Aux États-Unis la pandémie s’étend, le chômage atteint 40 millions et la richesse des milliardaires monte en flèche

Par Niles Niemuth
25 mai 2020

La pandémie de coronavirus continue de faire des ravages dans la population américaine. Le nombre de décès dépassera les 100.000 au cours du week-end alors que près de 1.300 nouveaux décès étaient enregistrés vendredi. En même temps, le chômage de masse atteint, avec 40 millions de demandes d’allocation chômage depuis mars, un niveau jamais vu depuis la Grande Dépression.

Les milliardaires américains, en revanche, s’en sortent prodigieusement bien. L’Institut d’études politiques et ‘Américains pour l’équité fiscale’ ont rapporté jeudi que depuis la mi-mars, les milliardaires américains avaient gagné en valeur nette 434 milliards de dollars. Collectivement, les 630 Américains les plus riches contrôlent à présent une richesse de 3400 milliards de dollars, soit plus 15 pour cent en deux mois.

«Les cinq premiers milliardaires américains –Jeff Bezos, Bill Gates, Mark Zuckerberg, Warren Buffett et Larry Ellison – ont vu leur richesse augmenter de 75,5 milliards de dollars en tout, soit 19 pour cent», indique le rapport. «Ensemble, ils ont capté 21 pour cent de la croissance totale de richesse des plus de 600 milliardaires ces deux derniers mois. Les fortunes de Bezos [Amazon] et Zuckerberg [Facebook] ont augmenté ensemble de près de 60 milliards de dollars, soit 14 pour cent des 434 milliards au total».

Cette hausse a été alimentée par l’application d’un «assouplissement quantitatif» illimité de la part d’une Réserve fédérale, qui injecte 80 milliards de dollars par jour dans le marché boursier, et les mille milliards de dollars de renflouement de la loi CARES, adoptée à l’unanimité par les Démocrates et les Républicains au Congrès. La Réserve fédérale a maintenant 7000 milliards de dollars d’actifs dans son bilan et la bourse a presque retrouvé son niveau d’avant la pandémie.

Alors que l’aide aux oligarques est illimitée, la grande masse de la population est confrontée à un vrai tremblement de terre et à un tsunami de dévastation sociale. Le chiffre officiel de 40 millions de chômeurs sous-estime largement la réalité. Des millions de gens n’ont pas droit aux allocations de chômage ou n’ont toujours pas pu faire de demande du à la surcharge des systèmes.

Nombre de ces emplois ont disparu à jamais. L’Institut Becker Friedman de l’Université de Chicago estime que 42 pour cent des emplois perdus jusqu’au 25 avril le sont pour toujours. Cela signifie que 11,6 millions de gens ne pourront pas retourner au travail.

«La crise actuelle est peut-être si grave que la portion des licenciements temporaires qui deviendront permanents sera finalement bien plus importante que ne le suggère la statistique historique », écrit un des co-auteurs du rapport, Jose Maria Barrero.

Déjà dévastée par le krach de 2008, toute une génération de jeunes diplômés est confrontée à un abîme d’années de chômage et de sous-emploi, incapable de fonder une famille ou de posséder une maison.

Des millions de restaurants, de magasins et d’autres petites entreprises feront faillite et ne rouvriront jamais, laissant leurs propriétaires et employés sans rien. En même temps, on utilisera le déficit budgétaire des villes et des États dus à la perte des recettes fiscales pour justifier de nouvelles coupes massives dans l’éducation et les autres programmes sociaux.

Après un moratoire temporaire, les États s’apprêtent à reprendre les expulsions de personnes en arriérés de loyer. L’Oklahoma commencera le 26 mai ; dans l’Iowa et le Wisconsin, elles pourront commencer le 27 mai. Au Texas, l’interdiction d’expulser a expiré mardi dernier, et on y attend une vague de nouveaux cas dans les jours à venir.

On peut résumer la politique de l’oligarchie financière ainsi: mort et dévastation sociale. Les riches ont utilisé la pandémie de coronavirus pour s’octroyer des milliers de milliards de dollars alors qu’on n’a rien fait pour répondre aux besoins de la population. C’est l’exploitation de la classe ouvrière qui devra financer l’accumulation massive de la dette.

