700 écoles grecques occupées par des étudiants protestant contre un retour dangereux en classe

Par Robert Stevens et John Vassilopoulos
1 octobre 2020

Les élèves en Grèce ont intensifié leurs protestations contre la réouverture peu sûre des écoles, avec 700 écoles dans 35 villes sous occupation mardi.

Après les manifestations et rassemblements de la semaine dernière, les actions de protestations reprendront demain à Athènes et dans la deuxième plus grande ville de Grèce, Thessalonique, ainsi que d'autres villes. Des manifestations ont lieu aussi sur des îles grecques, notamment en Crète et à Rhodes.

Les occupations d’écoles sont en cours depuis plus d'une semaine. Vendredi dernier, leur nombre a atteint plus de 200, puis a grimpé au chiffre actuel – avec 250 dans la région la plus peuplée de Grèce, l'Attique. Étant donné que l'enseignement secondaire est principalement touché, plus d'un sur cinq des 3 168 lycées du pays a été occupé.

Une banderole déroulée par des élève à Athènes dit sur la colonne de gauche « argent pour les chars, avions de guerre, sous-marins, bombes ; pas d’argent (colonne de droite) pour les écoles, hôpitaux, transports en commun, la paix » (source : Keep Talking Greece)

Mardi, la Grèce a signalé 416 nouveaux cas de coronavirus – le deuxième total le plus élevé enregistré sur une période de 24 heures – et cinq décès. Le coronavirus se propage comme une traînée de poudre dans tout le système éducatif, à la suite des décisions du gouvernement conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND) de rouvrir l'économie:d’abord le secteur touristique et ensuite les écoles (à partir du 14 septembre) et les universités ce trimestre. Mardi, 150 écoles avaient été contraintes de fermer en partie ou entièrement en raison d'infections.

Pratiquement aucune mesure de sécurité n'a été mise en place dans les écoles pour empêcher les élèves et le personnel de s’infecter. Le 23 septembre, huit jours seulement après la rentrée des écoles, 50 élèves, 16 enseignants et un travailleur de soutien avaient été testés positifs, le chiffre réel étant sans aucun doute beaucoup plus élevé.

Les occupations d’écoles exigent la limitation des groupes à 15 élèves par classe au plus, l’embauche de plus d'enseignants pour combler les déficiences – d'autant plus que la Grèce a perdu 20 000 enseignants après une décennie d'austérité sauvage au cours de laquelle le budget de l'éducation a été réduit de 27 pour cent. Ils demandent plus d’agents de nettoyage et que des caméras ne soient pas installées dans les écoles pour l'apprentissage en ligne, comme le propose le gouvernement.

Un élève embrasse sa mère avant d’entrer en classe dans une école primaire au début de la rentrée scolaire à Athènes, lundi 14 septembre 2020 (AP Photo/Thanassis Stavrakis, Pool)

En luttant pour leurs revendications, les élèves demandent que le gouvernement réduise les dépenses militaires grecques et finance les écoles et les soins de santé.

L'appel à l'appui des occupations des écoles lancé par le Comité de coordination des étudiants d'Athènes disait entre autre: «En tant qu'étudiants, nous avons prouvé par notre engagement que les raisons pour lesquelles nous nous mobilisons sont sérieuses. Nous avons fait connaître partout les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans nos écoles! Nous avons fait face à la calomnie et à la fausse représentation de notre lutte, étant dépeints comme «le mouvement de rien», comme «des étudiants anti-masques», ils ont dit qu’«ils le font pour sécher les cours», toutes les choses habituelles. Maintenant, ils nous disent que nos actions de protestation sont des bombes à retardement pour la santé publique. LES ÉCOLES SONT DES BOMBES À RETARDEMENT POUR LA SANTÉ PUBLIQUE! Nous nous battons POUR QU'ELLES NE LE SOIENT PAS, en portant notre masque et en pratiquant la distanciation sociale… Et c'est cela qui nous fait descendre dans la rue. »

«Cette semaine, ils [le gouvernement] ont donné 2 millions d'euros aux chaînes de télévision pour qu'ils produisent des spots télévisés sur la pandémie. Pourquoi disent-ils que dans notre cas, ils ne peuvent même pas embaucher un agent de nettoyage de plus dans chaque école? Pourquoi ne nous donnent-ils pas un seul euro? »

