Des travailleurs de Delta empoisonnés par des uniformes de travail toxiques intentent un recours collectif

Par Tom Carter
20 janvier 2020

Des milliers de travailleurs de Delta Air Lines ont souffert de perte de cheveux, d'éruptions cutanées, de saignements de nez et d'autres symptômes causés par des produits chimiques toxiques dans leurs uniformes de travail, selon un recours collectif déposé le 31 décembre.

Les désormais tristement célèbres uniformes «Passport Plum» ont été achetés chez Lands' End, un détaillant de vêtements américain. Ils ont été remis à des dizaines de milliers d'employés, qui ont dû les porter à partir du 29 mai 2018.

Les uniformes ont été traités avec un cocktail toxique d'additifs chimiques et de produits de finition qui ont été conçus pour les rendre «très extensibles, résistants aux plis et aux taches, imperméables, antistatiques et désodorisants», selon la poursuite. Cette combinaison d'additifs a causé des éruptions cutanées, des maux de tête et d'autres problèmes de santé chez de nombreux travailleurs.

«Je suis convaincu que ces uniformes nuisent à des milliers de personnes», a déclaré l'avocat Bruce A. Maxwell dans une interview accordée au World Socialist Web Site. «Mon bureau a reçu plus de 2000 appels.» Une page Facebook privée pour les agents de bord, a-t-il dit, compte déjà environ 6500 participants.

Maxwell, du cabinet d'avocats Terrell Hogan de Jacksonville, en Floride, est l'avocat principal sur l'affaire. Plus de 500 travailleurs se sont déjà joints à la poursuite, a-t-il dit, ajoutant qu'il modifierait bientôt la plainte pour porter ce nombre à un millier de travailleurs environ.

«Ces uniformes ont été distribués à 64.000 employés», dit Maxwell, dont 24.000 sont des agents de bord. Les 40.000 autres sont des travailleurs du service à la clientèle, des agents de piste et de porte, des travailleurs du Sky Club, ainsi que des travailleurs du fret, de l'entretien et des techniciens.

Dans cette dernière catégorie, qui est numériquement plus importante, relativement moins de travailleurs se sont manifestés jusqu'à présent, ce que Maxwell attribue à la crainte d'être licencié. «J'espère que plus l'attention sera portée sur cette affaire, plus de travailleurs s’exprimeront.»

La peau d'un travailleur de Delta après avoir porté l'uniforme de travail

Bien que les images d'éruptions et de furoncles cutanés soient horribles, Maxwell a souligné que les dommages s'étendent au-delà de la peau. «L'extérieur n'est qu'une partie de cela», dit-il. «Il y a aussi des dommages internes.»

Selon le procès, les problèmes de santé signalés par les travailleurs concernés, qui persistent dans de nombreux cas à long terme, comprennent un large éventail de problèmes respiratoires, notamment une détresse respiratoire grave, un dysfonctionnement des cordes vocales, des difficultés respiratoires, un essoufflement, une toux et un serrement thoracique. En outre, les effets sur la peau comprennent «des dermatites de contact, des ampoules cutanées, des éruptions cutanées, des furoncles, de l'urticaire, de l’eczéma, des cicatrices, la perte de cheveux [et] l'inflammation des follicules pileux».

Un employé de Delta s'est réveillé en saignant abondamment du nez

Des travailleurs ont également signalé une vision trouble, des yeux secs, des saignements de nez, des bourdonnements d'oreilles, des problèmes de sinus, des migraines, des maux de tête, de la fatigue, une faiblesse musculaire, de l'anxiété, des ganglions lymphatiques enflés, des symptômes de type anaphylactique (réactions allergiques graves) et des conditions auto-immunes.

Parmi les clients de Maxwell se trouvent des agents de bord qui étaient auparavant en bonne forme physique, y compris des travailleurs qui couraient régulièrement pour faire de l'exercice. «Ils ne peuvent plus courir. Leurs difficultés respiratoires sont telles qu'ils ne peuvent plus le faire.» Il a décrit avoir parlé à un ouvrier dont les cheveux tombaient «par poignées». Il a décrit un autre travailleur qui s’est réveillé d'une sieste pour découvrir «du sang partout», ayant saigné abondamment du nez.

Le dos d'un travailleur de Delta après avoir porté les uniformes de travail

Le niveau d'absence des employés de Delta, identifié par le nombre d’appels d’absence pour cause de maladie, a atteint un sommet après l'introduction des uniformes.

Le procès détaille les épreuves individuelles de nombreux travailleurs qui ont été empoisonnés par les uniformes. Par exemple, l'hôtesse de l'air Stephanie Andrews de Murray, Utah, souffrait «d'asthme, de dysfonctionnement des cordes vocales, de difficultés respiratoires, d'essoufflement, de toux, de serrement de la poitrine, de dermatite de contact, d'éruptions cutanées, d'urticaire, de perte de cheveux, de palpitations cardiaques, de fatigue et de troubles auto-immuns». L'hôtesse de l'air Janelle Austin d'Atlanta, en Géorgie, souffrait de «perte de cheveux, d'irritation de la peau, d'éruptions cutanées, de démangeaisons, de difficultés respiratoires, de fatigue, de maux de tête, d'irritation des yeux et des sinus». L'agente de bord Phyllis Heffeldinger de Londonville, Ohio, a souffert de douleurs thoraciques et de difficultés respiratoires.

Après la mise en place des uniformes en mai, à la fin du mois d'août, Delta avait elle-même reconnu qu'environ 1900 employés sur 64.000 avaient fait part d'un «certain type de préoccupation» concernant les uniformes. En novembre, ce nombre avait augmenté à 3000.

