Face à la montée en puissance des attaques du gouvernement et des fascistes

Les manifestations contre la violence policière se poursuivent aux États-Unis

Par Jacob Crosse
8 septembre 2020

Ce week-end a marqué 100 jours de protestations aux États-Unis contre la violence policière depuis le meurtre de George Floyd, commis le jour du Mémorial par le service de police de Minneapolis. De grandes manifestations ont eu lieu dans les villes rurales ainsi que dans les grandes villes face à de nouveaux cas de brutalité et de meurtre policiers. Une campagne de maintien de l’ordre de plus en plus virulente et violente se développe menée par le gouvernement Trump, avec la complicité du Parti démocrate.

Les manifestations, en grande majorité pacifique, multiraciale et multiethnique, sont accueillies par des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes, des coups de matraque et des arrestations massives par la police antiémeute. Les gouverneurs et les maires Démocrates ont mobilisé ces derniers tandis que Trump et les Républicains dénoncent les manifestants comme des anarchistes, des socialistes et des terroristes et incitent les «vigiles» fascistes à les attaquer.

Cette situation explosive n’est que le prélude d’un mouvement de masse de la classe ouvrière. Un tel mouvement se galvanisera par la mort et la misère dont l’élite au pouvoir et tous ses représentants politiques ont semé en réponse à la pandémie de COVID-19. L’oligarchie financière au pouvoir, alors même qu’elle s’enrichit sur les os des victimes de la pandémie, se sent assiégée. Elle est terrifiée à la perspective d’un mouvement de masse contre le capitalisme, de plus en plus exposé devant le monde comme un système en faillite et criminel.

La police utilise des irritants chimiques et des munitions de contrôle des foules lors d’une manifestation à Portland, Oregon, le 5 septembre 2020. (AP Photo/Noah Berger)

L’ampleur et la durée des protestations expriment le courage et la détermination de millions de personnes à lutter pour une société plus égalitaire, exempte de racisme, de répression et d’inégalités sociales. Mais cela doit être élevé au rang de lutte consciente pour le socialisme qui rassemble toutes les sections de la classe ouvrière, des éducateurs aux travailleurs de l’automobile, tant aux États-Unis que dans le monde entier.

Un récent rapport de l’US Crisis Monitor (un projet universitaire qui mesure l’intensité et la nature des crises sociales — c’est associé à l’université de Princeton) a noté la nature mondiale des protestations. Il a déclaré «Dans les semaines qui ont suivi le meurtre de Floyd, au moins 8.700 manifestations de solidarité avec le mouvement “Black Lives Matter” ont eu lieu dans 74 pays, y compris aux États-Unis. Les manifestants ont concentré leur indignation sur les symboles américains — notamment les ambassades, les consulats et les propriétés de Trump — mais ils se sont également ralliés à des cas locaux de brutalité policière et d’inégalité raciale.»

Depuis le début des manifestations aux États-Unis en mai, au moins 19 manifestants se sont fait tuer, dont trois au cours des deux dernières semaines.

Jeudi dernier, un groupe d’intervention spéciale de la police dirigé par des marshals américains a tué Michael Reinoehl quelques heures après qu’un mandat d’arrêt s’est fait émettre contre lui en relation avec le meurtre d’un membre du groupe d’extrême droite Patriot Prayer lors d’une manifestation à Portland le 29 août. Kyle Rittenhouse, militant d’extrême droite et ardent défenseur de Trump, a tué deux manifestants et en a blessé un autre à Kenosha, dans le Wisconsin, il y a moins de deux semaines. La Police l’a laissé partir de la scène et l’a interpelé dans plus tard dans la nuit sans aucune tire.

Les médias d’entreprise ont de plus en plus qualifié les manifestations de violentes et agressives et ont présenté la police comme une réponse aux attaques non provoquées des manifestants. Les faits contredisent cette affirmation. Le rapport de Princeton souligne qu’entre le 24 mai et le 22 août, il y a eu plus de 10.600 «manifestations», dont plus de 10.100, «soit près de 95 pour cent» étaient des manifestations pacifiques. Tandis que, moins de 570 concernaient des «manifestants se livrant à des actes de violence».