«Ils ont été agacés quand nous leur avons dit que nous n'aimions pas que les impôts de nos parents ne servent pas à l'éducation mais à l'armement! Ils ont prétendu que nous ne savions pas de quoi nous parlions. Que veulent-ils? Que les élèves aiment la participation de leur pays à des opérations de guerre au cours desquelles des jeunes sont tués? »

Les portes d'un lycée occupé dans la petite ville de Rizomata dans la préfecture d'Imathia, dans le nord de la Grèce. La banderolle des élèves sur la clôture de l'école indique, au-dessus, « Occupé » et en dessous, « Sur un coin de Mars, ils ont trouvé de l'eau alors que pendant un mois [notre école] a cherché un professeur de physique »

Les occupations d’écoles sont largement soutenues sur les réseaux sociaux. La page Facebook de la campagne de solidarité grecque Covid19 (Menoume Energoi - Nous restons actifs) a publié un message de soutien aux occupations. Le groupe met en lumière les problèmes liés à la propagation du Covid-19 et a fait campagne contre le manque d'équipement de protection individuelle (EPI). Ils ont envoyé des salutations aux élèves occupant le lycée de Rizomata.

Menoume Energoi déclare: «Au lycée en question, les étudiants demandent l'embauche d'un professeur de physique et d'anglais et la fourniture de tests Covid gratuits, étant donné que le mari de l'une de leurs professeurs a été testé positif au coronavirus et qu'il est donc possible qu'elle a également été infectée.

Le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis a été virulent dans ses dénonciations des occupations cette semaine, après avoir envoyé des escouades de police dans plusieurs écoles la semaine dernière – arrêtant des élèves à l’une d’elles – et avoir menacé les parents et les enseignants qui les soutenaient. Anastasia Gika, secrétaire générale du ministère de l'Éducation, a dénoncé les occupations en déclarant: «C'est un acte illégal de prendre le contrôle d'un bâtiment public. C'est la pire chose que l'on puisse faire étant donné que les écoles sont restées fermées au cours des mois précédents aussi en raison du coronavirus. »

Constantinos Bodganos, un député de ND qui a constamment fait des ouvertures à l'extrême droite, a qualifié les occupations d’écoles par les élèves de «serpents» dans un commentaire sur Twitter qui les décrit également de manière provocante comme des singes.

Faisant référence à l’occupation nationale des écoles dans les années 1990, il a déclaré: « Ceux qui étaient impliqués dans les occupations d'école de ma génération nous ont conduit à une nouvelle fracture nationale, 100 milliards de dettes supplémentaires, une défaite nationale sur la question macédonienne, l'accueil imposé [des migrants] et ont fait des ravages dans les manifestations en toute impunité. Je suis désolé, mais il semble que nous n’ayons pas compris quelle sorte de serpent nous tolérons au sein de nos écoles. »

Dans une interview sur Mega Channel mardi, Bodganos a doublé ses attaques contre les élèves, déclarant: « Les occupations détruisent les infrastructures scolaires et consolident une culture d'impunité, d'intimidation et d'anarchie. » Il a menacé que « les occupations [sont illégales au regard du droit pénal]. Le gouvernement a trop attendu. » En référence à d'éventuelles mesures judiciaires contre des élèves, il a exigé : «les occupations doivent être interrompues par des moyens juridiques si nécessaire. »

La ministre de l'Éducation, Niki Kerameus, a déclaré lundi à ANT1 TV que son gouvernement envisagerait des négociations sur les revendications des élèves, mais a insisté pour dire: « Les pourparlers n'auront lieu qu'avec des écoles ouvertes. Personne ne peut refuser à quelqu'un d'autre le droit d'apprendre et personne n’a le droit de perturber le processus éducatif. ».

La manifestation de jeudi sera soutenue par le syndicat de la Fédération des enseignants du secondaire (OLME), qui a appelé à une grève partielle de 11 heures à 14 heures pour que leurs membres puissent assister aux manifestations. Le président de l'OLME est un responsable de l'aile syndicale du parti au pouvoir, Nouvelle démocratie, le Mouvement démocratique indépendant des travailleurs (DAKE).

La déclaration de l'OLME à l'appui de la manifestation a été rendue nécessaire par l'opposition croissante des enseignants et d'autres membres du personnel des écoles. Mais la vraie position de l'OLME est que les écoles doivent rester ouvertes. La participation des enseignants aux manifestations fait suite aux grèves la semaine dernière des médecins et des travailleurs des transports, qui ont montré la propagation de l'opposition sociale parmi les travailleurs dont la position sociale a été dévastée par des décennies d'austérité.

(Article paru en anglais le 30 septembre 2020)

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