Trump multiplie les menaces de violence et de suppression des bulletins de vote

Par Patrick Martin
3 octobre 2020

Le président Trump poursuit ses efforts pour mobiliser des voyous fascistes, intimider les électeurs et utiliser la force pour détourner les élections de 2020, tandis que la réponse du Parti démocrate s'est limitée à des protestations verbales inefficaces ou à un silence abject.

Au cours du débat de mardi avec le démocrate Joe Biden, Trump a refusé de désavouer le groupe fasciste Proud Boys, disant au groupe de «prendre du recul et de se tenir prêt». Il a poursuivi: «Quelqu'un doit s’occuper d’Antifa et la gauche. Ce n'est pas un problème de droite. C'est de gauche. »

Le président Donald Trump s’exprime lors d’une conférence de presse dans la salle de presse James Brady à Washington le 31 août 2020 (AP Photo/Andrew Harnik)

Cette incitation aux fascistes de venir à sa défense a reçu une réponse favorable de la part des représentants des Proud Boys et de groupes similaires qui ont promis leur soutien à sa campagne et proposé leurs services contre les électeurs anti-Trump.

Le Washington Post arapporté jeudi: «L'appel lancé par le président Trump lors du débat pour que les volontaires veillent sur les lieux de vote a suscité une réponse enthousiaste de la part de néo-nazis et d'activistes de droite connus, ce qui a provoqué de nombreux responsables des élections et des forces de l'ordre à se préparer à de cas d'intimidation des électeurs, des arrestations et même de la violence le jour du scrutin.»

Le journal a déclaré qu’ «il semblerait que plus d’extrémistes se rallient» aux efforts lancés par la campagne Trump et le Comité national républicain pour rassembler une force de 50.000 observateurs de scrutin qu'ils ont nommé «l’Armée pour Trump».

Un autre rameau d'olivier du gouvernement Trump tendu aux fascistes a été rapporté par NBC News, qui a obtenu des communications internes du ministère de la Sécurité intérieure dans lesquelles des responsables ont été chargés de fournir des commentaires favorables aux médias sur Kyle Rittenhouse, un partisan de Trump, âgé de 17 ans, qui s’est servi de son fusil d'assaut pour tuer deux manifestants contre les violences policières à Kenosha, Wisconsin, le 25 août.

Les responsables ont été informés qu'en réponse aux questions des médias à propos de Rittenhouse, ils devraient suggérer qu'il avait agi en état de légitime défense (bien que les deux hommes qu'il avait tués n'étaient pas armés) et qu'il «avait emmené son fusil sur les lieux de l'émeute pour aider à défendre les propriétaires de petites entreprises». Rittenhouse répondait en fait à un appel d'une milice locale de droite. Les appels sur Internet lancés par des associations d'armes à feu et des fondamentalistes chrétiens ont déjà recueilli plus de 500.000 dollars pour sa défense juridique.

Trump vise à mobiliser des nervis de droite pour intimider les électeurs, en particulier dans les grandes villes. Lors du débat de mardi, Trump a épinglé les responsables des bureaux de vote à Philadelphie parce qu'ils n'ont pas permis aux militants de droite d'entrer dans les bureaux électoraux où les électeurs demandaient des bulletins de vote par correspondance. La ville fortement afro-américaine est traditionnellement un bastion du Parti démocrate. Réduire le taux de participation à Philadelphie est un objectif important de l'effort de la campagne de Trump pour capturer les 20 voix des grands électeurs de Pennsylvanie, ce qui serait essentiel à une victoire dans le collège électoral.

L'intimidation des électeurs est combinée à la suppression des votes qui comprend une myriade d'actions pour rendre plus difficile l’envoi des bulletins de vote par la poste ou de se rendre aux urnes. Dans le cas le plus flagrant de suppression des votes de la campagne d'automne, le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, a publié jeudi une proclamation limitant le nombre de dépôts de bulletins de vote par correspondance à un site par comté. Cela signifie que les petits comtés ruraux avec quelques milliers d'électeurs auront le même nombre de lieux de dépôt que le comté de Harris, qui comprend la ville de Houston et compte près de cinq millions d'habitants.

Le comté fortement démocrate, avec une importante population hispanique, afro-américaine et asiatique américaine, sera contraint de fermer 11 de ses 12 centres de dépôt. Le comté de Travis (Austin) devra fermer trois de ses quatre centres.

Abbott a affirmé que son ordre était de «maintenir l'intégrité de nos élections», ajoutant: «Alors que nous travaillons à préserver la capacité des Texans à voter pendant la pandémie de COVID-19, nous devons prendre des précautions supplémentaires pour renforcer les protocoles de sécurité électorale dans tout l'État. Ces protocoles de sécurité améliorés garantiront une plus grande transparence et aideront à mettre fin aux tentatives de vote illégal.»

La proclamation n'a rien à voir avec la prévention de la fraude électorale, que des enquêtes répétées, tant au niveau des États qu’au niveau fédéral, ont jugée inexistante en pratique. Le seul but est de rendre la participation au vote plus difficile pour les citadins, car ils sont plus susceptibles de voter contre Trump. Le Texas est l'un d’une dizaine d'États remportés par Trump en 2016 qui sont considérés comme hautement contestés en 2020. La perte de ses 38 votes de grands électeurs signifierait une défaite écrasante pour la campagne républicaine.