Les auteurs du rapport ont noté que dans les manifestations devenues violentes, l’agression était souvent le fait de milices de droite et de gangs racistes tels que les Three Percenters, le Ku Klux Klan, les Proud Boys, le Boogaloo bois et la Garde civile du Nouveau-Mexique.

Des manifestations ont eu lieu pendant le week-end comprenaient:

Rochester, New York

Samedi a marqué le quatrième jour consécutif de des manifestations contre le meurtre de la police dans le nord de l’État de New York. Ils ont suivi à la diffusion d’une vidéo qui montre la police qui torturait et assassinait Daniel Prude, 41 ans, le 23 mars de cette année. Plus de 1.500 manifestants ont défilé jusqu’au quartier général du département de police de Rochester en scandant «Pas de justice, pas de paix». Dans la soirée, la police, appuyée par des véhicules blindés, a tiré des boules de poivre et des gaz lacrymogènes dans la foule. La police affirme avoir arrêté huit personnes jeudi, vendredi 11 et neuf autres samedi soir.

Portland, Oregon

Ignorant les appels du gouverneur démocrate Kate Brown à mettre fin aux protestations, des centaines de manifestants sont descendus dans la rue une fois de plus, ce qui a entraîné plus de 50 arrestations samedi soir. Avant les manifestations de jeudi, le gouverneur Brown a publié une déclaration qui affirmait que «la violence doit cesser… Tous ceux qui commettent des crimes violents doivent se faire tenir responsables de manière égale.»

Louisville, Kentucky

La police est restée introuvable pendant plusieurs heures samedi, alors que les manifestants faisaient face à plus de 400 «patriotes» lourdement armés. Dylan Stevens les dirigeait. Il se décrit comme: «un fervent partisan de Trump, de la police, de nos troupes, du 2e Amendement, de l’Amérique et du drapeau!» (Le 2e Amendement de la Constitution met en avant le droit de porter des armes, et des milices.) Dans une récente vidéo YouTube, Stevens a défendu les meurtres de Rittenhouse comme étant «100 pour cent d’autodéfense». Au parc de Jefferson square, où des manifestants qui demandaient justice pour Breonna Taylor, tuée dans son appartement par la Police qui se sont trompés d’adresse. Ils se rassemblaient pacifiquement depuis le 28 mai pour demander l’arrestation des officiers impliqués dans son assassinat, Stevens a organisé une contre-manifestation.

Après plusieurs affrontements violents, dont au moins deux cas où les pistolets n’ont pas été dégainés par les associés de Stevens, les contre-manifestants ont quitté le parc, pour être remplacés par plus de 24 policiers antiémeute.

Le Parti démocrate et la campagne présidentielle de Joe Biden et Kamala Harris sont restés silencieux sur les récents meurtres de manifestants, tout en condamnant les manifestants violents et en exigeant qu’ils soient arrêtés et poursuivis.

Dans un accordé à CNN dimanche, la candidate à la vice-présidence, Kamala Harris, n’a pas mentionné les noms de Joseph Rosenbaum et d’Anthony Huber, les victimes de meurtres par Rittenhouse ni commenté le meurtre de Michael Reinoehl par la police jeudi dernier. Lorsqu’elle a été interrogée par l’intervieweuse Dana Bash pour savoir si elle pensait que le flic de Kenosha, Rusten Shesky, devait être inculpé pour avoir tiré sept fois dans le dos de Jacob Blake, Harris, ancienne procureur, a fait marche arrière sur ses déclarations précédentes, disant qu’elle pensait que «on doit réfléchir sur des inculpations… mais tout le monde a droit à une procédure régulière, tout le monde, y compris les policiers.»

(Article paru d’abord en anglais le 7 septembre 2020)