Macron impose une rentrée mortifère alors que la Covid-19 explose

Par Anthony Torres et Alexandre Lantier
28 août 2020

En conférence de presse, le premier ministre Jean Castex accompagné du ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer et de la santé Olivier Véran ont justifié la réouverture des écoles après les vacances alors que la résurgence de la pandémie s'accélère. Il faut sonner l’alarme. La politique de Macron, avalisée par les syndicats, impose des risques mortels à des millions de gens. En France comme à travers l’Europe, il n’y aura aucune protection pour élèves, étudiants ou enseignants, alors que la rentrée dans d’autres pays propage déjà la Covid-19.

Blanquer a déclaré: «Je ne voudrais pas que cette année ne soit caractérisée que par la crise sanitaire et les enjeux de protection. Notre école doit et va reprendre le 1er septembre. Nous maintenons le cap de nos réformes dans le double objectif d’élever le niveau général et de réduire les inégalités.» Il a ajouté que le protocole sanitaire écrit en juillet, avant l’actuel rebond de l’épidémie en Europe, n’a «pas vocation à varier dans ses principes», car c’est l’un «des plus stricts d’Europe.»

En fait, le président des riches a mjioté un protocole qui jette en pâture les mesures sanitaires élémentaires face au virus, connues de tous: port du masque et distanciation sociale.

Selon le protocole, aucune mesure de distanciation sociale ne sera adoptée si elle nuit à l’accueil de tous les élèves: «dans les espaces clos (salles de classe, ateliers, bibliothèques, réfectoires, cantines, internats, etc.), la distanciation physique n’est plus obligatoire lorsqu’elle n’est pas matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves.» Les salles de classe étant bondées, cela signifie en fait que la distanciation sociale ne sera pas respectée.

En plus, seuls les jeunes de plus de 11 ans portent le masque, alors qu’une étude du Journal of the American Medical Association a démontré que les jeunes enfants infectés par le virus en ont jusqu’à 100 fois plus dans leurs nez et leurs gorges que les adultes. Déjà avant la conférence de presse, le gouvernement avait refusé la gratuité des masques. Ils coûtent encore environ €25 par boîte de 50, et beaucoup de familles peineront à les acheter en quantités suffisantes.

Blanquer a dit que pour les élèves, «le masque sera “une fourniture comme une autre”, comme on vient avec sa trousse ou ses cahiers. Évidemment, dans les cas les plus extrêmes, on sera capables de fournir des masques aux enfants si nécessaire.»

En fait, selon le gouvernement, il n’est pas nécessaire d’enrayer la pandémie. Lors de la conférence de presse, Castex a constaté une «recrudescence incontestable de l’épidémie», avec «39 cas positifs pour 100.000, quatre fois plus qu’il y a un mois». Le nombre d’ hospitalisations, a-t-il ajouté, «commence doucement mais sûrement à remonter. Plus de 800 patients Covid sont admis à l’hôpital par semaine en ce moment, contre 500 il y a 6 semaines.» Il a ajouté que 22 départements français sont classés «rouge» et annoncé l’imposition du port du masque dans plusieurs grandes villes.

Mais il a insisté que «notre objectif, c’est de tout faire pour éviter un re-confinement, surtout généralisé.» La consigne, énoncée le plus crûment par le président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy, est de répandre le virus puisque c’est nécessaire pour imposer la rentrée aux enfants, et la pleine reprise du travail aux parents. Delfraissy a dit: «Il faut que la rentrée puisse se passer. Et j'annonce d'emblée qu'il y aura des contaminations à l'école, et qu'on va les gérer.»

Castex a d’ailleurs fait le commentaire sinistre qu’il faudrait éviter «que papy et mamie aillent chercher les enfants à l’école», et aussi «éviter les fêtes familiales». C’est parce que tous les enfants étant potentiellement infectés en conséquence de sa politique, ils risquent de provoquer une hécatombe parmi les personnes âgées.