Chaque jour qui passe rend de plus en plus visible le caractère meurtrier de cette campagne. Vendredi, Trump a déclaré que les églises et autres lieux de culte étaient «essentiels» et il a exigé qu’ils soient rouverts «immédiatement», avertissant qu’il bloquerait tout gouverneur qui ne s’y conformerait pas.

Les épidémiologistes ont mis en garde à maintes reprises contre la reprise de tous les rassemblements importants, qui peuvent servir de vecteurs à une propagation rapide du virus. La reprise de services avec des fidèles dans les églises, les synagogues et les mosquées – tout comme la reprise de la production dans les usines automobiles et d’autres lieux de travail ces dernières semaines – facilitera la propagation du virus qui a déjà infecté plus de 1,6 million de gens et en a tué près de 100.000 aux États-Unis.

La pensée de l’oligarchie se retrouve dans les commentaires de certains de ses représentants. S’opposant aux mesures de distanciation sociale visant à limiter la propagation du virus, l’ex-PDG de Goldman Sachs et le financier du Parti démocrate Lloyd Blankfein ont tweeté jeudi: «Les hôpitaux ne sont pas débordés; la plupart d’entre nous seront exposés de toute façon puisque nous ne pouvons pas séquestrer jusqu’à l’arrivée d’un vax [sic] [vaccin?]; et nous savons quels groupes ont besoin de protection contre les pires effets. Le bénéfice sanitaire de confinements généralisés vaut-il à ce stade la peine d’un tel dégât causé aux existences?»

La principale préoccupation de Blankfein, bien sûr, ne sont pas les gagne-pain des travailleurs, mais les dommages pouvant être causés à son portefeuille d’actions si les travailleurs ne recommencent pas à générer des profits.

Il y a encore le gestionnaire de fonds spéculatifs Ricky Sandler, PDG d’Éminence Capital, qui a créé un site web, ichooseherdimmunity.com, pour exiger du gouvernement américain qu’il dise ouvertement poursuivre une politique d’«immunité collective» – c’est-à-dire qu’il laisse le virus se propager au galop. Sandler a demandé des concerts-bénéfices pour le coronavirus, où les jeunes seraient infectés pour les anticorps dans leur sang puissent ensuite être récoltés comme traitement.

«Certaines de ces personnes pourraient même en bénéficier en apprenant pour la première fois que leur système immunitaire est affecté», écrit un Sandler désinvolte.

L’économie que la classe dirigeante s’efforce de «sauver» n’a rien à voir avec la protection ou l’amélioration de la vie de la classe ouvrière. Elle entend plutôt organiser une vaste restructuration des relations de classe, et à cette fin, utiliser la crise sociale touchant des dizaines de millions de gens comme un fouet pour réduire les salaires et sabrer les prestations sociales.

La pandémie a considérablement exacerbé la fracture sociale entre riches et travailleurs. Le pillage de la société au grand jour par la classe dirigeante et sa campagne meurtrière de réouverture de l’économie produiront des troubles sociaux massifs et des bouleversements révolutionnaires.

Dans ces luttes, la classe ouvrière doit avancer son propre programme politique. Le Parti de l’égalité socialiste a appelé, dans sa déclaration du 23 mai, les travailleurs à créer des comités de sécurité de la base, dans leurs usines et lieux de travail, afin de coordonner les actions et garantir qu’ils sont protégés du virus au travail et qu’ils ne le transmettent pas à leurs familles.

L’organisation de l’opposition dans la classe ouvrière, a déclaré le SEP, «est inséparablement liée à une lutte des travailleurs contre la classe dominante – l’oligarchie des entreprises et des finances – et sa dictature sur la vie économique et politique. Il s’agit donc d’une lutte contre le capitalisme et pour le socialisme, la restructuration de la société sur la base de la nécessité sociale et non du profit privé».

Si la pandémie a démontré quelque chose, c’est que les intérêts de la classe ouvrière, la grande majorité de la population, sont, de façon fondamentale et irréconciliable, en conflit avec les intérêts de l’oligarchie et du système capitaliste dont dépend leur richesse et leur pouvoir.

(Article paru d’abord en anglais 23 mai 2020)