Jacobin Magazine à propos de la sélection de Kamala Harris: restez avec les démocrates!

Par Genevieve Leigh
18 août 2020

En réponse à la sélection de Kamala Harris comme colistière de Joe Biden pour les élections de 2020, le magasine Jacobin réitère son message aux travailleurs et aux jeunes: Gardez le cap!

Dans un article intitulé «Joe Biden a trouvé son équivalent néolibéral en Kamala Harris», publié peu après l'annonce, l'auteur Branko Marcetic a beaucoup à dire sur le bilan de droite de Harris. «Même dans un parti qui a adopté des politiques de lutte contre la criminalité du style de celles de Biden et de Clinton, Harris se distingue par sa cruauté», écrit Marcetic. Et plus tard, «la dureté de Harris envers les pauvres et les impuissants n'a d'égal que sa sympathie pour les riches et les puissants.»

Marcetic ajoute: «Voir Harris ricaner comme un méchant de dessin animé en évoquant les poursuites criminelles contre les parents d'enfants qui font l'école buissonnière est l'une des choses les plus effrayantes que l'on puisse voir en politique.» En effet, c'est vrai. Harris est un personnage méprisable.

Cependant, pour Marcetic, de telles déclarations ne sont que des préliminaires à la réaffirmation de la conclusion inévitable à laquelle Jacobin et ses co-penseurs des Democratic Socialists of America (DSA) arrivent toujours: promouvoir le mensonge selon lequel avec suffisamment de pression, ces personnes peuvent être poussées vers la gauche.

Il écrit vers la fin: «Harris, et dans une moindre mesure Biden, ont tous deux montré une propension limitée mais encourageante à faire des gestes vers la gauche sous la pression. Les conditions actuelles sans précédent, associées à la puissance encore faible mais croissante de la gauche américaine, font que les quatre prochaines années ne sont pas nécessairement condamnées à être une répétition des années Obama.»

Passons sans commentaire sur le fait que Marcetic et ses co-penseurs ont dit la même chose sur Obama avant son arrivée au pouvoir, et que les Marcetic du passé ont dit la même chose sur d'innombrables Obama, Biden et Harris d'antan.

Mais nous pourrions nous demander: y a-t-il quelqu’un que les démocrates pourraient sélectionner qui ne pourrait pas, selon eux, «faire un geste [!] vers la gauche sous la pression»? S'ils choisissaient Genghis Khan, Jacobin trouverait peut-être quelque chose de positif à dire sur le rôle qu'il a joué dans l'unification des tribus d'Asie du Nord-Est. Ou peut-être que Donald Trump lui-même (qui, il faut le noter, a fait un don à la campagne de Harris en 2016), s'il devait à nouveau changer de parti et se présenter sous l'étiquette démocrate, pourrait avoir une qualité salvatrice.

La gymnastique politique au service du Parti démocrate

L'objectif d'organisations comme Jacobin et les DSA est toujours de maintenir la domination politique du Parti démocrate. Qu'il s'agisse de l'idée que le Parti démocrate est le «moindre mal», de plaider pour sa réforme ou de «faire pression» sur ses représentants vers la gauche, le but est le même: bloquer ce qu'ils craignent le plus, à savoir une mobilisation indépendante de la classe ouvrière.

Plus le Parti démocrate se déplace vers la droite, plus la tâche de ces personnalités devient difficile. Elles doivent tenter de maintenir leur crédibilité politique auprès des jeunes désillusionnés par le Parti démocrate tout en gardant les travailleurs et les jeunes pieds et poings liés à l'establishment politique. Ils calibrent constamment leur message en fonction de ce qui est nécessaire pour le vendre.

Marcetic lui-même, par exemple, avait une attitude très différente à l'égard du bilan de Harris il y a tout juste trois ans, lorsqu'elle envisageait pour la première fois de se présenter à la présidence.

Dans son article: «Les deux visages de Kamala Harris», Marcetic dresse un bilan élogieux du mandat de Harris avant de souligner certains aspects plus «problématiques» de sa carrière.