Cette politique menace, au bas mot, des dizaines de milliers de vies en France et des centaines de milliers de vie en Europe. Déjà, aux Amériques, des rentrées au mois d’août dans certaines régions ont vu des centaines voire des milliers d’infections dans des écoles de Géorgie, en Indiana, en Californie, et a Hawaï aux USA, ainsi que dans la ville de Manaus au Brésil. Macron et l’Union européenne préparent une pareille politique à l’échelle nationale et européenne.

Leur politique sanitaire réactionnaire est dictée par leurs intérêts capitalistes. Tout en annonçant à divers rythmes la suspension du financement du chômage technique, les États membres de l’UE et la Banque centrale européenne ont abreuvé les banques et les grandes sociétés de milliers de milliards d’euros en plans de relance. Ils ont indiqué qu’ils ne conditionnaient pas ces aides à une défense de l’emploi ou de l’activité. A présent, 59 millions d’emplois et d’innombrables petites entreprises risquent d’être détruits.

Les travailleurs ne peuvent pas lutter contre la pandémie mondiale et les menaces pesant sur l’emploi dans le cadre national et sous le diktat des appareils syndicaux. Ceux-ci soutiennent la politique de l’UE, et le dirigeant de la CGT Philippe Martinez l’a même officialisé en signant avec la DGB allemande une déclaration de soutien à cette politique, formulée par Macron et Merkel. Mais pour faire fructifier les plus de 2.000 milliards d’euros accordés à l’aristocratie financière, il faut des profits, et pour cela il faut que les travailleurs reprennent le travail.

Ces bureaucraties syndicales réactionnaires n’organisent aucune défense des intérêts ou des vies des travailleurs. Et le gouvernement, bien que déjà démasqué par l’effroyable incurie officielle face à la pandémie au printemps, persiste et signe, avec eux, une politique mortifère.

Une recrudescence massive du virus en Europe, causée par la levée prématurée du confinement par les autorités européennes au printemps, est en marche. Selon le Centre européen de prévention et contrôle des maladies, 19 pays européens ont franchi un seuil-clé d'infections sur 14 jours, de 20 par 100 000 habitants, considéré comme un niveau d'alarme par les experts sanitaires. Le Luxembourg et l'Espagne ont dépassé les 100 nouveaux cas par 100.000 habitants, Malte 80, la Belgique 60, la France et des Pays-Bas 40 et le Royaume-Uni plus de 20.

En France il y a eu 6.111 cas enregistrés hier, juste en-dessous du record au pic de la pandémie en France 31 mars (7.578 cas). Selon Castex, le taux de reproduction du virus (R) en France, le nombre moyen de personnes qu’infecte chaque nouveau malade, est passé de 0,7 en mai à 1,4 actuellement. Tout chiffre au-dessus de 1 indique une croissance exponentielle.

Pour l’heure, les hôpitaux français ne sont pas engorgés de malades graves comme au printemps. Mais ceci risque de ne pas tarder. Le professeur de mathématiques Mircea Sofonea a déclaré au Figaro: «Nous avons calculé que même en maintenant le R à 1,3, la situation deviendra vraiment dangereuse en octobre s’il n’y a pas d’intervention.»

Or, l’État n’intervient pas pour casser la transmission, mais pour pousser les travailleurs et les jeunes au maximum à reprendre le travail au mépris des risques. Les propositions des syndicats sont dérisoires. La CGT propose une mobilisation symbolique le 17 septembre contre une politique qu’elle a approuvée, alors que le SNUiPP propose de «décaler la rentrée» d’une semaine. Ceci ne stoppera pas une avalanche de morts évitables.

Contre la pandémie et l’austérité, les travailleurs n'ont pas d'autre choix que de s'organiser eux-mêmes, en comités de sécurité indépendants sur leurs lieux de travail à l’échelle internationale. C’est la seule façon de veiller à leur propre santé et de lutter pour l’adoption de mesures essentielles pour leur sécurité, et ainsi préparer une mobilisation contre l’incurie sanitaire officielle. Ceci nécessite le transfert des deniers publics et du pouvoir d’État aux mains des travailleurs, via une politique socialiste et scientifique en faveur de la santé et de l’égalité.