Pour une réponse coordonnée d'urgence au niveau mondial à la pandémie de coronavirus!

Par le Comité international de la Quatrième Internationale
29 février 2020

Le Comité international de la Quatrième Internationale appelle à une réponse d’urgence coordonnée au niveau mondial à la pandémie de coronavirus qui se propage. La classe ouvrière doit exiger des gouvernements qu’ils mettent à disposition les ressources nécessaires pour contenir la propagation de la maladie; traiter et soigner les personnes infectées; et assurer les moyens de subsistance des centaines de millions de personnes qui feront face aux retombées économiques.

Des banlieusards masqués traversent un passage pour piétons, le mercredi 26 février 2020 à Tokyo (AP Photo/Jae C. Hong)

Le danger ne peut être surestimé. Le nombre de cas signalés dans le monde approche les 100.000, avec près de 3.000 décès. La majorité des personnes infectées se trouvent en Chine, mais le virus se répand dans le monde entier. On a identifié des personnes infectées dans 47 pays, dont des centaines de cas en Italie (14 décès signalés), en Iran (26 décès) et en Corée du Sud (13 décès).

Jeudi, l’Allemagne et les États-Unis ont tous deux signalé leurs premiers cas de virus sans source évidente de transmission. Ceci indique que le virus a commencé à se propager à des personnes qui n’ont pas voyagé aux centres de la maladie. Le nombre de personnes infectées en Iran, quant à lui, est bien plus élevé que ce qu’on a rapporté. On a placé le vice-ministre de la Santé du pays en quarantaine après un test positif.

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré jeudi que ce serait une «erreur fatale» pour tout pays de croire qu’il ne sera pas touché. Le conseiller de l’OMS Ira Longini, a déclaré que sans mesures agressives pour contenir le virus, il pourrait finalement infecter les deux tiers du monde, ce qui signifierait des centaines de millions de morts.

Les dommages économiques causés par le virus pourraient dépasser l’ampleur de la crise financière de 2008. La récession déclenchée par la crise de 2008 a entraîné une chute du PIB mondial de 0,5 pour cent et a détruit les emplois de dizaines de millions de personnes.

La réponse à la crise de la part des élites dirigeantes et des gouvernements qu’elles contrôlent combine l’incompétence avec un niveau d’indifférence criminel. Cela n’est nulle part plus évident qu’aux États-Unis.

Le président Trump, préoccupé avant tout par l’effet du coronavirus sur la fortune de l’élite des entreprises et des finances, a cherché à minimiser le danger et à exagérer grossièrement le niveau de préparation. «Quoi qu’il arrive», a-t-il déclaré mercredi, «nous sommes totalement préparés».

En fait, le gouvernement américain n’est absolument pas préparé à une épidémie majeure. On n’a aucun système en place pour tester systématiquement la présence du virus. La personne en Californie qu’on a identifiée comme le premier cas d’origine inconnue signalé aux États-Unis est restée pendant des jours qui ont suivi l’apparition des premiers symptômes sans que quelqu’un la teste pour le virus.

Il y a une grave pénurie des équipements sanitaires les plus élémentaires, notamment des masques respiratoires dont ont besoin les travailleurs de la santé. Le gouvernement ne dispose que d’environ 30 millions de ces masques, alors qu’on estime que 300 millions pourraient être nécessaires.

Le gouvernement Trump a nommé le vice-président Mike Pence — dont l’inaction et l’idéologie religieuse réactionnaire ont contribué à une épidémie de SIDA dans l’État de l’Indiana lorsqu’il était gouverneur — comme personne de référence du gouvernement pour la réponse au coronavirus. Cette nomination a pour principal objectif de museler tout fonctionnaire dont les avertissements contredisent la réponse de l’Administration.

La classe ouvrière doit exiger, et se battre pour, des mesures d'urgence complètes et urgentes. La crise nécéssite:

1. Une mobilisation mondiale

La réponse au coronavirus ne peut pas être coordonnée au niveau national. Le virus ne respecte ni les frontières ni les restrictions en matière de visa et d’immigration. Les réseaux mondiaux de transport et d’intégration économique ont fait du virus un problème mondial.

La solution doit être mondiale. Les scientifiques du monde entier doivent recevoir l’autorisation de partager leurs recherches et leurs technologies. Ils ne doivent pas se trouver gênés par les «intérêts nationaux» et les conflits géopolitiques qui ne font que retarder la mise au point de contre-mesures efficaces pour contenir, soigner et finalement éradiquer le coronavirus. Toutes les mesures de guerre commerciale et les sanctions économiques, telles que celles imposées à l’Iran, doivent être immédiatement levées. Aucun être humain ne doit se voir refuser un traitement médical dont il a un besoin urgent en raison de son origine nationale ou ethnique.

