Les infections dues au coronavirus montent en flèche aux États-Unis

La campagne bipartite de retour au travail produit une catastrophe

Par Andre Damon
15 juillet 2020

La pandémie de COVID-19 aux États-Unis est devenue une véritable catastrophe. Lundi, les États-Unis ont enregistré plus de 65.000 nouveaux cas ; le nombre des cas quotidiens est près de deux fois supérieur au pic de la mi-avril. Les États-Unis représentent un tiers du total des nouveaux cas dans le monde, alors qu’ils ne comptent que quatre pour cent de la population mondiale.

Des ambulanciers des services d’incendie et de secours de Kirkland chargent un patient dans une ambulance, mardi 10 mars 2020, au «Life Care Center» de Kirkland, près de Seattle (AP Photo/Ted S. Warren)

En Floride plus de 40 hôpitaux sont pleins et au Texas les hôpitaux refusent les ambulances. Les gens font la queue pendant des jours pour se faire tester. Le système de santé publique américain, rudimentaire et brisé – qui dépend de télécopieurs pour partager les données et met jusqu’à une semaine pour avoir les résultats de tests – est submergé. Les infirmières et les médecins sont confrontés à une grave pénurie d’équipements de protection.

Cette catastrophe est le résultat de la réouverture prématurée des entreprises dans tout le pays. Depuis la reprise des productions non essentielles il y a deux mois, le nombre de cas de COVID-19 a plus que doublé, atteignant 3,4 millions ; quelque 43.000 personnes de plus sont décédées, ce qui porte le nombre des décès à 138.000.

On est en train de commettre un crime social aux conséquences dévastatrices. Mais dans les heures sans nombre consacrées à discuter la pandémie sur les chaînes d’information et dans les colonnes des journaux, personne ne pose sérieusement la question de qui est responsable. Qui a pris la décision de rouvrir prématurément les entreprises? Et quels intérêts sociaux ont dicté cette politique?

Bien sûr, Trump et ses alliés républicains d’extrême droite qui ont minimisé la pandémie et encouragé les gens à ne pas tenir compte de la distanciation sociale, ont joué un rôle crucial. Trump mène une guerre contre le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, Anthony Fauci, pour avoir osé souligner le fait évident que la pandémie est à présent totalement hors de contrôle.

Mais il ne s’agit pas seulement de Trump. Presque tous les gouverneurs, démocrates comme républicains, ont rouvert des entreprises non essentielles alors que le pays ne disposait pas de tests et d’un système de recherche des contacts suffisants.

Alors que les États rouvraient la production non essentielle début mai, plus de la moitié l’ont fait, selon une analyse du New York Times, au moment où «le nombre des cas tendait à augmenter, les résultats positifs des tests étaient en hausse, ou les deux». Parmi les États ayant rouvert sans respecter les directives fédérales les plus élémentaires, on trouve le Maine, la Caroline du Nord, le Kansas et le Colorado, tous avec des gouverneurs Démocrates.

Cette campagne s’est faite avec la participation active des médias alignés sur les démocrates. Le New York Times a publié pas moins de onze colonnes de Thomas Friedman prônant une «immunité collective», c’est-à-dire l’abandon des mesures visant à contenir la pandémie. Le Washington Post lui, a publié un éditorial qualifiant de «séduisant» le «modèle suédois» d’immunité collective.

L’exigence universelle de retour au travail fut dictée par Wall Street et l’oligarchie industrielle et financière. Pour la classe dirigeante, la pandémie a été une gigantesque opportunité de gagner de l’argent. Un trader d’obligations l’a clairement expliqué dans une interview à Reuters:

« Le COVID-19 est maintenant lié aux marchés de manière inverse. Autrement dit, plus le COVID-19 sera mauvais, plus les marchés s’amélioreront, car la Réserve fédérale américaine apportera un stimulus. C’est ce qui a mené les marchés.

Depuis mars, la Réserve fédérale a injecté trois mille milliards de dollars dans les marchés, faisant passer son bilan de quatre mille milliards de dollars à plus de sept mille milliards de dollars. Démocrates et républicains du Congrès ont approuvé cette politique à la quasi-unanimité lorsqu’ils ont adopté, fin mars, la loi dite CARES.

Cette offre illimitée d’argent a alimenté une hausse massive de la valeur des actifs. L’indice boursier S&P 500 a atteint lundi son plus haut niveau depuis le début de la pandémie, et il reste supérieur à sa valeur de l’an dernier. Un gestionnaire de fonds a récemment déclaré à Fortune: «Nous sommes dans une exubérance irrationnelle – c’est une bulle… L’économie s’arrête, ralentit, nous rentrons et sortons de COVID en zigzaguant et pourtant le marché des technologies atteint de nouveaux sommets chaque jour. C’est une bulle spéculative classique».

