Pékin adopte une loi anti-démocratique sur la sécurité pour Hong Kong

Par Ben McGrath
3 juillet 2020

Le comité permanent du Congrès national du peuple chinois a adopté mardi une loi controversée sur la sécurité nationale pour Hong Kong qui permettra au gouvernement central de réprimer la dissidence politique dans la ville et de restreindre davantage les droits démocratiques. La nouvelle loi est entrée en vigueur mardi soir, peu avant le 23e anniversaire de la rétrocession du Royaume-Uni de Hong Kong à la Chine.

Pékin a déclaré que la loi était nécessaire pour contrer les «forces étrangères» qu’il a tenu responsable pour les manifestations qui avaient éclaté à Hong Kong l'été dernier. Un «Bureau pour la sauvegarde de la sécurité nationale» sera mis en place dans la ville qui permettra au système judiciaire de Pékin de prendre en charge les affaires pénales où il y a supposément ingérence étrangère, un cas considéré comme étant particulièrement grave, ou si les autorités estiment qu'il existe une menace pour la sécurité nationale.

Les quatre types de désignations criminelles en vertu de la nouvelle loi comprennent la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec des forces étrangères. La loi stipule, par exemple, que quiconque endommage les installations du gouvernement, devenues la cible de la colère publique lors des manifestations de l'année dernière, pourrait être accusé de subversion. Les travailleurs qui tentent de fermer les transports publics lors d'une grève à l'échelle de la ville pourraient être accusés de terrorisme. Les peines pour une condamnation vont d'un minimum de 10 ans de prison à la prison à vie.

La police de Hong Kong arrête un manifestant après l’avoir arrosé de spray anti-agresseur, 1er juillet 2020 (AP photo/Vincent Yu)

Cette loi a déjà été utilisée pour attaquer les droits démocratiques du peuple de Hong Kong. Mercredi, des milliers de personnes se sont rassemblées pour marquer l'anniversaire du retour de Hong Kong à la Chine ainsi que pour dénoncer la législation. La police a utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes et du gaz poivré pour briser les manifestations et a arrêté près de 200 personnes, au moins sept spécifiquement en vertu de la nouvelle loi.

Cette législation sera sans aucun doute utilisée pour réprimer des manifestations de masse comme celles qui ont éclaté l'année dernière contre un projet de loi sur l'extradition. Alors que des millions de personnes à Hong Kong préoccupées par l’empiétement de la Chine sur les droits démocratiques ont rejoint les manifestations, le mouvement a été détourné par des dirigeants des manifestations qui ont appelé l'impérialisme américain et britannique à intervenir pour défendre les droits démocratiques. Cela a créé le prétexte pour le passage en force par Pékin de la dernière législation sur la sécurité nationale.

Les États-Unis et leurs alliés, y compris la Grande-Bretagne et l'Australie, se positionnent désormais cyniquement en tant que défenseurs des droits de l'homme à Hong Kong et dénoncent cette nouvelle loi. Leur préoccupation, cependant, n'est pas l'érosion des droits démocratiques, mais d'exploiter la question pour renforcer encore leur confrontation avec Pékin. Le gouvernement Trump a déjà annoncé son intention de mettre fin au statut spécial de Hong Kong qui perdurait après son retour à la Chine en 1997.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a tweeté mercredi: «La loi draconienne sur la sécurité nationale du PCC met fin à une Hong Kong libre et révèle la plus grande peur du Parti: le libre arbitre et la libre pensée de son propre peuple.» La veille, il avait tweeté que les États-Unis mettaient fin à leurs peu d’exportations d'armes vers Hong Kong ainsi qu'à la vente de technologies sensibles, déclarant: «Si Pékin traite maintenant Hong Kong comme "un pays, un système", nous devons faire pareil.»

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a averti que d’autres sanctions économiques sont prévues: «D'autres mesures visant à éliminer le traitement différencié sont également en cours d'évaluation. Nous exhortons Pékin à inverser immédiatement le cap et à tenir les promesses qu'il a faites au peuple de Hong Kong et au monde.»

L'hypocrisie nauséabonde de ces commentaires est mise en évidence par la réponse du gouvernement Trump aux protestations de masse soutenues aux États-Unis contre la violence policière. Le mois dernier, Trump a tenté de monter un coup d'État annonçant qu'il déploierait l'armée pour réprimer les manifestations en violation flagrante de la constitution américaine.

Les dénonciations de Trump à l'égard de la Chine sont en partie destinées à détourner l'attention de la négligence criminelle de son gouvernement envers la pandémie Covid-19 qui est responsable de la mort de plus de 130.000 Américains. Sans la moindre preuve, il a tenu la Chine comme responsable pour la pandémie, l'accusant même d'avoir libéré le virus d'un laboratoire de virologie de Wuhan.

La campagne virulente anti-Chine de Trump, cependant, est une continuation du «pivot vers l'Asie» du gouvernement Obama pour saper et finalement subordonner ce que Washington considère comme la principale menace à sa domination mondiale. Hong Kong n'est qu'une des poudrières de l'Indo-Pacifique que les États-Unis enflamment délibérément, y compris Taïwan, la mer de Chine méridionale et le conflit frontalier de l'Inde avec la Chine.

Dans un éditorial de mardi, le Global Times, appartenant à l'État, a critiqué les États-Unis pour avoir déclaré que la nouvelle législation en matière de sécurité marquait la fin de «un pays, deux systèmes» en vertu desquels Hong Kong s'était vu garantir une autonomie limitée après son retour à la Chine. Il a déclaré qu'il existait «un stratagème malveillant pour tirer Hong Kong de la Chine vers le camp du pouvoir américain et transformer la ville en un point d'appui permettant les États-Unis de contenir la Chine.»

Alors que Pékin s'inquiète des intrigues impérialistes à Hong Kong, sa principale crainte est que les troubles sociaux et politiques dans la ville sur les droits démocratiques et sociaux ne débordent de la frontière avec le reste de la Chine. Hong Kong est l'une des villes les plus inégales au monde sur le plan social et l'éruption de grèves et de manifestations pourrait déclencher une opposition antigouvernementale en Chine, où l'économie a considérablement ralenti et les tensions sociales ont été exacerbées par la pandémie de Covid-19.

Officiellement, 5,9 pour cent de la population active chinoise est au chômage, en légère baisse par rapport au record de 6,2 pour cent atteint en février, le résultat de l'épidémie de Covid-19. Cependant, selon Wei Yao et Michelle Lam, économistes à la Société Générale, quelque 10 pour cent des personnes considérées comme ayant un emploi, sont en réalité au chômage - ce qui signifie que jusqu'à 80 millions de travailleurs sont sans emploi. «Le choc de Covid-19 sur le marché du travail est sans précédent par son ampleur, sa durée et sa nature», ont écrit Yao et Lam en mai.

600 millions de travailleurs supplémentaires sont très exploités et ne gagnent que 1000 yuans par mois, soit 140 dollars, ce qui n'est même pas suffisant pour louer une chambre dans une ville de taille moyenne. Les étudiants et les travailleurs, qu'ils soient sur le continent ou à Hong Kong, sont confrontés aux mêmes conditions: le chômage ou les emplois mal rémunérés, les logements dangereux et les inégalités sociales brutales.

C'est vers la classe ouvrière de toute la Chine que ceux qui luttent pour les droits démocratiques à Hong doivent se tourner, et non vers l'impérialisme américain et britannique. Seul un mouvement unifié de travailleurs en Chine et au niveau international puisse défendre les droits démocratiques et sociaux sur la base d'une lutte pour un véritable socialisme.

(Article paru en anglais le 2 juillet 2020)