Trump intensifie sa campagne pour qualifier l’opposition intérieure de terrorisme

Par Patrick Martin
6 juin 2020

Le gouvernement Trump poursuit sa campagne d’intervention militaire envers les protestations de masse contre les brutalités policières qui ont balayé les États-Unis. Cela avait commencé avec l’assassinat par la police, le 25 mai dernier, de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans. Le procureur général William Barr et le directeur du FBI Christopher Wray ont tenu une conférence de presse jeudi après-midi. Ils ont exprimé des allégations mensongères selon lesquelles des groupes de gauche enclins à la violence auraient «détourné» les manifestations, dans le but de fabriquer un prétexte à la répression.

Barr avait préconisé l’utilisation d’unités antiterroristes pour appréhender les «agitateurs» qu’il avait accusé de «détourner» les manifestations. Le fait de qualifier l’opposition politique intérieure de terrorisme vise à délégitimer et à criminaliser toute opposition à la violence policière et aux politiques de l’oligarchie.

Le niveau de mensonge dans la conférence de presse de Barr aurait étonné même le porte-parole nazi, Josef Goebbels, le chef de la propagande du «grand mensonge» d’Hitler. Barr a évoqué un monde inventé dans lequel des manifestations – qui impliquent des millions de personnes dans des centaines de villes, grandes, moyennes et petites – sont manipulées par Antifa, une «organisation» qui n’a pas un seul membre identifié. Il a également affirmé que des «acteurs étrangers» intervenaient dans les manifestations, ajoutant le spectre d’un rôle russe, chinois, iranien ou d’Al-Qaïda.

Des soldats de la Garde nationale de l’Utah rejoignent une ligne de police tandis que des manifestants se rassemblent le jeudi 4 juin 2020 près de la Maison Blanche à Washington pour protester contre la mort de George Floyd. (AP Photo/Alex Brandon)

Antifa n’est guère plus qu’un label adopté par les jeunes qui protestent contre les provocations de l’ultra-droite et de la suprématie blanche. En tant que groupe organisé, ce dernier existe principalement dans l’imagination fiévreuse des informateurs et des agents du FBI – qui constituent probablement la majorité de ses «membres». Si l’Antifa n’existait pas (et cela se peut qu’il n’existe pas), Trump, Barr et autres seraient obligés de l’inventer. Et cela, afin de leur fournir un prétexte à la répression de masse qu’ils mènent contre la classe ouvrière américaine.

Barr a préconisé l’utilisation des forces antiterroristes (JTTF – Joint Terrorist Task Forces) contre la prétendue menace Antifa. Les JTTF réunissent des agents de la police fédérale et des États dans un effort commun, initialement dirigé contre les fondamentalistes islamiques qui ont perpétré les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington. Cet effort est maintenant redirigé pour combattre toute opposition de gauche aux politiques du gouvernement Trump et de ses collaborateurs au niveau des États.

Les agents du FBI qui travaillent par l’intermédiaire des JTTF iront interroger les gens sur leurs opinions politiques, en violation flagrante du premier amendement, et chercheront à criminaliser leur participation aux manifestations. Un mémorandum du département de la sécurité intérieure, obtenu par Politico, a cité la nécessité pour les agents des renseignements d’être «vigilants dans la recherche de toute sorte de menaces émergentes pour la patrie». En même temps, le mémorandum fait l’aveu révélateur que «certains des comportements suspects observés comprennent des activités protégées par la constitution…».

Barr est devenu l’un des principaux agents de Trump dans la préparation d’une dictature présidentielle. Le «chef des forces de l’ordre», comme le décrit le procureur général, est en fait un co-conspirateur à part entière dans l’assaut contre la Constitution et les droits démocratiques des États-Unis.

Trump a menacé d’invoquer la loi sur l’insurrection, mais contrairement à ce qui s’est passé en Californie en 1992, aucun gouverneur d’État n’a demandé l’aide militaire fédérale. Ainsi, la Maison Blanche veut utiliser le District de Columbia, qui est un territoire fédéral et ne fait partie d’aucun État, pour démontrer l’utilisation d’une force militaire écrasante. Son but est d’écraser les protestations et d’intimider la population, qui est en grande partie afro-américaine dans la capitale.

Comme les rapports de presse ont commencé à le montrer, c’est Barr qui a joué le rôle principal. Il s’est associé avec l’attaque policière-militaire contre des manifestants pacifiques dans le parc Lafayette, en face de la Maison Blanche, lundi soir. La force antiémeute du Bureau fédéral des prisons, sous l’autorité directe de Barr – puisqu’il fait partie du ministère de la Justice – a été le fer de lance de l’effort pour nettoyer le parc. Cette force a utilisé des gaz lacrymogènes, des boules de poivre et d’autres équipements antiémeutes. Tout cela, pour que Trump puisse faire sa promenade massivement médiatisée à travers le parc et de poser, tenant une Bible, devant l’église épiscopale de Saint-Jean. Le bâtiment avait subi des dommages mineurs dus au feu au cours du week-end.