C’est cette vaste redistribution vers le haut des richesses qui explique l’intensité de la campagne visant à entasser les travailleurs dans des usines qui sont des foyers de propagation du virus. Les billions de dollars d’«argent magique» injectés dans les marchés financiers sont peut-être fictifs mais la richesse de l’oligarchie financière – ses jets, ses voitures de luxe, ses villas et ses grands appartements – est bien réelle. Cette richesse doit, en fin de compte, être tirée du labeur de la classe ouvrière.

On peut prendre comme exemple spécifique le cas du PDG de Tesla, Elon Musk. Le 11 mai, Musk a annoncé la reprise de la production dans la principale usine de Tesla en Californie, au mépris des lois de cet État, avec la complicité de l’administration démocrate de Californie.

Depuis la réouverture de Tesla, ses actions ont augmenté de 50 pour cent, en faisant le plus grand constructeur automobile en matière de capitalisation boursière. Cela a conduit à une augmentation de 30 milliards de dollars de la richesse personnelle de Musk, la portant à 70 milliards, soit le triple de sa valeur nette il y a tout juste deux ans.

Le retour des travailleurs sur le marché du travail a été essentiel pour franchir cette étape. Le Financial Times a noté que Tesla «renonçait à plus de 500 millions de dollars de revenus par semaine durant la fermeture, de l’argent auquel une entreprise n’ayant jamais eu une année rentable peut difficilement se permettre de renoncer».

Dans une lettre aux employés, Musk a pointé l’élan en faveur de la réouverture. «Le seuil de rentabilité semble très étroit», a-t-il déclaré. «Ça fait vraiment une différence pour chaque voiture que vous construisez et livrez.»

En raison de la hausse massive de la valeur des actions de Tesla, Musk devrait recevoir, dans quelques jours, la plus forte rémunération de l’histoire pour un PDG, un nouvel ordre de grandeur, sous la forme d’un bonus de 2,4 milliards de dollars.

La politique qui a été mise en œuvre n'est pas socialement neutre. Il ne s'agissait pas de sauver "l'économie", mais de sauver Wall Street et de maintenir, voire d'accroître, la richesse de l'oligarchie capitaliste qui détient la grande majorité des actifs financiers.

Pour la classe dirigeante, la pandémie a encore d’autres avantages. Dans la mesure où les personnes âgées en sont les principales victimes, elle contribuera à la réduction de la hausse des coûts des soins de santé et des retraites – mentionné depuis longtemps comme un problème stratégique par les groupes de réflexion de la classe dirigeante.

Le chômage de masse créé par la pandémie a également des avantages pour la classe dirigeante. Alors que les États-Unis étaient confrontés à la plus forte tension sur le marché du travail depuis des décennies, la crise économique déclenchée par la pandémie a détruit des dizaines de milliers d’emplois, dont beaucoup de façon permanente.

C’est le gouvernement Trump qui a fait campagne pour la suppression du supplément hebdomadaire de 600 dollars à l’allocation chômage, adoptée dans le cadre de la loi CARES, mais cette demande a été soutenue par les deux partis. Le gouverneur démocrate du Connecticut, Ned Lamont, s’est joint au chœur des demandes en faveur de l’expiration de cette prestation en déclarant qu’elle «décourageait le travail».

La campagne de la classe dirigeante pour la réouverture des écoles est cruciale pour le retour au travail. Dans le contexte de la pandémie elle menace la vie de dizaines de milliers d’élèves et d’enseignants et entraînera inévitablement une nouvelle hausse des cas dans la population.

La classe dirigeante a l’intention d’utiliser la pandémie de COVID-19 pour étendre et intensifier les processus prévalant avant son déclenchement : l’accroissement des inégalités sociales, le démantèlement des infrastructures sociales, et la transformation de la classe ouvrière américaine en réservoir de main-d’œuvre précarisée et bon marché.

Un crime social aux proportions monumentales est en train d’être commis. Les victimes remplissent les morgues et les cimetières de tout le pays. Les coupables sont les représentants de la classe dirigeante, républicains comme démocrates, et leurs complices des médias. Leur mobile est la défense des richesses de l’oligarchie et du système capitaliste. La réponse de la classe ouvrière doit être la révolution socialiste. C’est la conclusion inéluctable qui découle de la pandémie.

(Article paru d’abord en anglais 14 juillet 2020)