Tandis que Trump et les républicains poursuivent leurs plans pour truquer le résultat des élections du 3 novembre – si jamais elles ont lieu –, le Parti démocrate a répondu avec un mélange de complaisance et de complicité. Au cours d'une campagne électorale en Ohio et en Pennsylvanie, Biden n'a fait aucune référence aux déclarations répétées de Trump selon lesquelles il n'accepterait pas le résultat du vote de 2020 et ne s'engagerait pas à un «transfert pacifique du pouvoir».

Biden et ses représentants de campagne ont prétendu que le refus de Trump de se conformer aux règles du débat – convenues à l'avance par les deux campagnes – n'était que la manifestation d'une personnalité enfantine. En réalité, la performance de Trump a mis à nu sa politique fasciste, motivée par une haine hystérique de la classe ouvrière et la peur du socialisme.

Entre temps, à Washington, les démocrates du Congrès ont continué leur marchandage quotidien avec la Maison-Blanche comme si son occupant ne venait pas de passer 90 minutes de débat sur le plateau de télévision à menacer la démocratie américaine et à inciter à la violence fasciste.

Mercredi, le Sénat a adopté une «résolution permanente» élaborée sur une base bipartite, pour assurer le financement continu du gouvernement fédéral jusqu'au 11 décembre, évitant ainsi la perspective d'une fermeture de l’administration fédérale au début du nouvel exercice budgétaire le 1er octobre. De cette manière, les démocrates ont refusé de fermer le robinet du financement comme moyen de parer aux menaces de Trump de ne pas honorer les résultats des élections.

Le même jour, la présidente de la Chambre des communes, Nancy Pelosi, a tenu une longue réunion avec le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, le représentant de Trump, lors des discussions sur l'adoption d'un nouveau projet de loi de sauvetage financier de coronavirus très attendu par Wall Street et des secteurs économiques spécifiques comme les compagnies aériennes. Encore une fois, rien n'indiquait que l’appel lancé par Trump aux fascistes pour qu’ils s’en prennent aux électeurs démocrates devrait remettre en question l'opportunité d'un arrangement avec la Maison-Blanche.

La réponse des médias alignés sur le Parti démocrate, le New York Times et le Washington Post en tête, a reflété l’impotence de Biden, Pelosi et cie.

Le Times apublié un éditorial sur le débat qui a fait appel au Parti républicain, affirmant: «Les conservateurs à la poursuite d'objectifs politiques longtemps chéris ne peuvent plus éviter la réalité que M. Trump vandalise les principes et l'intégrité de notre démocratie.» L’éditorial a décrit Trump simplement comme «pétulant, égocentrique, rageur», comme s'il s'agissait de sa personnalité.

Le Times aconsolé ses lecteurs en avançant l’idée que Trump est en train de perdre l'élection et le sait, mais il n'a pas abordé les conséquences de ce fait: après avoir conclu qu'il perdrait l'élection, Trump cherche maintenant à intimider les électeurs avec des nervis fascistes, à manipuler le dépouillement des votes par le biais des gouvernements des États contrôlés par les républicains, et à voler une élection avec l’approbation d’une Cour suprême avec une majorité de droite nouvellement renforcée par sa dernière nomination, la fanatique religieuse Amy Coney Barrett.

Même après avoir décrit les plans de Trump pour truquer les élections et avoir qualifié ce dernier d’ «autocrate en puissance», le Times cherche à limiter toute réponse populaire au seul fait d’aller voter alors que Trump a déjà déclaré qu’il ne tiendrait pas compte du vote.

L'éditorial du Washington Post était tout aussi marqué d’impuissance, en admettant que «l'assaut de Trump contre la démocratie s'intensifie» mais en tirant la même conclusion: la seule réponse possible à la menace de détournement des élections était de voter contre le président.

«Le message et le comportement de Trump reflétaient un profond mépris envers la nation et ses électeurs», ont déclaré les rédacteurs en chef. «Ses actions présageaient une tentative de rejeter et de saper la légitimité des résultats des élections, tout en incitant à la violence. C'est une menace qui doit être prise au sérieux par les autorités électorales et les forces de l'ordre, ainsi que par les dirigeants responsables des deux partis.»

En d'autres mots, le Washington Post, propriété de l'homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, conseille au peuple américain de faire confiance à la police, aux différents gouvernements des États qui administrent les élections et aux dirigeants des partis démocrate et républicain – c'est-à-dire Biden, Pelosi, Schumer et Mitch McConnell.

La principale préoccupation des politiciens capitalistes et des éditorialistes des grands médias est que le complot de Trump pour s’accrocher au pouvoir ne provoque un soulèvement massif parmi les travailleurs et les jeunes américains, qui menacera de balayer non seulement le président fasciste, mais tout le système capitaliste. Ils ont bien plus peur d'un tel mouvement d'en bas que de la répression et de la violence d'une dictature Trump, qui serait de toute façon dirigée en grande partie contre les travailleurs.