Il a écrit à l'époque: «Il est indéniable que de nombreux éléments de l'histoire de Harris sont encourageants: depuis sa poursuite des entreprises pollueuses et la mise en œuvre de politiques visant à prévenir la récidive dans le passé, jusqu'à son opposition plus récente et constante à l'administration Trump et son soutien à une législation progressiste au Sénat.»

Marcetic est ensuite revenu sur le thème central: «Harris a montré sa capacité à se déplacer vers la gauche lorsqu'elle subit la pression de l'activisme. Ce n'est pas rien.»

Il est à noter que Jacobin a choisi d'envoyer cette évaluation plus élogieuse de Harris à sa liste de diffusion plutôt que le dernier article de Marcetic. La publication a peut-être estimé que le dernier article de Marcetic était un peu trop franc dans son évaluation.

Marcetic, cependant, a beaucoup d'expérience dans ce genre de tactiques sournoises. L'une des expressions les plus grossières de cette expérience se trouve dans l'évaluation qu'il fait de Biden. Il a écrit un article récent intitulé «J'ai littéralement écrit le dossier contre Joe Biden. Mais j'ai quelques conseils gratuits à lui donner.» L'article exhortait Biden à adopter un programme «de gauche» afin de gagner le soutien des jeunes.

«Si Biden et les démocrates de sa génération», écrit Marcetic, «pouvaient lâchement vendre leurs principes par opportunisme politique et prétendre être quelque chose qu'ils ne sont pas une fois, ils peuvent le refaire, seulement pour le bien. Pour la première fois depuis longtemps, la direction que prennent les choses signifie que la chose politiquement opportune est aussi la bonne chose à faire.»

Marcetic espère que les travailleurs et les jeunes croiront que l'on peut compter sur Biden, porte-drapeau de la droite du Parti démocrate depuis 50 ans, pour changer de cap «pour le mieux», car Biden a déjà effectué un virage politiquement calculé (vers la droite) il y a plus de quatre décennies.

Ces personnes doivent prendre les travailleurs et les jeunes pour des imbéciles. Jacobin et les DSA emploieront toutes les manœuvres sournoises et sans principes dans le manuel. Tout pour empêcher la mobilisation indépendante de la classe ouvrière.

La course à la présidence de Bernie Sanders en 2020: les leçons

La réfutation la plus claire de l'affirmation fondamentale de Jacobin et des DSA selon laquelle la pression populaire venant d’en bas peut transformer le Parti démocrate en un instrument de changement progressiste – et même de socialisme – est la trajectoire politique de Bernie Sanders, le candidat qu'ils ont sans cesse promu comme la «meilleure chance» pour le changement.

L'hiver dernier encore, Jacobin a publié une édition de son magazine sous le titre «Moi, président des États-Unis et comment j'ai mis fin à la pauvreté: Une histoire vraie de l’avenir», avec Sanders en couverture. Un numéro plus récent publié peu avant que Sanders ne mette fin à sa campagne déplorait que: «Si le mouvement qui s'est rallié à Sanders ne parvient pas à gagner cette fois-ci, rien ne garantit qu'il pourra être ressuscité sous une nouvelle bannière. En fait, il est tout aussi probable que nous soyons laissés à la dérive pendant des années, voire des décennies.»

Mais comme l'indique clairement la chronique de Marcetic, Jacobin est parfaitement disposé à reprendre la bannière en lambeaux et crasseuse de «Biden/Harris» avec des réserves bien formulées pour couvrir leur nudité.

Au cours des quatre derniers mois, alors que le pays a été confronté à la pire crise sanitaire, économique, politique et sociale de son histoire, Sanders a achevé son abandon de la soi-disant «révolution politique» et a donné son appui total à Joe Biden.

Il n'est pas surprenant qu'après l'annonce de Biden que Harris serait son choix de vice-président, Sanders ait rapidement offert son soutien, en tweetant: «Félicitations à @KamalaHarris, qui entrera dans l'histoire en tant que notre prochain vice-président. Elle comprend ce qu'il faut pour défendre les travailleurs, se battre pour les soins de santé pour tous et faire tomber l'administration la plus corrompue de l'histoire. Mettons-nous au travail et gagnons.»

