Royaume-Uni: pour une grève générale contre la réouverture des écoles

Par Parti de l’égalité socialiste - Royaume-Uni
10 août 2020

Le SEP (Socialist Equality Party - Parti de l'égalité socialiste) appelle tous les travailleurs de l'éducation à se mobiliser contre le projet du gouvernement Johnson d'ouvrir les écoles en septembre malgré les dangers pour la santé et pour la vie. Cette politique criminelle ne peut être défiée que par une mobilisation indépendante, unissant les travailleurs de l'éducation à toutes les sections de la classe ouvrière dans un mouvement de grève générale contre l'élite dirigeante.

Le gouvernement a été contraint de fermer les écoles à partir du 23 mars en Angleterre, suite à une vague d'opposition de la part des enseignants et des parents. Il a tenté de les rouvrir à partir du 1er juin pour tous les enfants du primaire et les élèves des grandes classes des lycées. Ce fut une catastrophe pour le gouvernement, des centaines de milliers de parents ayant refusé de risquer la vie de leurs enfants ou de leurs communautés pendant la pandémie, laissant de nombreuses écoles désertes ou fermées.

Des enfants prenant le petit-déjeuner à la garderie Little Darling après la réouverture partielle des crèches et écoles primaires en Angleterre après le confinement. Londres, le 1er juin 2020 [source: AP Photo / Frank Augstein]

Le gouvernement ne peut pas risquer une autre débâcle de ce genre. La réouverture des écoles est la clé de voûte de sa campagne de «retour au travail» pour rouvrir l'économie et rétablir le flux de profits vers les entreprises et les banques. Boris Johnson insiste sur le fait que la réouverture n‘est «pas négociable», ouvrant la voie à une confrontation directe avec les travailleurs de l'éducation et les parents.

Une campagne de mensonges dirigée par des ministres du gouvernement et soutenue par des médias de droite obligeants est en plein emballement, essayant d'intimider et de bloquer la vaste opposition à la dangereuse réouverture des écoles. On répète sans cesse aux parents que le risque d'infection chez les enfants est faible, qu'ils ne tombent pas malades et que les écoles ne sont pas un vecteur majeur de transmission dans la population.

Les preuves démontrent le contraire. Une étude de modélisation publiée par le Lancet avertit que les tests et le traçage du coronavirus au Royaume-Uni sont insuffisants pour empêcher un «rebond» de l'épidémie une fois que les écoles rouvriront le mois prochain et que cela est «susceptible d'induire une deuxième vague qui culminerait en décembre 2020 ». Cette étude avertit que les infections pourraient atteindre deux fois et demie le taux observé au plus fort de la pandémie. Le professeur Neil Ferguson, qui a démissionné du Groupe consultatif scientifique pour les urgences (Sage) du gouvernement, a déclaré que la valeur R, ou «nombre de reproduction effective» du COVID-19 pourrait augmenter de moitié lorsque les écoles secondaires rouvriraient et «conduire à une propagation assez rapide de l’épidémie ».

Quelques semaines avant la réouverture prévue des écoles, les taux d'infection sont déjà de nouveau en hausse, suite à la fin du confinement national. Plusieurs villes à prédominance ouvrière dans le nord et le sud, regroupant plus de 5 millions de travailleurs, sont mises en confinement régional. Selon l'Office des statistiques nationales (ONS), 4200 personnes sont infectées par le coronavirus chaque jour, contre 3200 la semaine précédente et 2500 la semaine d’avant. Des millions de personnes reviennent maintenant de vacances à l'étranger et de «séjours» à travers le Royaume-Uni, encouragés par le gouvernement.

La réponse de celui-ci a été de montrer clairement sa détermination à rouvrir l'économie quel qu'en soit le coût pour la population. Simon Clarke, ministre des collectivités locales, a déclaré à Sky News: «Une chose est claire, les écoles vont rouvrir complètement à l'automne, ce n'est pas à débattre.» La ministre de l’Education, Anne Longfield, a déclaré que même si de futurs confinements devenaient nécessaires, les écoles devraient être «les premières à ouvrir, les dernières à fermer» et que les enfants contractaient « rarement le virus».

Ceci aussi est un mensonge. Israël a été l'un des premiers pays à rouvrir des écoles en mai. En l'espace d'un mois, les autorités ont été forcées de fermer une centaine d'écoles, mettant en quarantaine des milliers d'élèves et d'enseignants ; 153 élèves et 25 membres du personnel avaient été infectés dans une seule école.

Aux États-Unis, des dizaines de milliers d'enfants et des milliers de travailleurs de l'éducation ont été infectés par le virus. Rien qu'en Floride, près de 40 000 enfants ont été infectés et deux adolescents sont morts du virus. Le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) a averti que le COVID-19 pourrait être plus facilement transmis qu'on ne le pensait auparavant, que les enfants étaient tout aussi susceptibles d'être infectés que les adultes et pourraient jouer un rôle important dans la transmission communautaire.

