Unifor félicite le premier ministre de la Saskatchewan alors que celui-ci exige une intervention policière contre les travailleurs de la raffinerie en lock-out

Par Carl Bronski
11 février 2020

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a amplifié le soutien indéfectible de son gouvernement à l'opération de briseurs de grève que la Federated Cooperatives Ltd. (FCL) a organisée – avec le soutien total de la police et des tribunaux – au cours des neuf dernières semaines contre 750 travailleurs en lock-out de sa raffinerie de pétrole de Regina.

Dans un discours prononcé le 3 février devant des hommes d'affaires de l'Association des municipalités urbaines, Moe a critiqué les travailleurs mis en lock-out pour «violation flagrante de la loi» et a déclaré que la police devait être prête à agir, c'est-à-dire à intervenir violemment, pour que l'opération de briseurs de grève de la FCL puisse continuer sans entrave.

Piquet de grève à la raffinerie Co-op Refinery Complex de FCL, où 750 travailleurs sont en lock-out depuis le 5 décembre

En réponse aux demandes d'Unifor d'«intervenir» dans le conflit, Moe a déclaré qu'il était prêt à nommer un «médiateur spécial», mais seulement si le syndicat «cesse immédiatement toute activité illégale». «Cela inclut», a-t-il poursuivi, «démanteler les barricades illégales qui sont érigées à la raffinerie.» Moe faisait référence au blocus qu'Unifor maintient à la raffinerie Co-op Refinery Complex (CRC) de FCL depuis le 20 janvier.

Le premier ministre de droite de la Saskatchewan aurait difficilement pu exprimer plus clairement son soutien à la très rentable FCL, à ses demandes de concessions radicales et à son opération de briseurs de grève. Que le syndicat accepte ou non sa condition de nommer un médiateur spécial, l'État, a-t-il promis, veillerait à ce que les travailleurs en lock-out ne puissent pas entraver les activités de FCL.

«Si l'offre du gouvernement est rejetée», a affirmé Moe, «je m'attends à ce que le service de police de Regina fasse respecter la loi, qu'il fasse appliquer l'ordonnance du tribunal et qu'il enlève les barricades à la raffinerie.»

Les déclarations du premier ministre sont une condamnation de la politique d'Unifor et du Nouveau Parti démocratique. Ils ont publiquement plaidé pour que Moe «se réveille» et «intervienne» dans le conflit. En vérité, le gouvernement de Moe joue un rôle central dans le lock-out depuis le début. Il a donné son feu vert à l'opération de briseurs de grève de FCL, annonçant en novembre qu'il n'avait aucune objection aux «plans d'urgence» de la société et qu'il n'interviendrait que si des actions des travailleurs menaçaient la production de la raffinerie.

La direction de FCL, pour sa part, a explicitement félicité Moe pour son implication dans le lock-out. Révélant peut-être plus qu'il en avait l’intention, le vice-président directeur de la société, Vic Huard, a déclaré que FCL avait eu plusieurs «bonnes conversations» avec le gouvernement provincial au sujet de sa stratégie.

L'entreprise a également reçu le soutien de la police et des tribunaux capitalistes. Ces derniers ont émis une série d'injonctions draconiennes interdisant aux travailleurs mis en lock-out d'interrompre la circulation dans l'usine, et ont infligé à Unifor une amende de 100.000 dollars pour outrage au tribunal pour avoir violé leurs ordonnances pro-entreprise.

La police a fait passer des briseurs de grève et des camions-citernes à travers les piquets des travailleurs en lock-out. Le 20 janvier, la police a réagi à l'érection du blocus par les représentants d'Unifor, dont beaucoup sont venus de l'extérieur de la province, par une violente attaque contre les travailleurs, arrêtant 14 personnes et en envoyant une autre à l’hôpital.

Une nouvelle répression policière violente pourrait survenir dès aujourd'hui [6 février], surtout si les tribunaux, agissant à la demande de FCL et conformément aux souhaits de Moe, élargissent l'application de leurs précédentes injonctions en faveur de l’entreprise et déclarent explicitement illégale la barricade d'Unifor.

Le syndicat a fait valoir que l'injonction actuellement en vigueur ne s'applique qu'aux membres en lock-out de la section locale 594 d'Unifor, et que la barricade a été érigée et est tenue par des membres d'Unifor qui ne sont pas employés à la raffinerie.

La tirade anti-travailleuse de Moe a déjà enhardi la police dans ses attaques contre les travailleurs en lock-out et leurs partisans. Mardi, les policiers ont commencé à émettre des contraventions aux véhicules des piqueteurs garés près des installations de FCL, faisant payer 75 dollars à chaque travailleur. Puis, vers 1h mercredi matin, la police a arrêté quatre membres de la section locale 594 d'Unifor qui faisaient du piquetage pacifique, selon un rapport du syndicat.