Les six derniers mois de la campagne de Sanders ont été une leçon abjecte dans la politique du Parti démocrate. Le dernier acte de la campagne de Sanders a été le vote du sénateur en faveur de la loi CARES de 2,2 billions de dollars le 25 mars, qu'il a salué au Sénat comme une bénédiction pour les travailleurs. En réalité, ce projet de loi était une aubaine pour les grandes entreprises américaines qui a permis à la Réserve fédérale de canaliser 4000 milliards de dollars pour maintenir le marché boursier à flot et couvrir les pertes subies par les grandes entreprises.

Le 8 avril, alors que les cas de coronavirus aux États-Unis atteignaient leur premier pic et que les hôpitaux étaient débordés, Sanders a annoncé qu'il abandonnait la course, et il s’est prosterné lors de sa discussion en ligne avec Biden le 13 avril, dans laquelle il a soutenu sa campagne. Il a ensuite accordé une interview à l'Associated Press, dans laquelle il a calomnié ses partisans en qualifiant d’«irresponsable» tous ceux qui refusaient de faire campagne pour Biden.

Le mois suivant, l'équipe politique de Sanders a émis une menace à l’encontre de ses délégués: ils seraient démis de leurs fonctions s'ils critiquaient Biden ou d'autres dirigeants du Parti démocrate.

En réponse aux protestations massives multiraciales et multiethniques contre les brutalités policières, Trump a tenté le 1er juin de réaliser un coup d'État impliquant la mobilisation de troupes en service actif pour réprimer les protestations et établir une dictature présidentielle. Sanders est resté silencieux. Lorsqu'il a finalement abordé la situation, il a demandé que les policiers reçoivent une augmentation de salaire.

Pas la politique du Parti démocrate, mais la lutte pour le socialisme!

La règle d'or de Jacobin est de ne pas discuter des échecs passés. Aucune leçon ne peut être apprise ni aucune conclusion tirée d'une quelconque expérience. Il cherche à fermer les yeux des travailleurs sur la réalité de la situation: que la crise à laquelle l'humanité est confrontée exige un défi direct au capitalisme et à son appareil d'État.

Depuis la fin de la campagne de Sanders, les DSA ont organisé des dizaines de réunions téléphoniques et même publié un livre, dans le but d'exhorter les travailleurs et les jeunes à ne pas quitter le Parti démocrate. «Éventuellement», expliquent-ils, une telle rupture sera nécessaire, «mais pas maintenant.»

Pour tous les jeunes et les travailleurs qui cherchent réellement à apporter des changements fondamentaux à la société, il faut tirer les leçons nécessaires. Il n'y a pas de voie vers l’avant avec le Parti démocrate!

Au lieu de fonder pour la millième fois leurs espoirs sur l'idée que le prochain démocrate «progressiste» pourrait être différent, les travailleurs et les jeunes doivent s'orienter vers la seule force sociale capable de mener à bien un changement véritablement progressiste: la classe ouvrière.

Partout aux États-Unis, les travailleurs de dizaines d'industries commencent à s'organiser de manière indépendante. Des milliers d'enseignants, de travailleurs de l'éducation, de parents et d'étudiants se mobilisent pour s'opposer à la réouverture dangereuse des écoles en pleine pandémie, qui fait rage de manière incontrôlée aux États-Unis. C'est vers ces luttes que les travailleurs et les jeunes doivent s'orienter.

Au lieu de se contenter du supposé «moindre mal», les travailleurs et les jeunes doivent décider de se battre sur la base de principes et non du pragmatisme.

La lutte pour arrêter la pandémie et garantir les droits de la classe ouvrière nécessitera la mobilisation politique de toute la classe ouvrière contre les partis contrôlés par les entreprises et le système capitaliste qu'ils défendent.

Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste, É.-U.) est le fer de lance de cette lutte. Nous menons notre propre campagne présidentielle, avec Joseph Kishore et Norissa Santa Cruz pour la présidence et la vice-présidence des États-Unis. Nous nous efforçons de faire connaître notre programme socialiste et notre perspective internationale au plus grand nombre possible de travailleurs et de jeunes, tant aux États-Unis que dans le monde entier. Nous appelons tous les travailleurs et les jeunes à se joindre à cette campagne et à soutenir ce combat.

(Article paru en anglais le 15 août 2020)