Les ministres du gouvernement et les écrivaillons des médias de droite répondent à toutes les mises en garde des scientifiques en manifestant leur inquiétude que la fermeture des écoles nuit beaucoup plus à l’avenir des enfants, surtout les plus démunis socialement. Quelle écœurante hypocrisie venant d'un gouvernement qui a fait de son mieux pour détruire le système éducatif et faire en sorte que les enfants de la classe ouvrière naissent dans la pauvreté, vivent dans de terribles difficultés, et meurent dans la pauvreté.

Ces larmes de crocodile sont versées afin de transformer les écoles en enclos pour que les parents puissent être renvoyés au travail dans des conditions dangereuses. En payeront aussi le prix les éducateurs et les enfants dont l'environnement sera tout aussi dangereux que les transports en commun, les usines, les bureaux et les magasins. Il n'y aura pas de distanciation sociale et pas d'équipement de protection individuelle (EPI), avec des classes de 30 élèves en primaire, des «bulles» de 240 dans le secondaire, pas de fermeture d'écoles en cas d'épidémie, et des amendes pour les parents qui ne s’y conformeront pas.

À chaque étape de cette offensive contre les travailleurs de l'éducation et les enfants, comme lors de la campagne plus large de «retour au travail», les conservateurs ont compté sur la collusion des syndicats et du Parti travailliste (Labour). Le Syndicat national de l'éducation, par exemple, soutient pleinement la réouverture des écoles, demandant comme seule contrepartie un «contrôle régulier» pour voir s’il faut porter des masques « compte tenu de l'évolution de l'opinion scientifique, de l'expérience et de la pratique ailleurs». Le dirigeant travailliste Sir Keir Starmer a déclaré cette semaine que la réouverture des écoles était «la priorité» et que «toute mesure prise par le gouvernement pour retrouver la confiance du peuple britannique bénéficiera du plein soutien du Labour ».

La pandémie a confirmé que le capitalisme est un système en faillite, entièrement motivé par l'extraction de profits, peu importe le coût en vies humaines. La réouverture des écoles du monde entier est une partie de cette dynamique et rien de plus. La classe ouvrière doit agir, dans le cadre d'un mouvement mondial unifié, pour protéger et défendre ses propres intérêts, ce qui nécessite la lutte pour le socialisme.

Le Parti de l'égalité socialiste aux États-Unis a lancé le 5 août un appel à une grève générale des travailleurs de l'éducation à l'échelle nationale, en association avec les autres secteurs de la classe ouvrière. Cet appel soulignait que «le développement d'une grève générale à l'échelle nationale créerait une puissante impulsion et galvaniserait le soutien international parmi les travailleurs confrontés aux mêmes problèmes de vie et de mort.»

C'est la seule issue.

Le SEP appelle les enseignants du Royaume-Uni à entreprendre cette campagne unifiée. Le coronavirus est une pandémie mondiale. La réponse des élites dirigeantes du monde entier a été de mettre la vie de millions de travailleurs et d'enfants en danger, et d’obliger la classe ouvrière à supporter tout le poids de l'impact économique tout en renflouant les riches. L'opposition à la campagne meurtrière de réouverture des écoles doit elle aussi être internationale.

En appelant à une grève générale nationale, le SEP propose les revendications suivantes que les travailleurs doivent soulever dans leurs écoles, lieux de travail et communautés:

 Gardez toutes les écoles fermées jusqu'à ce que le virus soit éradiqué! Vu que le virus est hors de contrôle dans tout le Royaume-Uni, l'enseignement en personne ne peut avoir lieu en toute sécurité.

 Il faut un financement complet de l'éducation publique et de l'enseignement en ligne! Il faut garantir à chaque élève et à chaque travailleur de l’éducation l'accès à l’Internet à haut débit, la distribution de nourriture, les soins de santé mentale, le soutien à l'éducation spécialisée et toutes les autres ressources nécessaires pour fournir un apprentissage à distance de la meilleure qualité.

 Arrêtez toute production non essentielle! Tant que la pandémie ne sera pas contenue, seules les industries clés telles que la production alimentaire, les soins médicaux et la logistique devraient rester en service. Les travailleurs de ces industries doivent bénéficier des mesures de sécurité les plus avancées pour prévenir l'infection.

 Pour une extension massive des tests et de la recherche des contacts! Pour contenir le virus, des tests universels doivent être fournis à tous et un système rigoureux de recherche des contacts doit être mis en place.

Le SEP appelle au développement d'un réseau interconnecté de comités de base pour préparer une grève générale contre l'ouverture des écoles et la politique meurtrière de la classe dirigeante. Veuillez contacter le SEP pour plus d'informations et pour participer à la lutte pour ces initiatives.

(Article paru en anglais le 8 août 2020)