150.000 morts aux États-Unis sans qu’on en voie la fin

Par Andre Damon
27 juillet 2020

A la fin du week-end, plus de 150 000 Américains étaient morts de la COVID-19 aux États-Unis.

La pandémie fait rage de manière incontrôlée. Vendredi, les États-Unis ont battu un autre record en enregistrant 78.000 nouveaux cas en une seule journée. Plus de 1.000 personnes supplémentaires ont succombé à la maladie.

Les «Centres pour le contrôle et la prévention des maladies» (CDC) prévoient maintenant que le nombre de décès aux États-Unis atteindra 175.000 d’ici la mi-août. Le Dr Scott Gottlieb, l’ancien directeur de l’Administration des denrées alimentaires et des médicaments (FDA), affirme que le nombre de décès pourrait doubler d’ici la fin de l’année pour atteindre 300.000. «Je ne pense certainement pas que nous soyons près d’arriver au bout de cela», a déclaré le Dr Anthony Fauci à MarketWatch vendredi.

Des dizaines d’hôpitaux en Californie, au Texas et en Floride sont à pleine capacité, et certains ont commencé à renvoyer les patients qu’ils jugent les moins susceptibles de survivre. Les morgues du Mississippi et du Texas se remplissent et les hôpitaux du pays ont loué des camions réfrigérés pour stocker les corps. Faisant référence à ces États, la Dr Déborah Birx, coordinatrice du groupe de travail de la Maison-Blanche sur le coronavirus, a déclaré: «Ce que nous avons actuellement, ce sont essentiellement trois fois ce qui s’est passé à New York» (le premier épicentre de la pandémie aux États-Unis).

Cette catastrophe est le résultat direct de la campagne menée par le gouvernement Trump – avec l’aide des Démocrates et des médias – pour forcer les travailleurs à reprendre le travail pendant que la pandémie fait rage, dans le seul but d’enrichir l’oligarchie financière.

Loin de combattre la maladie, chaque action de la Maison-Blanche a contribué à aggraver la catastrophe. Les actions de Trump ont entraîné la mort évitable de près de 150.000 personnes et, s’il arrive à faire ce qu’il veut, des centaines de milliers d’autres mourront.

Totalement indifférente à la vie humaine, la Maison-Blanche exige une accélération du processus de retour au travail et cherche à forcer les enseignants et les travailleurs scolaires à retourner dans des écoles qui s’avéreront être de pièges mortels. En même temps, elle fait tout son possible pour assurer la suppression de l’allocation chômage complémentaire de 600 dollars, la seule bouée de sauvetage pour des dizaines de millions de personnes mises au chômage.

Ceux qui dans l’oligarchie américaine ont le plus contribué à propager la pandémie sont ceux qui en ont le plus bénéficié. Elon Musk, qui a illégalement rouvert l’usine Tesla de Fremont, en Californie, au mépris des autorités sanitaires, a été récompensé par la plus grosse somme jamais versée à un PDG, soit 2,1 milliards de dollars. Musk a triplé sa valeur nette cette année, pour atteindre 75 milliards de dollars.

Les experts sanitaires demandent à la Maison-Blanche de renoncer à sa politique meurtrière. Dans une lettre publiée cette semaine, plus de 250 professionnels de la santé ont exhorté les États-Unis à «fermer et recommencer», tandis que Fauci a réitéré son appel aux États pour qu’ils ralentissent, ou inversent, leur réouverture.

Mais Trump fait exactement le contraire: la Maison Blanche redouble sa campagne pour remettre les travailleurs au travail. Pour ce faire, elle exige que les élèves retournent à l'école dans les semaines qui viennent afin que leurs parents puissent recommencer à faire du profit pour les grandes sociétés américaines.

Jeudi, les CDC ont publié des directives pour la réouverture des écoles qui se lisent comme s’ils avaient été rédigés par ceux qui rédigent les discours de Trump. Pendant ce temps, la Maison-Blanche a déclaré que les enseignants étaient des travailleurs «essentiels». La campagne irresponsable de Trump visant à rouvrir les écoles mettra en danger la vie de centaines de milliers d’enseignants et d’élèves, sans parler de leurs familles.

Le bilan des morts de COVID-19 est une condamnation sans appel de tous les aspects – économiques, sociaux, politiques – du capitalisme américain.

La Maison-Blanche, les Démocrates et les médias sont restés silencieux lorsque la COVID-19 s’est répandue dans tout le pays en janvier et février.