Suite au discours de Moe le 3 février, le service de police de Regina (RPS) a publié une déclaration soigneusement rédigée dans laquelle il note que la police doit rester «indépendante des élus» et demande instamment que le litige sur la barricade de l'Unifor soit résolu par l'utilisation de «recours civils»: c'est-à-dire par les tribunaux.

Il est clair que la police craignait que si elle était perçue comme agissant sur les ordres de Moe et avant que les tribunaux n'aient explicitement ordonné la levée du blocus, elle pourrait rencontrer une forte résistance et que la violence policière gratuite pourrait se retourner contre elle en ralliant un soutien supplémentaire aux travailleurs de la raffinerie en lock-out.

Toutefois, la déclaration du RPS a également précisé qu'une fois qu'il aura reçu une directive claire des tribunaux, il agira contre les travailleurs. Il a déclaré que l'audience d'aujourd'hui sur l'outrage au tribunal était le «mécanisme approprié pour mettre fin au blocus.»

Pour sa part, le syndicat Unifor a insisté sur le fait qu'il ne faisait rien d'illégal et qu'il se conformera à toutes les décisions des tribunaux, comme il l'a fait par le passé, notamment en donnant instruction aux travailleurs de la raffinerie en lock-out de respecter l'injonction leur interdisant d'entraver la circulation à l'entrée et à la sortie de l'installation.

L'amère réalité à laquelle doivent faire face les travailleurs de la FCL/CRC et leurs partisans est que la barricade d'Unifor a toujours été une manœuvre visant à parvenir à un règlement largement, sinon totalement, selon les conditions de l'entreprise, et que s'ils veulent l'emporter, ils doivent mener une action indépendante pour mobiliser le pouvoir industriel et politique de la classe ouvrière.

Le lendemain du début du blocus, le président national d’Unifor, Jerry Dias, a informé la direction de FCL que le syndicat abandonnait son opposition aux modifications du régime de retraite à prestations définies des travailleurs. Deux jours plus tard, Dias a déclaré publiquement que le syndicat avait «radicalement modifié» sa position de négociation.

Fin janvier, le syndicat s'est incliné devant les demandes de l'entreprise de lever le blocus qui durait alors depuis 11 jours qui conditionnait le retour de FCL à la table des négociations.

Alors que l'entreprise était évasive et causait des retards pendant les discussions, les responsables de la raffinerie ont profité de la levée du blocus pour faire passer plusieurs gros camions transportant de la nourriture et d'autres fournitures afin de réapprovisionner le camp des briseurs de grève qui s’étend à l'intérieur de l'installation, et ont aligné un flux constant de camions-citernes pour faire sortir le combustible traité de l'usine.

Après que FCL eut torpillé les pourparlers le 31 janvier, l'aide-exécutif de Dias, Scott Doherty, a admis que les syndicats avaient offert à la société des concessions massives, qui auraient augmenté son bilan net de 20 millions de dollars par an. Cela comprenait l'engagement que les travailleurs paieraient 6 % en cotisations au régime de retraite.

Dans le sillage de cette débâcle, Unifor a intensifié ses appels au premier ministre de la Saskatchewan pour qu'il «se réveille» et «intervienne», ignorant que Moe et son gouvernement ont travaillé main dans la main avec FCL tout au long du conflit. Plus précisément, il a demandé à Moe d'imposer un «arbitrage contraignant».

Soulignant la détermination d’Unifor à mettre fin à la lutte anti-concessions des travailleurs de la raffinerie, Doherty a fait l'éloge du premier ministre suite à ses commentaires provocateurs et profondément anti-travailleurs lundi dernier.

«Nous avons demandé au premier ministre de s'interposer», a déclaré Doherty, «et nous nous réjouissons qu'il se soit finalement réveillé et ait décidé qu'il voulait faire quelque chose pour ce conflit.» Le chef du NPD en Saskatchewan, Ryan Meili, est allé encore plus loin, en qualifiant l'offre de Moe d'un médiateur spécial de «bonne décision.»

Les travailleurs de la raffinerie défient courageusement un employeur brutal qui bénéficie du soutien des tribunaux, de la police et du gouvernement de la Saskatchewan. Leur défi militant gagne des appuis chaque fois que les travailleurs au Canada ou à l'étranger en sont informés, car l'expérience des travailleurs qui font face aux demandes de concessions de l'employeur et, lorsqu'ils résistent, à la répression de l'État est universelle.

Mais pour que ce soutien soit mobilisé, les travailleurs de la raffinerie doivent saisir la conduite de leur lutte des mains d’Unifor en créant un comité d'action, indépendant de l'appareil corporatiste et procapitaliste d’Unifor et en opposition à lui. Ce comité doit appeler les membres d'Unifor dans les sociétés d'État de la Saskatchewan, ainsi que les travailleurs de l'énergie, du secteur public, de l'éducation et de la santé de tout le pays, qui sont tous confrontés à des attaques similaires contre leurs pensions, leurs salaires et leurs avantages sociaux, à se joindre aux travailleurs en lock-out pour lutter contre le gouvernement de droite de Moe.

(Article paru en anglais le 6 février 2020)