Opposition de plus en plus forte à la réouverture téméraire des écoles par le gouvernement néo-démocrate de la Colombie-Britannique

Par Alexandra Greene
2 septembre 2020

L’opposition s’intensifie dans toute la Colombie-Britannique face au dangereux plan du gouvernement provincial néo-démocrate visant à rouvrir les écoles dans le contexte de la pandémie de la COVID-19, mettant ainsi en danger la vie des enseignants, des élèves et des parents. Une pétition critiquant la politique de rentrée scolaire du gouvernement, signée par des dizaines de milliers de personnes, et des manifestations organisées par un groupe de parents inquiets à Vancouver ont forcé le gouvernement à procéder à quelques changements cosmétiques dans l’espoir de dissiper la colère populaire.

Quelque 40.000 personnes ont signé une pétition sur change.org demandant que la rentrée scolaire se fasse sur une base volontaire, et deux pères de famille se sont adressés à la Cour suprême de Colombie-Britannique pour empêcher l’ouverture des écoles.

L’opposition est alimentée par la récente remontée des cas de COVID-19 dans la province. Plus de personnes sont infectées en Colombie-Britannique plus qu’à tout autre moment depuis le 9 mai, avec 978 cas actifs en date du 28 août, dont un nombre record de nouveaux cas en une seule journée, 124, ce jour-là. Près de 3000 personnes supplémentaires sont sous surveillance par l’association provinciale de santé publique en raison de l’exposition à des cas connus.

Manifestante au rassemblement de Safe September BC. Sur sa pancarte, on peut lire : «Nous avons besoin de classes plus petites pour un mois de septembre sûr en Colombie-Britannique. Ne faites pas d’expériences avec nos enfants!»

Plus tôt ce mois-ci, Safe September B.C., un groupe créé par des parents inquiets, a organisé un rassemblement pour protester contre la rentrée scolaire à la station de SkyTrain Joyce-Collingwood à Vancouver. Le lieu a été choisi en raison de sa proximité avec le bureau de circonscription du ministre de la Santé de la Colombie-Britannique, Adrian Dix.

«Nous sommes contents de notre rassemblement et de cette occasion de partager les préoccupations des parents concernant le plan de rentrée scolaire en Colombie-Britannique, a déclaré l’organisatrice Stacey Wakelin au World Socialist Web Site. Les médias étaient présents et cela nous a permis de parler à d’autres parents et de les encourager à communiquer avec le ministère de l’Éducation et leurs districts scolaires.»

Safe September BC exige: un report de la rentrée scolaire pour permettre une planification sur place; l’obligation de porter un masque et de respecter les mesures de distanciation sociale dans toutes les écoles et en classe; la fourniture d’équipements de protection individuelle (EPI) à toutes les écoles et des options équitables pour quiconque ne peut aller à l’école tant que la pandémie n’est pas terminée.

Le plan initial du gouvernement néo-démocrate, publié à la mi-juillet, a suscité une colère générale en raison de son manque de détails et du rejet des préoccupations en matière de santé et de sécurité. Il proposait la création de grands groupes ou «bulles sociales» de 60 élèves au primaire et de 120 élèves au secondaire, au sein desquels la distanciation sociale ne serait pas nécessaire. Et même ces groupes ou bulles ne seraient pas maintenus dans la plupart des lieux communs, notamment à la cafétéria, à la réception ou dans les autobus scolaires.

Le plan proposait également que tous les élèves jusqu’au secondaire V (12e année) retournent en classe à plein temps à partir de septembre.

Les lignes directrices de ce plan de rentrée désastreux ne sont même pas soutenues par les gestes du gouvernement pour répondre aux préoccupations en matière de sécurité et d’hygiène, celui-ci plaçant la responsabilité du plan en grande partie sur les épaules du personnel et des étudiants mêmes. Les enseignants se demandent comment ils sont censés suivre un guide qui dit simplement: «Utilisez des repères visuels pour maintenir la distance sociale», «Lavez-vous les mains fréquemment» et «Ne partagez pas de fournitures scolaires».

Même ces mesures de base s’avéreront impossibles à mettre en œuvre dans de nombreuses écoles en raison du grave déficit de financement de l’enseignement public en Colombie-Britannique qui sévit depuis deux générations, quel que soit le parti au pouvoir – NPD, libéraux ou Crédit social.

Un élément majeur du discours du gouvernement pour justifier la réouverture des écoles est qu’il est nécessaire de protéger la santé mentale des élèves.

Le ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique montre à quel point ses préoccupations sont feintes et fallacieuses en attribuant aux écoles seulement un conseiller par 960 élèves au primaire, un conseiller par 380 élèves au secondaire et un psychologue par 3400 élèves. De plus, seulement 45,6 millions de dollars ont été ajoutés au plan d’action pour la lutte contre la COVID-19 de la Colombie-Britannique pour soutenir les districts scolaires et les écoles indépendantes. Même si la totalité de ce financement devait être utilisée uniquement pour des équipements sanitaires et d’hygiène visant à limiter la propagation du virus, cela revient à seulement 2 dollars par élève et par semaine pour la durée de l’année scolaire.

