«Virus du pauvre», le COVID-19 révèle le fossé entre les classes en Amérique

Par Andre Damon
19 août 2020

Une catastrophe sociale et économique massive est en train de se développer aux États-Unis. Plus de 170.000 personnes – principalement des travailleurs et des personnes âgées – sont mortes de la pandémie de COVID-19. Trente millions de personnes ont perdu leur emploi. Un cinquième des mères de jeunes enfants disent que leur famille n’a pas assez à manger. En juillet, la moitié des Américains ont déclaré qu’ils se sentaient déprimés ou sans espoir.

Un grand campement de sans-abri non loin du centre-ville de Saint Louis (Crédit: AP Photo/Jeff Roberson)

Et tout cela avant que le Congrès n’autorise l’expiration de l’allocation chômage fédérale. En effet, Congrès a réduit de deux tiers du jour au lendemain les revenus des dizaines de millions de chômeurs les jetant, ainsi que leurs enfants et personnes à charge, dans la pauvreté.

Le monde est très différent du point de vue de la classe dirigeante. Pour les super-riches, «les choses sont meilleures que la normale», observe un initié dans Vanity Fair. Ils «vivent pour la plupart comme avant le coronavirus», à une exception près: ils sont beaucoup plus riches.

Le NASDAQ ayant augmenté de 20 pour cent au cours de la dernière année, la richesse des dix premiers milliardaires américains a augmenté de 22 pour cent.

Les travailleurs de la santé américains sont contraints de traiter les patients atteints de COVID-19 sans l’équipement de protection le plus élémentaire. Les enseignants et élèves contraints de retourner dans des écoles bondées, se sont vus refuser les équipements de protection individuelle (ÉPI) les plus élémentaires. Un enseignant a affiché la photo d’un masque, d’un paquet de lingettes alcoolisées et d’une bouteille de désinfectant, en précisant «c’est ce que l’école m’a donné comme ÉPI pour toute l’année». Un autre a ajouté: «apparemment, ils ont oublié l’urne pour mes cendres».

Pour les millions de travailleurs de première ligne en Amérique, les tests de dépistage sont hors de question dans des conditions où ils prennent plus d’une semaine pour revenir, ce qui les rend effectivement inutiles. En effet, malgré la recrudescence de la pandémie, le nombre de tests quotidiens a diminué de plus de 20 pour cent aux États-Unis ; une grande société de diagnostic a avoué dans des documents internes que les tests mettaient plus de dix jours à revenir.

Ce problème n’existe pas pour les super-riches. Vanity Fair raconte qu’un «milliardaire de Los Angeles a organisé de somptueux dîners (réseaux sociaux non autorisés) au cours desquels une infirmière sur place administre des tests de dépistage du coronavirus pendant 15 minutes à l’extérieur, pendant que les invités boivent des cocktails, et les autorise à dîner à l’intérieur une fois que leur test est revenu négatif».

Le New York Times a interviewé un médecin d’un service médical de conciergerie dans les Hamptons (une région vacancière pour les riches), qui fournit des tests instantanés à la demande. Il a déclaré: «Nous sommes allés à ces événements vraiment très privés, où ils me font signer un document disant “rien de ce que vous voyez dans cette maison ne peut être divulgué”».

Les avions bondés ne sont pas un problème pour les oligarques, car ils volent en jet privé ou en avion charter entre leurs multiples résidences (l’individu moyen très fortuné possède neuf résidences à l’étranger). NetJets, le service d’affrètement de jets privés, rapporte que les demandes ont augmenté de 195 pour cent par rapport à l’année précédente.

Les ventes de yachts ont quant à elles augmenté de 51 pour cent en mai par rapport à avril.

Alors que les élèves sont entassés dans des salles de classe surchargées, «un responsable du gouvernement californien» a déclaré à Vanity Fair qu’on «incitait certains enseignants des écoles publiques à enseigner à un seul enfant dans des régions plus riches, comme Beverly Hills et Palo Alto – un scénario que celui-ci a qualifié de “merdique” et qui s’avère être un réel problème pour les systèmes scolaires».

Un médecin a ajouté: «Le coronavirus est le virus de la personne pauvre. Nous le voyons se répandre dans les quartiers pauvres, dans les familles pauvres qui doivent aller travailler et vivre à proximité les uns des autres, et ce sont les enfants pauvres qui ne recevront pas une éducation correcte».

C’est cette réalité de classe qui sous-tend tous les aspects de la réponse du gouvernement américain à la pandémie ; une réponse qui se caractérise par un mépris total pour la santé, la sécurité et le bien-être de la grande majorité de la population.

Pendant des mois, le gouvernement Trump a délibérément saboté tout effort visant à contenir la pandémie par des tests, craignant que cela ne déclenche une panique sur le marché boursier. Lorsqu’il est devenu évident que la pandémie gagnait tout le pays, la réaction de la classe dirigeante américaine a été de procéder à un renflouement massif des grandes entreprises et des banques, à hauteur de quelque six mille milliards de dollars.

Une grande fondation américaine a récemment demandé l’attribution de seulement 75 milliards de dollars pour créer le système de tests le plus minimal possible pour contenir la pandémie. Et pourtant, ce chiffre, inférieur au montant que Jeff Bezos a gagné en une seule année, reste impossible à réunir dans un pays qui dépense chaque année mille milliards de dollars pour son armée.

Pour la classe dirigeante, la mort de dizaines de milliers de personnes n’est pas un problème, tant que sa propre richesse et ses propres profits sont garantis. L’oligarchie a tous les tests nécessaires, et elle est plus riche que jamais. Le chômage de masse des travailleurs signifie des salaires plus bas, des coûts de main d’œuvre plus bas et des profits plus élevés.

Leur renflouement assuré et les marchés boursiers en hausse, la seule préoccupation de l’oligarchie américaine est que les travailleurs retournent dans les usines et que leurs enfants soient renvoyés dans les écoles afin que les parents puissent se présenter au travail.

L’affirmation des Démocrates que le désastre du COVID-19 est simplement le résultat de la mauvaise gestion de Trump est une fraude. Tous les États ont ouvert des entreprises prématurément, que ce soient des Démocrates ou des Républicains qui contrôlent l’État, et beaucoup d’entre eux n’ont même pas respecté les directives du CDC avant de rouvrir. Le principal porte-parole de la campagne de réouverture des écoles est le Démocrate Andrew Cuomo, le gouverneur de New York, qui a déclaré que toutes les écoles de l’État de New York devaient rouvrir.

L’élection, qu’elle débouche sur une présidence Biden ou sur la réélection de Trump, ne permettra pas de résoudre les problèmes urgents auxquels est confrontée la classe ouvrière. Cela parce que la réponse meurtrière de la classe dirigeante américaine à la pandémie est foncièrement ancrée dans le capitalisme et dans les intérêts de classe qui dictent la politique du gouvernement.

Il est impossible de défendre les droits sociaux les plus fondamentaux de la classe ouvrière – même le droit à la vie lui-même – dans le cadre de l’ordre social capitaliste. Il faut l’éradiquer complètement et le remplacer par le socialisme et une organisation rationnelle de la société pour répondre aux besoins sociaux.

(Article paru d’abord en anglais le 18 août 2020)