Un ouvrier de Delta a photographié une touffe de cheveux qui est tombée

La poursuite allègue que les uniformes posent des «risques continus et déraisonnables de préjudice» aux travailleurs qui les portent, et demande au juge d'ordonner à Lands' End de rappeler les uniformes et d'établir un programme de surveillance des effets néfastes des uniformes sur la santé.

Selon la poursuite, les tests effectués au nom des travailleurs ont révélé «la présence de produits chimiques et de métaux lourds bien au-delà des niveaux sécuritaires acceptés par l'industrie pour les vêtements», notamment:

En discutant des essais qui ont été effectués au nom des travailleurs de Delta, Maxwell a souligné le niveau de fluor en particulier. «Les résultats obtenus sont assez élevés.»

Maxwell a souligné, comme préoccupation supplémentaire, qu'après une exposition à des produits chimiques et à des métaux toxiques, une personne peut devenir «sensibilisée». Si ça arrive, «votre système auto-immun s'arrête, et vous devenez incapable de résister à une exposition future à ce produit chimique.» Les travailleurs ont signalé que même s'ils ne portent plus l'uniforme, ils peuvent avoir des réactions indésirables simplement en s'asseyant à côté d'une personne qui le porte. Ce phénomène est le résultat de la libération de particules en suspension dans l'air à partir du tissu contaminé.

La poursuite, qui a été déposée contre Lands' End mais pas contre Delta elle-même, allègue que les uniformes étaient inutilisables, que Lands' End n'a pas fourni les avertissements appropriés et nécessaires et que Lands' End a été négligent dans la conception, l'essai et l'inspection des uniformes.

Les travailleurs d'American Airlines ont signalé des problèmes similaires avec les uniformes de Twin Hill, qui ont été distribués à 70.000 employés de la compagnie aérienne en septembre 2016. Les travailleurs interrogés par le WSWS en juin de l'année dernière ont fait état d'éruptions cutanées, de brûlures à la gorge et aux yeux, de toux et de maux de tête. Après le scandale des uniformes de Twin Hill, American Airlines a tenté de rassurer les travailleurs en promettant de passer à Lands' End.

«Nous sommes les nouvelles filles du radium», disait alors Heather Poole, hôtesse de l'air et auteure, en parlant des milliers de travailleuses des usines de peinture qui ont été exposées à l'élément radioactif au début du XXe siècle. «Il leur a fallu des années pour tomber malade, donc la compagnie niait toute responsabilité.»

Delta Airlines est également bien connue des agents de bord pour son régime d'indemnisation des travailleurs, qui refuse systématiquement de fournir des soins de santé adéquats même en cas de blessures invalidantes au travail. Le tiers administrateur de la compagnie aérienne, Sedgwick, est également l'administrateur des réclamations pour Amazon, où il est largement détesté pour son caractère impitoyable. Un certain nombre d'agents de bord blessés ont parlé de leur expérience de l'année dernière au World Socialist Web Site.

Après le procès des travailleurs de Delta contre Lands' End, American Airlines a affirmé aux travailleurs que les nouveaux uniformes de Lands' End pour American Airlines sont sûrs, malgré le procès. «J'espère qu'ils sont sûrs de ça», a dit Maxwell d’un ton sec.

Les travailleurs d'Alaska Airlines et de Southwest Airlines ont également signalé des problèmes de santé résultant de leurs uniformes de travail.

Une récente étude de Harvard publiée dans la revue scientifique BMC Public Health, intitulée «Symptômes liés aux nouveaux uniformes des agents de bord», a établi une corrélation entre les problèmes de santé de 684 travailleurs d'Alaska Airlines et leurs uniformes. Lorsque les uniformes ont été introduits en 2011, les problèmes de santé ont augmenté, et après le rappel des uniformes en 2014, l'étude a montré une diminution. L'étude a conclu: «Cette étude a trouvé une relation entre les plaintes de santé et l'introduction de nouveaux uniformes dans cette cohorte professionnelle longitudinale.»

Les résines textiles libérant du formaldéhyde, en particulier, constituent un moyen peu coûteux pour les employeurs de limiter les plis sur les uniformes des employés, ce qui leur permet de garder une apparence «soignée».

Bien que les compagnies insistent pour que le niveau de chaque produit chimique et métal toxique dans les uniformes soit limité à un niveau «sécuritaire», il semble probable que les effets des produits chimiques et des métaux soient aggravés en combinaison les uns avec les autres.

«Nous n'avons plus de normes aux États-Unis», a dit Maxwell. Il a fait référence à la loi sur le contrôle des substances toxiques de 1976, qui donne à l'Agence de protection de l'environnement le pouvoir de réglementer les produits chimiques industriels tels que ceux auxquels les travailleurs de Delta ont été exposés.

«Cette loi est dans les livres», a dit Maxwell. «Apparemment, notre gouvernement n'agit pas comme une force de régulation sur cette loi. Je ne vois pas où cela est appliqué dans l'industrie du vêtement.»

Maxwell a également mentionné l'Occupational Safety and Health Administration, qui a promulgué les limites d'exposition aux métaux toxiques en milieu de travail. Les travailleurs de Delta ont été exposés à des quantités qui sont «bien supérieures».

Maxwell a poursuivi: «Je ne comprends pas pourquoi cela n'est pas appliqué ou examiné parce que, bon Dieu, c'est en milieu de travail.»

(Article paru en anglais le 17 janvier 2020)