Les protestations de masse expriment l’indignation face à l’assassinat de George Floyd par la police

Par Patrick Martin
1 juin 2020

Des dizaines de milliers de personnes, principalement des jeunes et des travailleurs de toutes les races, sont descendues dans les rues des villes américaines pour protester contre le meurtre par la police à Minneapolis de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans. Ce dernier est mort après qu’un policier lui a écrasé la gorge avec son genou pendant neuf minutes, tandis que des spectateurs horrifiés plaidaient pour sa vie et enregistraient le meurtre dans des vidéos qui ont choqué le monde entier.

Des milliers de personnes ont défié le couvre-feu de 20 h imposé par le maire de Minneapolis, Jacob Frey, et se sont rapidement étendues à la ville voisine de Saint Paul et à de nombreuses banlieues dans des comtés voisins de Hennepin et Ramsey, et à tous les comtés d’Anoka et du Dakota, qui se trouvent dans les lointaines banlieues des deux villes jumelles (Minneapolis et Saint Paul).

Une manifestanteconfronte la police de San Jose, le 29 mai 2020, au moment où des manifestations en réaction au meurtre de George Floyd par la police éclatent à travers le pays. [Source: AP Photo/Ben Margot]

L’ampleur même du couvre-feu montre que l’État et les autorités locales ne se sont pas seulement préoccupés de la violence dans un petit quartier du centre-ville au sud de Minneapolis, mais aussi des éruptions dans n’importe quelle zone peuplée par la classe ouvrière dans l’immense zone métropolitaine, qui abrite plus de trois millions de personnes.

Il y aurait eu un grand nombre de personnes dans les rues du sud de Minneapolis et dans le centre-ville, scandant des slogans tels que «Pas de justice, pas de paix, poursuivez la police!» Ils ont ignoré l’ordre de couvre-feu et les véhicules militaires qui patrouillaient.

Le gouverneur démocrate, Tim Walz, a fait déployer quelque 500 soldats de la Garde nationale dans la ville. Ils gardent les infrastructures et n’ont pas encore été déployés directement contre la population. Walz, lui-même sergent-major de commandement de la Garde nationale à la retraite, est le troisième gouverneur ces dernières années à appeler les troupes pour faire face aux troubles provoqués par des actes meurtriers de la police, après le démocrate Jay Nixon dans le Missouri (Ferguson) en 2014, et le républicain Larry Hogan dans le Maryland (Baltimore) en 2015.

Le Washington Post a rapporté dans la nuit «Le secrétaire à la défense Mark T. Esper et le président de l’état-major interarmées, le général Mark A. Milley, s’étaient entretenus avec Walz vendredi». Les deux fonctionnaires ont offert leur soutien, mais Walz n’a pas demandé de moyens militaires «pour le moment», selon un fonctionnaire du Pentagone qui a parlé au journal.

Le gouverneur républicain de Géorgie, Brian Kemp, a appelé la Garde nationale tôt samedi matin après que la police a attaqué une manifestation à Atlanta qui protestait la mort de George Floyd, ainsi provoquant de violents affrontements devant les bureaux de CNN dans cette ville.

Des milliers de manifestants, noirs et blancs en nombre presque égal, ont scandé «Nous ne pouvons pas respirer» alors qu’ils se rassemblaient dans le Centennial Park. Ils ont marché jusqu’au Capitole de l’État, puis se sont rassemblés devant le CNN Center, dont les dirigeants ont ordonné la fermeture.

Le gouverneur Kemp, l’un des défenseurs les plus notoires de la fin de toute distanciation sociale et de la réouverture de toutes les entreprises malgré le danger du COVID-19, a soudainement découvert la pandémie. Il a publié une déclaration qui affirmait: «Nous encourageons les manifestants à exercer leurs droits constitutionnels en toute sécurité, en particulier dans un contexte de COVID-19».

Peu après, la police a commencé à attaquer les manifestants avec du gaz lacrymogène et du gaz poivre. Certains manifestants ont réagi en brisant des vitres, en jetant des pierres et des bouteilles sur la police et en mettant le feu à une voiture de police. Kemp a alors appelé les troupes.

Une grande manifestation a eu lieu à Brooklyn, New York, vendredi soir, la deuxième nuit d’affrontements directs entre des milliers de manifestants et la police. Après que les manifestants aient défilé en chantant paisiblement «Black lives matter» et «Nous voulons que justice soit rendue», la police a fait irruption dans la foule et a procédé à une centaine d’arrestations, remplissant les bus du Département des établissements pénitentiaires pour emmener les gens en prison.

