Le second tour des municipales marqué par une abstention record

Par Anthony Torres
16 juillet 2020

Initialement prévue le 22 mars, le second tour des municipales s’est tenue dimanche 28 juin dans le contexte de la pandémie mondiale qui s’accélère et des manifestations contre les violences policières après la mort de Georges Floyd à travers le monde. Marqué par une abstention record, le second tour a exposé le rejet de la part des travailleurs et des jeunes de l’ensemble des partis de l’establishment.

Le taux de participation pour le premier tour des municipales, en mars juste avant le début du confinement en France, est sensiblement similaire puisque 44,66 pour cent des électeurs s’étaient déplacés soit 18,89 pour cent de moins qu’en 2014. Le taux de participation pour le second tour des municipales a été de 41,6 pour cent. C’est 20,45 pour cent de moins que lors des élections municipales de 2014.

Dans la plupart des villes de taille moyenne et grande, les maires sortant ont pu conserver leur fauteuil de maire. Les candidats de tous les partis établis ont tenté de se distancier de la politique d’austérité menée par leurs partis à l’échelle nationale, bien que les maires appliquent cette politique sur le terrain. Généralement les maires sortants PS et LR se sont fait réélire lors de ce second tour des municipales.

Ainsi et non sans difficulté, le PS et Martine Aubry ont pu garder la ville de Lille. A Nantes, Rennes et Rouen le PS s’est aussi maintenu tout comme sur Paris, où Anne Hidalgo l’a emporté face à l’ancienne Garde des Sceaux de Sarkozy, Rachida Dati et l’ancienne ministre de la santé de Macron, Agnès Buzyn qui avait avoué n’avoir rien fait pour que la France se prépare à l’épidémie de Covid-19. Le PS gagne Montpellier et Nancy.

A Nice, Estrosi des LR reste maire mais perd des villes importantes comme Bordeaux qui a été pendant plusieurs décennies détenue par les gaullistes et dont le maire était l’ancien premier ministre de Chirac, Alain Juppé.

Détenue par le parti gaulliste depuis 1995, la mairie de Marseille est passée dans les mains d’une alliance entre le PCF, le PS, des membres de LFI et des dissidents d’Europe-Ecologie les Verts nommé Printemps marseillais.

Au premier tour des municipales, Martine Vassal des LR a été accusé de fraude pour des «procurations illégales». Malgré ces accusations de fraude, la liste Printemps marseillais n’ayant pas obtenu la majorité absolue au second tour des municipales, tout c’est joué lors du vote du deuxième tour des conseillers municipaux pour élire le maire. Après des négociations entre la liste Printemps marseillais et la dissidente du PS Samia Ghali, mairesse du 15ème arrondissement qui avait demandé l’intervention de l’armée dans son arrondissement sous Hollande, la liste Printemps marseillais est passée.

Les perdants de cette élection sont le parti présidentielle LREM qui a notamment perdu dans les villes de plus de 100 000 habitants Besançon et surtout Lyon au profit d’Europe-Ecologie les Verts.

Le parti d’extrême droite RN qui avait l’ambition de renforcer son implantation locale en vue de préparer la présidentielle de 2022 à vu son nombre de conseillers à l’échelle nationale baisser de manière importante, d’environ 1.200 à 800. Toutefois, le numéro 2 et ex-mari de Marine Le Pen, Louis Alliot, a remporté la mairie de Perpignan dans les Pyrénées Orientales.

L’échec du RN lors de cette élection municipale ne signifie pas que le danger de voir ce parti se retrouver en tête de la prochaine présidentielle soit à écarté. Il ne fait aucun doute que la mort de Georges Floyd a choqué à travers le monde. L’indignation développé dans les manifestations contre les violences policières qui ont traversé le monde, y compris la France, a eu l’effet de faire reculer le RN souvent associé avec la police.

Ce second tour des municipale, souligne que le RN n’est pas un parti de masse, bénéficiant d’un large soutien de la population. Il avance parce qu’il bénéficie du soutien de l’état et des partis traditionnels qui placent le RN au centre de la politique nationale y menant son programme. Cela comprend la célébration par Macron du collaborateur des nazis Pétain en novembre dernier et son «salut républicain» à Le Pen immédiatement après son investiture. Avant Macron, François Hollande avait invité plusieurs fois Marine Le Pen à l’Elysée.

Ceci est vrai en France mais aussi en Espagne, où la Cour suprême a approuvé la légitimité du coup fasciste de Francisco Franco en 1936, et en Allemagne où l’AFD gonfle avec l’aide du gouvernement de grande coalition et le soutien des services de renseignement allemand.

Le parti qui s’en sort le mieux lors de cette élection et qui confirme le bon score obtenu lors de l’élection européenne de 2019 est Europe Ecologie les Verts.

Par un jeu d’alliance avec LFI, le PS et autres, EELV ont gagné Strasbourg, Tours, Lyon, et Bordeaux et a conservé Grenoble. Pour les européennes, EELV avaient été les bénéficiaires indignes d’une politisation croissante parmi de larges couches de jeunes, qui s’est traduite par les manifestations «Fridays for Future» et l’opposition au refus, de la part de gouvernements vendus, de prendre des mesures contre le réchauffement climatique.

Le WSWS avait averti que «Les Verts ne feront rien pour lutter contre le changement climatique parce qu’ils soutiennent la source du réchauffement climatique, le système de profit capitaliste et la subordination de la société aux intérêts des grandes entreprises. C’est un parti de la grande entreprise qui a soutenu les guerres et les attaques contre la classe ouvrière lorsqu’il était au pouvoir – notamment en Allemagne de 1998 à 2005 et en Australie de 2012 à 2015.»

Il n’est pas non plus approprié de parler de vague verte non plus. L’abstention et le déplacement des votes des classes moyennes aisées du PS et au LREM vers l’EELV ne montre pas un réel enthousiasme parmi les travailleurs pour ce parti. Ville détenue par EELV, Grenoble, l’abstention y atteint des sommets avec près de 65 pour cent des inscrits. Le maire sortant Eric Piolle, présenté obtient ainsi 16.000 suffrages, pour une commune qui compte près de 160.000 habitants.