Les débardeurs de Montréal intensifient la grève contre l'augmentation du rythme de travail et la victimisation

Par Carl Bronski
5 août 2020

Les débardeurs du port de Montréal ont entamé lundi leur troisième grève limitée en un mois, en réponse aux provocations de la direction la semaine dernière dans deux terminaux sous contrat avec Termont, un opérateur de transport par conteneurs. La grève de cette semaine, qui est limitée à quatre jours, concerne 355 débardeurs, contremaîtres et personnel d'entretien des deux terminaux.

Au total, 1.125 membres de la section 375 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) sont impliqués dans un conflit contractuel de longue date avec l'Association des employeurs maritimes. En raison des restrictions imposées par la réglementation du gouvernement fédéral sur les «travailleurs essentiels», une partie de la main-d'œuvre est tenue de rester au travail pendant tout arrêt de travail, pour traiter les expéditions de céréales et les cargaisons à destination de Terre-Neuve.

Dans un autre conflit contractuel, les contrôleurs des deux terminaux de Termont doivent faire grève pendant 48 heures ce mercredi et jeudi. Les contrôleurs, qui coordonnent le chargement et le déchargement des conteneurs et leur transfert vers les trains et les camions, résistent aux plans du port de Montréal d'utiliser le changement technologique pour supprimer des emplois. Ils sont représentés par la section locale 1657 de l'Association internationale des débardeurs (ILA).

Les débardeurs du port de Montréal travaillent sans contrat depuis le 31 décembre 2018. Au début du mois de juillet, ils ont mené une grève de 40 heures pour faire valoir leurs revendications en vue d'obtenir un nouveau contrat qui tienne compte des conditions de travail oppressives sur les quais et qui prévoie des dispositions améliorées en matière de sécurité d'emploi. La semaine dernière, la plupart des débardeurs de l'ensemble du complexe portuaire ont rejoint une grève de quatre jours. Au cours de cet arrêt de travail, les directeurs de Termont ont franchi les piquets de grève pour effectuer des travaux normalement effectués par les travailleurs syndiqués: une action qualifiée de «déclaration de guerre» par le responsable de la section locale 375 du SCFP, Michel Murray.

Les grévistes des deux terminaux de Termont ont affronté les directeurs lorsqu'ils ont mis fin à leurs équipes de briseurs de grève lundi dernier, puis mercredi lorsque les directeurs, dans une tentative infructueuse d'éviter les grévistes, ont été transportés par bus directement du port à leurs voitures garées près du stade olympique de Montréal. Lors de l'affrontement du mercredi, les dirigeants de Termont ont appelé la police. Cependant, à leur arrivée, les grévistes avaient déjà quitté les lieux. Aucune accusation n'a été portée malgré les allégations de «violence» formulées par les directeurs à l'encontre des débardeurs. Michel Murray a déclaré que les esprits s'étaient échauffés parce qu'un des briseurs de grève avait conduit sa voiture à travers une foule de grévistes. En réponse à l'utilisation par Termont de briseurs de grève de la direction, les travailleurs organisent cette semaine une grève de quatre jours.

Toute la gamme des organisations patronales et commerciales s'agite pour que les autorités gouvernementales interviennent afin de forcer la fin de toutes les actions en faveur de l'emploi au port. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la Fédération des chambres de commerce du Québec, le Conseil du patronat du Québec, les Manufacturiers et Exportateurs du Québec et la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante se sont tous plaints que la grève nuit aux profits des entreprises qu'ils représentent et menace l'avenir du port.

L'Association des employeurs maritimes, qui supervise les négociations contractuelles dans le port, s'efforce depuis près de deux ans d'interdire les grèves sur les quais et d'imposer des conditions de travail brutales aux débardeurs. Au cours des 21 derniers mois, les travailleurs ont voté trois fois à une écrasante majorité en faveur de la grève. Pourtant, jusqu'au mois dernier, aucune grève n'avait eu lieu, le syndicat s'inclinant devant l'ingérence de l'employeur et les tergiversations du gouvernement fédéral dans l'interminable processus d'autorisation de grève.

Les travailleurs réclament un nouveau contrat qui traite des conditions de travail exténuantes sur les quais. Les pratiques actuelles en matière d'horaires obligent les travailleurs à travailler 19 jours sur 21. Invoquant une augmentation du volume des importations et des exportations du port, l'employeur exige que le rythme de travail soit multiplié par trois pendant les quarts de fin de semaine. En outre, un régime disciplinaire brutal a entraîné, depuis la signature du dernier contrat en 2013, 30 licenciements et plus de 1.000 jours de suspension imposés aux membres qui ont résisté à ces conditions de travail brutales. Enfin, l'Association des employeurs maritimes exige des réductions d'emplois alors même que le rythme de travail n'a cessé d'augmenter.