Face à la forte réaction de l’opinion publique, le ministre de l’Éducation Rob Fleming a annoncé le 10 août un report du début de l’année scolaire de deux jours seulement, ce qui, selon le gouvernement, donnerait aux enseignants le temps nécessaire pour préparer les bâtiments scolaires à la reprise des cours.

L’indifférence du gouvernement provincial a provoqué l’émergence de nombreux groupes sur les médias sociaux, où se déroulent des discussions sur la dangereuse rentrée scolaire. «Le gâteau est à moitié cuit et ils le remettent juste au four pendant deux minutes...» déplore en ligne une enseignante de Surrey, en réaction au délai dérisoire de deux jours.

Quelques jours après le rassemblement de Safe September BC, le ministère de l’Éducation a annoncé d’autres changements mineurs au plan de réouverture des écoles, avec notamment l’ajout du port du masque obligatoire pour les élèves du secondaire dans les couloirs, dans les autobus et lorsqu’ils interagissent avec des personnes en dehors de leurs groupes d’apprentissage.

«De nombreuses personnes opposées ont fait pression sur cette question et je suis persuadée que c’est le travail de beaucoup d’entre eux qui permettra d’apporter de tels changements, a déclaré Wakelin au WSWS. En toute honnêteté, ce changement est minime et nous espérons voir un mouvement plus significatif dans un avenir rapproché.»

La réalité est que le gouvernement du NPD, soutenu par les syndicats et le Parti vert, n’a pas l’intention de prendre de mesures sérieuses pour protéger la vie des étudiants, des enseignants et de leurs proches. Au lieu de cela, le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour obtenir un soutien pour sa politique irresponsable de rentrée des classes, dictée par la volonté des grandes entreprises de «rouvrir l’économie» et d’intensifier ainsi l’extraction des profits de la classe ouvrière.

La semaine dernière, par exemple, une publicité de propagande mensongère a été produite, dans laquelle figurait la Dre Bonnie Henry, responsable provinciale de la santé pour la Colombie-Britannique. Le ministère de l’Éducation a affirmé que cette publicité de 30 secondes était destinée à «renforcer la confiance des familles» à l’égard des «mesures strictes de santé et de sécurité mises en place pour protéger les étudiants et le personnel».

Pour y parvenir, le gouvernement a dû fabriquer une situation imaginaire en classe qui ne sera jamais présente dans la réalité. L’annonce montre 6 élèves au total dans une classe, avec leurs pupitres espacés d’une distance impossible à atteindre dans la réalité et situés de façon bien pratique à proximité d’un évier.

«J’ai beaucoup de respect pour la Dre Henry, mais c’est hors de propos, déclare un utilisateur de Twitter réagissant à la publicité. Aucune salle de classe ne ressemble à cela. Essayez ça pour vrai avec 30 enfants et vous comprendrez pourquoi les étudiants, les parents, les enseignants et le personnel de soutien sont inquiets.»

Le ministère de l’Éducation a répondu aux critiques par une déclaration involontairement chargée d’ironie: «Afin de filmer la publicité, le nombre d’élèves dans la salle a été limité pour des raisons de santé et de sécurité et les enfants ont été placés à une distance sûre les uns des autres.» Et tout cela moins de deux semaines avant que les élèves ne soient renvoyés à l’école sans ces mesures de sécurité.

Patti Bacchus, ancienne présidente du conseil scolaire de Vancouver, liée à l’establishment néo-démocrate et actuelle chroniqueuse de l’éducation du journal Georgia Straight, a critiqué le plan de rentrée depuis sa publication. Dans une interview accordée au WSWS, elle a critiqué le fait que le gouvernement ne soutienne pas les familles et n’écoute pas ce que les éducateurs disent du plan de réouverture des écoles. «Il y a un manque de confiance dans le plan du ministère de l’Éducation. Le gouvernement doit écouter les éducateurs, déclare Bacchus. Les familles doivent avoir le choix. Les parents doivent pouvoir choisir pour leurs enfants l’apprentissage à distance ou partiellement à distance, tout en restant connecté à leur école locale.»

Le gouvernement reçoit un soutien essentiel de la Fédération des enseignants et enseignantes de la Colombie-Britannique (FECB) dans sa campagne pour la réouverture téméraire des écoles, le syndicat s’y opposant en paroles, mais aidant dans les faits à organiser la rentrée scolaire. La présidente de la FECB, Teri Mooring, a fait remarquer de façon révélatrice que le syndicat joue un rôle actif dans les comités gouvernementaux chargés de planifier la réouverture des écoles. Ce fait peu remarqué met à nu les critiques creuses du syndicat à l’égard du plan du gouvernement, comprenant notamment des appels à embaucher plus d’enseignants et à réduire la taille des classes. Le syndicat a même délibérément évité de menacer de faire la grève, soulignant du coup que ses critiques du gouvernement ne sont en fait que de la poudre aux yeux pour aider le NPD à imposer son plan meurtrier face à une opposition publique généralisée.

(Article paru en anglais le 1er septembre 2020)

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