Une attention urgente doit être accordée aux millions de personnes hébergées dans les camps d’immigrants et de réfugiés mis en place par les grandes puissances capitalistes en Europe et aux États-Unis. Ces camps seront des zones de danger majeur pour la propagation du virus. Tous ceux qui se trouvent actuellement dans ces camps doivent être logés en toute sécurité et avoir accès aux soins de santé.

Lorsque des quarantaines doivent être mises en place pour les personnes qui voyagent ou qui sont infectées, cela doit se faire dans le respect des droits démocratiques et la préservation de la dignité de la personne.

2. Une allocation massive de ressources pour les soins de santé et les traitements

On doit allouer immédiatement des centaines de milliards de dollars pour garantir l’accès universel à des soins médicaux de la plus haute qualité pour toutes les personnes infectées par le virus. Une équipe internationale d’experts en soins de santé et de scientifiques doit être constituée pour coordonner les soins partout où des épidémies existent.

L’élite politique des États-Unis est engagé dans un «débat» sur la question de savoir si 2 milliards de dollars sont suffisants (position de la Maison Blanche) ou si on a besoin de 8 milliards de dollars (position des Démocrates). Ces deux chiffres représentent une goutte d’eau dans la mer par rapport à l’ampleur de la crise mondiale.

L’Administration Trump a dépensé cinq fois plus pour son mur réactionnaire à la frontière entre les États-Unis et le Mexique (11 milliards de dollars) que ce qu’elle propose d’allouer au coronavirus. Quelque 3 milliards de dollars sont dépensés chaque jour pour financer la machine de guerre américaine.

L’offre de soins et de traitements ne peut pas être réglementée par les compagnies d’assurance, pharmaceutiques et de santé. Les traitements, y compris tout futur vaccin, doivent être accessibles à tous, gratuitement et sur un pied d’égalité.

On doit transformer les sociétés géantes de soins de santé en services publics, contrôlés démocratiquement pour répondre aux besoins sociaux urgents présentés par le coronavirus et d’autres urgences sanitaires.

3. Un soutien financier direct et une compensation des revenus pour tous ceux font face aux conséquences économiques

Des millions de travailleurs font face à des réductions d’heures ou à la perte de leur emploi en raison de l’effet immédiat du coronavirus et de ses conséquences économiques plus larges. On doit les indemniser intégralement pour leurs pertes.

Les gouvernements et les élites capitalistes feront valoir qu’ils n’ont pas d’argent pour financer une telle intervention d’urgence. C’est un mensonge! Les sommes dépensées par les gouvernements capitalistes pour les dépenses militaires se chiffrent en milliards de dollars. Le budget militaire annuel des États-Unis à lui seul s’élève à plus de mille milliards de dollars. De plus, les principaux gouvernements capitalistes, menés par la Réserve fédérale américaine, ont alloué des sommes d’argent pratiquement illimitées pour faire monter la valeur marchande des actions. Dans les semaines qui ont suivi le krach de 2008, le gouvernement américain a doublé la dette nationale du jour au lendemain afin de fournir des liquidités au marché boursier et de renflouer les investisseurs corrompus.

De plus, un pourcentage infinitésimal de la population mondiale contrôle des sommes d’argent colossales. La richesse des 500 personnes les plus riches du monde s’élève à près de 6000 milliards de dollars, après une augmentation de 1200 milliards de dollars rien que l’année dernière. La classe ouvrière doit exiger des gouvernements qu’ils imposent des taxes d’urgence sur les fortunes des oligarques dans la mesure requise par l’urgence.

En exigeant que les gouvernements capitalistes mettent en œuvre ces mesures d’urgence, la classe ouvrière internationale n’abandonne pas son objectif fondamental: la fin du système capitaliste. Au contraire, la lutte pour l’action d’urgence augmentera la conscience de la classe ouvrière, développera sa compréhension du besoin de solidarité internationale de classe et augmentera sa confiance en soi politique.

La crise actuelle démontre à nouveau que le capitalisme est un système économique dépassé et un obstacle au progrès humain. Le danger posé par cette pandémie et les implications catastrophiques de l’alerte mondiale prouvent que le système capitaliste doit céder la place au socialisme mondial.

(Article paru d’abord en anglais 28 février 2020)