Après le premier vote de grève en décembre 2018, le Conseil canadien des relations industrielles s'est réuni pour décider lesquelles des différentes cargaisons régulièrement chargées et déchargées dans le port seraient déclarées «essentielles», le cas échéant. La réglementation fédérale permet de désigner comme essentiel tout service nécessaire pour «prévenir un danger imminent et grave pour la santé et la sécurité du public». L'Association des employeurs maritimes a insisté pour que toutes les tâches effectuées par les débardeurs soient désignées comme «essentielles».

Les travailleurs ont toutefois souligné que les expéditions de vin, de meubles et de toute une série d'autres biens de consommation ne sont guère essentielles. En outre, des produits tels que les produits pharmaceutiques qui pourraient être considérés comme importants pour la santé publique peuvent facilement être déchargés dans d'autres ports canadiens ou livrés par camion depuis les États-Unis. L'employeur a simplement refusé d'absorber les coûts supplémentaires qui découleraient d'un transport terrestre supplémentaire. Bien que les questions de «commodité» et d'«économies» ne soient pas censées faire partie des délibérations sur les «services essentiels», le Conseil canadien des relations industrielles (CCRI) a mis plus d'un an pour rendre une décision. Rendue le 9 juin, cette décision a conclu que la grève pouvait avoir lieu, mais à condition que les expéditions de céréales et les services vers Terre-Neuve soient maintenus.

Les employeurs du Canada et du monde entier sont déterminés à extraire la dernière once de sueur de leur main-d'œuvre afin de maintenir et d'accroître les profits de leurs actionnaires. Afin de résister à cette attaque contre leur niveau de vie et leur bien-être physique, les débardeurs doivent reconnaître qu'ils sont confrontés non seulement à un employeur individuel, mais aussi à la grande entreprise dans son ensemble, à ses employés politiques et à l'État capitaliste. Le SCFP fait tout pour éviter un conflit ouvert avec le gouvernement libéral fédéral et son recours à la législation sur les briseurs de grève, en limitant les débardeurs à des grèves tournantes et en respectant strictement la décision du CCRI sur la fourniture de «services essentiels».

Pendant la pandémie de coronavirus, les syndicats se sont intégrés dans un partenariat corporatiste avec le gouvernement et les grandes entreprises. En tant que syndicat représentant des dizaines de milliers de travailleurs de la santé, le SCFP a joué un rôle crucial pour étouffer toutes actions visant à sécuriser les équipements de protection individuelle (EPI) pour les travailleurs de première ligne, et a apporté son soutien à la campagne téméraire, menée par le gouvernement Trudeau, pour obliger les travailleurs à reprendre le travail en pleine pandémie.

Les syndicats qui servent d'agents de négociation pour les débardeurs sur les côtes du Pacifique et de l'Atlantique ainsi que dans la voie maritime du Saint-Laurent ont, pendant des décennies, supervisé un contrat de concession après l'autre. En 2010, après un amer lock-out de cinq jours, le SCFP a accepté un programme de retraite anticipée pour retirer de la main-d'œuvre les travailleurs ayant une plus grande ancienneté et permettre à l'employeur de les remplacer par de jeunes travailleurs moins bien payés.

Cette fois, le SCFP n'a rien fait pour remettre en cause le processus de relations de travail propatronales, ce qui a permis à l'Association des employeurs maritimes d'ignorer les demandes des travailleurs pendant près de deux ans. Murray prétend maintenant que des actions de grève limitées forceront la direction à retourner à la table des négociations, une perspective qui ne peut que servir à mener la lutte des grévistes vers la défaite et un autre accord de concessions pourri.

En réalité, la seule façon pour les employeurs de céder aux demandes des débardeurs est de faire face à un puissant mouvement ouvrier de masse qui lutte contre l'accélération et la lourdeur de la charge de travail, les suppressions d'emplois et le harcèlement sur le lieu de travail. Les conditions sont mûres pour le développement d'une telle contre-offensive ouvrière. Les travailleurs de tout le pays, qui ont enduré des années d'austérité et de concessions, sont maintenant contraints de retourner au travail dans des conditions d'exploitation accrue et de pandémie.

Cependant, cette stratégie ne peut être développée que si les travailleurs en grève retirent le contrôle de leur lutte des mains des bureaucrates syndicaux du SCFP en formant un comité de grève indépendant. Un tel comité devrait défendre une série de revendications non négociables, notamment la fin du recours à des briseurs de grève par la direction, l'allègement des horaires de travail exténuants et la garantie d'emplois pour tous les travailleurs. Il doit également lancer un appel aux travailleurs de Montréal, du Canada et du monde entier pour une lutte commune contre l'assaut de l'élite patronale et de ses gouvernements sur les salaires et les conditions de travail des travailleurs, et pour garantir des emplois décents et sûrs pour tous.

(Article paru en anglais le 4 août 2020)