Lors de la conférence de presse, Barr a salué le rôle de la myriade d’agences fédérales dans la répression à DC. Il a dit: «Nous avons déployé dans cette mission toutes les principales composantes du département chargées de l’application de la loi. Cela comprenait le FBI, l’ATF, le DEA, le Bureau des prisons et le Service des marshals des États-Unis».

Il a rappelé son propre rôle en 1992, lors de son précédent mandat de procureur général dans le gouvernement de George H. W. Bush. C’était la dernière fois qu’un président a invoqué l’Insurrection Act. C’était pour contrer le soulèvement à Los Angeles qui a suivi l’acquittement des voyous de la police qui avaient battu Rodney King. Cela a marqué une précédente atrocité raciste de la police qui est devenue un scandale national. Cela était dû au fait que, comme le meurtre de George Floyd, l’atrocité a été filmée par des spectateurs et que le pays tout entier a pu constater la véritable nature de «l’ordre public» américain.

Le vice-président Pence, qui était absent lors de la provocation de Lafayette Square, a refait surface en tant que fervent défenseur de la loi contre l’Insurrection et de l’utilisation des troupes fédérales. Dans une interview accordée à une chaîne de télévision de Pittsburgh, Pence a condamné le gouverneur démocrate de Pennsylvanie. Il lui reprochait de n’avoir mobilisé que 500-600 soldats de la Garde nationale et a menacé d’envoyer l’armée américaine à la place.

«Le président et moi-même continuerons à exhorter les gouverneurs, comme le gouverneur Wolf, à appeler la Garde nationale, à la déployer dans les rues et à rétablir l’ordre de manière forte et décisive. Le peuple américain n’en attend pas moins», a déclaré Pence.

Si les mensonges de l’ampleur de ceux avancés par Barr peuvent sembler déments et incroyables, il y a une logique certaine à l’œuvre. Elle fait partie d’un plan de jeu visant à justifier un coup d’État militaire qui placerait un pouvoir incontesté entre les mains du président. Le langage de gangster de Trump et de ses complices, dont des assistants comme Stephen Miller et des conseillers comme Steven Bannon, démontre qu’ils ne suivent pas un quelconque règlement constitutionnel-démocratique. Ils feront et diront n’importe quoi pour réaliser leurs plans d’établir un régime autoritaire basé sur l’armée et la police.

Le plus grand danger pour les travailleurs et les jeunes serait de sous-estimer les dangers. Surtout de croire – comme le suggèrent les médias d’entreprise et le Parti démocrate – que Trump a renoncé à ses plans de régime militaire à cause de l’opposition au sein de l’establishment politique et de la sécurité nationale. La diffusion de cette position complaisante et dangereuse était la principale fonction du sermon prononcé par l’agent du Parti démocrate, Al Sharpton, lors du service commémoratif organisé pour George Floyd jeudi à Minneapolis.

Sharpton a dû admettre la participation massive aux manifestations nationales, un grand nombre de jeunes blancs constituant une nette majorité des personnes indignées et en colère à propos du meurtre de George Floyd. Il a dû admettre que c’était quelque chose de nouveau dans la vie politique et sociale américaine. Mais il s’est rapidement tourné vers son véritable objectif: dépeindre l’attaque contre Floyd comme purement raciale. Dissimulant ainsi son caractère de classe comme une attaque contre la classe ouvrière, et le rôle de la police, qu’elle soit blanche ou noire, comme bras répressif de l’État capitaliste.

Prenant à la légère la menace de Trump d’utiliser la force militaire contre les manifestants, Sharpton a dit que le président «aboie beaucoup, mais ne mord pas». Ceci, dans des conditions où au moins une dizaine de personnes se sont déjà fait tuer par la police et la Garde nationale depuis le début des manifestations, et où Trump et ses co-conspirateurs préparent activement une intervention de l’armée dans les rues d’Amérique qui signifierait un terrible bain de sang.

Aucun démocrate de premier plan n’a dénoncé Trump pour avoir menacé une prise de pouvoir militaire. Aucun démocrate n’a exigé non plus que Trump soit démis de ses fonctions. Le candidat démocrate présumé à la présidence, Joe Biden, a été pratiquement invisible. La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, la principale démocrate de Washington, s’est contentée d’envoyer une lettre à la Maison Blanche, jeudi. Elle lui demandait simplement de fournir au Congrès une liste des agences militaires et policières impliquées dans le parc Lafayette. C’est comme si aucun effort n’était en cours pour renverser la structure constitutionnelle des États-Unis.

Le Parti de l’égalité socialiste a lancé un appel aux travailleurs et aux jeunes pour qu’ils s’opposent aux plans de la Maison Blanche qui vise à supprimer les droits démocratiques et à imposer un régime policier-militaire. Nous avons dit:

«La classe ouvrière doit intervenir dans cette crise sans précédent en tant que force sociale et politique indépendante. Elle doit s’opposer à la conspiration de la Maison Blanche par les méthodes de la lutte des classes et de la révolution socialiste.»

Les millions d’ouvriers et de jeunes qui participent aux manifestations de masse contre la violence policière doivent commencer à formuler des revendications politiques contre les méthodes de gangsters du gouvernement Trump. Il faut demander la destitution de Trump, de Pence et de tous leurs conspirateurs.

(Article paru en anglais 5 juin 2020)

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