et élus à des fonctions électives, et que le World Socialist Web Site a identifiés et rendus publics comme démocrates de la CIA.

Leur recrutement pour se présenter à des sièges libres ou républicains a été une opération conjointe de la direction du Parti démocrate et de l'appareil militaire et du renseignement pour s'assurer que la nouvelle Chambre – après la prise du pouvoir prévue des démocrates – sera fermement alignée sur l'establishment de la sécurité nationale.

Beaucoup plus de démocrates issus de l’appareil militaire et du renseignement ont été élus que de partisans de Bernie Sanders. Ceux-ci sont bien plus nombreux que la fameuse «escouade» de quatre femmes nouvellement élues issues des minorités qui ont fait l'objet d'une publicité massive.

Avec les déclarations de Slotkin et de Spanberger en faveur de la destitution, puis lundi de Jason Crow du Colorado, un ancien membre des forces spéciales de l'armée, dix des onze «démocrates de la CIA» ont maintenant déclaré qu'ils voteraient en faveur de la destitution du président.

Les sept autres sont Max Rose, de New York, ancien commandant d'unité en Afghanistan, Andy Kim, du New Jersey, ancien conseiller militaire en Afghanistan et membre du Conseil national de sécurité, Mikie Sherrill, du New Jersey, ancienne pilote d'hélicoptère dans les forces armées, Tom Malinowski du New Jersey, ancien fonctionnaire du département d'État spécialisé dans les provocations relatives aux «droits de l'homme», Chrissy Houlahan de Pennsylvanie, ancien capitaine de l'armée de l'air, Conor Lamb de Pennsylvanie, procureur du Corps des Marines, et Elaine Luria de Virginie, ex-commandant de navire de guerre.

Le onzième est Jared Golden du Maine, qui a voté en faveur de la résolution pour la tenue de l’enquête de destitution le mois dernier et qui devrait également soutenir celle-ci, mais qui n'a pas encore pris d'engagement public.

Slotkin a déclaré son soutien à la destitution dans un éditorial publié dans le Detroit Free Press lundi matin, suivi d'une réunion municipale à l'université Oakland de Rochester Hills, une banlieue nord de Detroit au Michigan.

Dans son éditorial, Slotkin a souligné son plein, accord avec l’idée d’intimider les gouvernements étrangers faibles, comme l'a fait Trump avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Elle s'oppose en fait à l’objectif de cette intimidation, et non à la méthode: «Pour être claire, les présidents des deux partis ont mis à profit le rôle puissant des États-Unis pour amener les pays étrangers à faire ce qui est dans notre intérêt, écrit-elle. C'est là tout à fait normal, car les hauts responsables américains doivent exercer un effet de levier pour accroître notre sécurité nationale. Mais c’est là que réside toute la différence fondamentale: le président Trump a utilisé le pouvoir de la présidence pour son propre bénéfice, pour se donner un certain avantage dans l'élection même qui déterminera s'il reste ou non en fonction.»

Slotkin ajoute: «Au cours des derniers jours, j'ai accompli ce pour quoi j'ai été formée à faire en tant qu'agent de la CIA qui a travaillé tant sous les républicains que les démocrates... Dans le monde de la sécurité nationale, nous sommes formés pour prendre des décisions difficiles, même si elles sont impopulaires – si nous croyons que la sécurité du pays est en jeu.»

Ce que la congressiste a été «formée à faire en tant qu'agent de la CIA», c'est de poursuivre les intérêts de l'impérialisme américain par les méthodes les plus impitoyables et les plus sanglantes qui soient. Elle a servi trois fois comme agent de la CIA en Irak, devenant la principale responsable des briefings des services de renseignement pour l'ambassadeur des États-Unis à Bagdad, le dirigeant dans les faits du pays. Elle a ensuite travaillé comme directrice pour l’Irak au Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche d'Obama, puis comme assistante de John Negroponte, le premier directeur du renseignement national, une personne ayant tout un passé de crimes de guerre impérialistes américains en Amérique centrale et remontant jusqu’à l’époque de la guerre du Vietnam.

Comme nous l'écrivions en 2018: «Après sa profonde implication dans les crimes de guerre américains en Irak, Slotkin s'installe au Pentagone, où, en tant que secrétaire adjointe principale de la défense dans les affaires de sécurité internationale, ses domaines de responsabilité comprennent la guerre des drones, la «défense territoriale» et la cyberguerre.»

Pour Slotkin, soutenir une campagne de destitution initiée par la CIA elle-même à partir d’une plainte déposée par un soi-disant dénonciateur, revient à simplement suivre les ordres. Les médias corporatifs glorifient toutefois sa décision comme s'il s'agissait d'un acte héroïque d'un courage politique considérable.

Slotkin et Spanberger font partie de sept démocrates nouvellement élus, tous issus des milieux de l’appareil militaire et du renseignement, qui ont signé l’éditorial du Washington Post du 23 septembre apportant leur soutien à l'ouverture d'une enquête de destitution fondée sur les accusations portées en matière de sécurité nationale ayant trait à l'Ukraine. Ces sept démocrates se sont tous auparavant opposés à la destitution du président Trump dans les questions de la séparation des enfants et des parents immigrés, de son interdiction illégale des visiteurs musulmans et de son détournement anticonstitutionnel de fonds pour construire son mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Alors que la Maison-Blanche, les républicains au Congrès et leurs porte-parole médiatiques exercent une pression considérable sur les 31 représentants démocrates qui ont remporté des «districts pro-Trump» – où Trump avait obtenu plus de voix qu'Hillary Clinton en 2016 – il semble que seule une poignée d'entre eux parviendra à rompre les rangs. Ainsi, en date de lundi soir, 24 d'entre eux avaient annoncé leur soutien à la destitution (dont sept démocrates de la CIA).

Jeff Van Drew, un démocrate conservateur élu dans le deuxième district du New Jersey, qui comprend le quart sud de l'État et Atlantic City, a annoncé qu'il voterait contre la destitution et changerait son affiliation politique pour devenir républicain.

Collin Peterson, représentant le septième district du Minnesota, largement rural, et qui représente la majeure partie du tiers ouest de l'État, votera également contre la destitution. Van Drew et Peterson ont été les seuls démocrates à s'opposer à la résolution approuvant l'enquête de destitution.

(Article paru en anglais le 17 décembre 2019)