Ce silence était délibéré. Comme l’a clairement indiqué le lanceur d’alerte Rick Bright lors d’un témoignage au Congrès, «les responsables de la santé publique étaient pleinement conscients de la menace émergente de la COVID-19 au début du mois de janvier 2020». Pourtant, la seule réponse des législateurs a été de vendre des actions, car on les avait informés à l’avance qu’une baisse importante était à venir. Ils n’ont rien fait pendant que la pandémie se propageait dans tout le pays.

La seule réponse de Washington a été d’injecter quatre mille milliards de dollars dans le marché boursier par l’intermédiaire de la Réserve fédérale et de procéder à un renflouement massif, de deux mille milliards de dollars, des grandes entreprises en mars par le biais de la loi CARES. Cette loi ne contenait qu’un financement dérisoire pour les mesures visant à arrêter la propagation de la maladie.

Une fois le sauvetage assuré, les médias ont immédiatement commencé à exiger la réouverture des entreprises. Le New York Times déclara que «le remède» du confinement était «pire que la maladie». Le lendemain, Trump répéta cette phrase pour justifier un retour prématuré au travail. Les médias ont promu de petites manifestations menées par des éléments néonazis alignés sur la Maison-Blanche, comme s’ils exprimaient une revendication populaire pour la réouverture des entreprises.

Le gouvernement fédéral et les États ont rapidement abandonné les efforts les plus minimes pour contenir la pandémie. Plus de la moitié des gouverneurs ont rouvert des entreprises au mépris des propres directives du CDC, parmi eux les gouverneurs du Maine, de la Caroline du Nord, du Kansas et du Colorado – tous Démocrates.

Cette campagne bipartite qui visait à remettre les travailleurs au travail a maintenant produit une catastrophe. Plus de 40.000 personnes sont mortes rien qu’au cours des deux derniers mois.

Cette réaction désastreuse à la pandémie révèle l’ignorance, la cupidité, la stupidité et la criminalité de la classe capitaliste américaine, personnifiée par Donald Trump, le charlatan milliardaire dégurgité par l’élite de Manhattan.

Ce dont Trump parlant au nom de la classe dirigeante américaine a le plus peur, c'est de la croissance de l'opposition populaire à ce gouvernement corrompu et criminel et au système capitaliste qu'il représente.

En réponse à certaines des plus grandes manifestations de masse de l’histoire américaine, qui ont condamné le gouvernement et sa promotion des forces de police fascistes de l’Amérique, Trump cherche à transformer les États-Unis en dictature présidentielle en déployant des forces fédérales policières et paramilitaires dans les principales villes américaines.

Même après sa tentative de coup d’État militaire en juin et son déploiement actuel de forces de police fédérales – qu’un ancien avocat général du ministère de la Sécurité intérieure a qualifié de «brigades de voyous» – pour réprimer les manifestations contre son gouvernement, aucune section de l’establishment politique ne réclame son départ.

Les Démocrates ont passé la majeure partie de l’an passé à essayer de destituer Trump sur la base d’allégations frauduleuses de «collusion étrangère», mais se taisent alors qu’il tue des dizaines de milliers de gens et transforme l’Amérique en État policier.

Le Parti démocrate et ses apologistes misent tout sur l’élection de Joe Biden, un porte-parole droitier du patronat, d’accord avec Trump sur presque tout. Et ce, malgré que ce dernier ait clairement montré qu’il avait l’intention de ne pas tenir compte du résultat de l’élection présidentielle de novembre s’il lui était défavorable et qu’il se prépare à rester au pouvoir au moyen d’un État policier.

Pour les élites au pouvoir, installées dans leurs condominiums et leurs manoirs, avec leurs portefeuilles d’actions montées en flèche suite au renflouement du gouvernement, la pandémie est un cadeau du ciel. Pour les travailleurs forcés de travailler dans des usines qui sont des pépinières du virus et pour les enseignants encouragés à faire leur testament avant de retourner en classe, arrêter la pandémie est une question de vie ou de mort.

La classe ouvrière, déjà engagée dans une série de grèves dans tout le pays comme dans le monde, doit développer une lutte unifiée contre la campagne meurtrière de retour au travail mené par la classe dirigeante. La lutte contre la maladie sur le front médical est inséparable de la lutte sur le front politique: chasser le fasciste de la Maison-Blanche.

(Article paru d’abord en anglais 25 juillet 2020)

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