Des manifestants ont jeté des bouteilles d’eau et d’autres projectiles, et un fourgon de police vide a été brûlé. Des unités de police équipées pour les émeutes ont nettoyé la zone autour du «Barclay Center», où un grand nombre de manifestants s’étaient rassemblés.

À Washington DC, les services secrets ont bouclé la Maison-Blanche après qu’une foule se soit rassemblée à l’extérieur en scandant des slogans contre la police et le président Trump. D’autres grandes manifestations ont été signalées à Detroit, Houston, Denver, Los Angeles et dans d’autres villes.

À Milwaukee, des centaines de jeunes et d’étudiants ont bloqué la circulation sur la I-43 alors qu’ils entraient dans le centre-ville pour protester contre George Floyd et contre le meurtre de Joel Acevedo, abattu par un policier de Milwaukee qui n’était pas en service. Les manifestants ont également bloqué des autoroutes à Oakland et à San Jose, en Californie.

Les responsables de l’État du Minnesota et les autorités locales espéraient clairement que l’inculpation de Derek Chauvin, le policier dont le genou écrasait le cou de George Floyd, ralentirait l’élan des protestations. Mais les accusations portées contre Chauvin, de meurtre au troisième degré et d’homicide involontaire, étaient les plus minimes possible compte tenu des preuves vidéo.

Aucune charge n’a été retenue contre les trois autres policiers impliqués dans le meurtre. Thomas Lane et J. Alexander Keung, ont maintenu Floyd par le dos et les jambes pendant que Chauvin le tuait lentement, et Tou Thao a empêché les spectateurs d’intervenir contre l’exécution.

De plus, le document d’accusation publié en fin d’après-midi vendredi se lit comme un mémoire pour la défense de Chauvin, et non pour l’accusation. Il affirme que l’autopsie de Floyd n’a révélé «aucune découverte physique qui puisse soutenir un diagnostic d’asphyxie traumatique ou de strangulation. Floyd avait des problèmes de santé sous-jacents, notamment une maladie coronarienne et une hypertension cardiaque».

Le document conclut que trois facteurs ont contribué à la mort de Floyd: «Les effets combinés de l’immobilisation de Floyd par la police, de ses conditions de santé sous-jacentes et de tout intoxicant potentiel dans son système ont probablement contribué à sa mort.»

Alors que le président Trump est celui qui a tenu les discours des plus vitrioliques contre ceux qui protestaient contre la violence policière, les dénonçant comme des «voyous», ce sont les ordres, en grande partie, de politiciens démocrates qui ont organisé le sale boulot dans les rues, soit le gouverneur Walz du Minnesota, le maire de Minneapolis, Jacob Frey, et d’innombrables autres maires démocrates et leurs chefs de police triés sur le volet.

Le procureur général du Minnesota, Keith Ellison, l’ancien chef du Caucus noir du Congrès (Congressional Black Caucus) et partisan de Bernie Sanders, a déclaré lors d’une conférence de presse vendredi que les habitants de Minneapolis étaient à juste titre en colère contre la police, mais ils ne devaient pas s’en prendre à la Garde nationale. Il a déclaré que les troupes étaient venues en aide plutôt qu’en tant qu’occupants, citant leurs efforts dans la crise du coronavirus.

L’ancien vice-président, Joe Biden, le chef du Parti démocrate en tant que candidat présumé à la présidence, a accusé le peuple américain plutôt que la police du meurtre de Floyd. «Avec notre complaisance, notre silence, nous sommes complices de la perpétuation de ces cycles de violence», a-t-il prêché, il a invoqué comme cause le racisme comme «péché originel de ce pays».

Il ne fait aucun doute que le racisme a été un élément important dans le meurtre de George Floyd. Mais le racisme est encouragé dans un contexte social précis, celui de l’aggravation des inégalités sociales dans le capitalisme du 21e siècle, où la classe dominante fait tout son possible pour fractionner et diviser la classe ouvrière. Plus de 1.000 personnes sont victimes de la violence policière aux États-Unis chaque année, et si un nombre disproportionné d’entre elles sont noires, le plus grand nombre est blanc. Ce que presque tous ont en commun, c’est qu’ils viennent de la classe ouvrière, et la plupart, de ses couches les plus pauvres.

(Article paru en anglais le 30 mai 2020)