La maladie de Trump et l'appel des Démocrates à l'unité

Par Joseph Kishore et David North
6 octobre 2020

Même à en juger selon les normes putrescentes de la politique bourgeoise, la réponse du Parti démocrate à la maladie du président Trump constitue un nouveau record en fait de langue de bois politique, d’hypocrisie et de tromperie.

On pourrait penser, vu l’effusion d’appels en faveur du rétablissement rapide du président et de son retour à la Maison-Blanche, que c’était Franklin Delano Roosevelt ou John F. Kennedy et pas Donald Trump qui était le patient de l’hôpital Walter Reed.

Le thème général du déluge de sympathie larmoyante répandu par les principaux Démocrates et leurs porte-parole dans les médias est celui-ci: «Nous vous aimons, Monsieur le Président. Tout est pardonné».

: Trump parle aux membres de la presse [Photo officielle de la Maison Blanche par Joyce N. Boghosian]

Hillary Clinton, la cible du principal slogan de la campagne 2016 de Trump — «enfermez-la!» — souhaite à présent «un prompt rétablissement au Président et à la Première Dame». Jim Clyburn, qui avait début août comparé Trump à Mussolini et Hitler, y a ajouté un adjectif et exprimé l’espoir d’un «rétablissement prompt et complet».

Barack Obama semble avoir oublié que la montée politique en puissance de Trump était liée à sa promotion de la théorie raciste selon laquelle Obama n’était pas un citoyen américain et qu’il était donc un président illégitime. Obama a publié un tweet rappelant à tous que «nous sommes tous Américains».

Le sénateur du Vermont Bernie Sanders, qui a été sans cesse pourchassé comme « rouge » et menacé par Trump, a ajouté sa voix au chœur des Démocrates en souhaitant «au Président et à la Première dame un rétablissement complet et rapide».

Le vice-président Biden, qui avait déclaré au cours du débat tenu plus tôt dans la semaine que Trump était indifférent à la vie des Américains et le pire président de l’histoire, a annoncé qu’il mettait fin à toutes les publicités électorales critiquant Trump — un acte que Trump et les Républicains, bien sûr, n’ont pas retourné. Biden a expliqué pieusement qu’il «ne voulait pas attaquer le président et la première dame maintenant», ajoutant qu’il priait pour leur rétablissement rapide. Il a ensuite lancé un appel à l’unité nationale sur le modèle d’Obama: «Avant d’être Démocrates, Républicains ou indépendants, nous sommes tous Américains. Nous ne pouvons pas l’oublier».

C’est en fait le New York Times qui a donné le ton à la réponse du Parti démocrate à la nouvelle de la maladie de Trump. Son éditorial principal, publié samedi, portait ce titre: «Bon rétablissement, M. le Président.» Et déclarait: «Que le Président Trump et la première dame se rétablissent rapidement après avoir été testés positifs au coronavirus. Pour leur bien et celui de la nation».

Pour le bien de la nation? Dans les jours qui ont précédé sa maladie, la couverture du gouvernement Trump par le Times s’est concentrée sur 1) son refus de désavouer les fascistes lors du débat présidentiel et son appel à l’organisation néonazie Proud Boys pour qu’elle «prenne du recul et se tienne prête» 2) les déclarations de Trump qu’il n’accepterait pas les résultats des élections présidentielles s’ils étaient contre lui 3) ses efforts pour imposer la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême pour qu’elle puisse entendre toutes les affaires de contestation des bulletins de vote intentées par Trump et 4) une révélation en masse des déclarations d’impôts de Trump, montrant des années de corruption et de manipulation financière.

Dans son propre éditorial sur le débat avec Biden, le Times a écrit sur les déclarations de Trump selon lesquelles l’élection ne sera pas légitime à moins qu’il gagne: «Cette menace pour le processus démocratique n’est pas moins réelle, car elle a été faite en public». Pas plus tard que mardi dernier, Thomas Friedman, du Times, a publié une colonne avertissant que les efforts de Trump pour délégitimer l’élection constituaient une menace existentielle pour la démocratie — plus grave que la guerre civile ou la crise des missiles cubains.

Les raisons invoquées par le Times pour son inquiétude face à la maladie de Trump démasquent les vraies préoccupations du Parti démocrate. L’éditorial avertit de ce que son infirmité «déstabilisera les plus hauts échelons du gouvernement. Même s’il ne tombe pas gravement malade, le président sera incapable d’exercer nombre de ses fonctions tant que la menace de contagion ne sera pas passée».

Compte tenu de ce qu’il a fait depuis qu’il est président, et surtout au cours des neuf derniers mois, la perspective que Trump soit «incapable d’exercer bon nombre de ses fonctions» devrait être un motif de soulagement et de célébration publique.

Son gouvernement a mené une politique visant à bloquer toute réponse coordonnée à la pandémie. Trump a délibérément minimisé le danger pour le peuple américain en février, comme l’ont révélé les interviews enregistrées de Bob Woodward. Il a travaillé sans relâche pour faire du rejet des mesures même les plus réduites pour empêcher la propagation du virus, comme le port de masques, en symbole de la politique néofasciste.

La politique bourgeoise et les médias de l’establishment n’ont pas été capables de produire qui que ce soit capable de dire ou d’écrire quelque chose d’honnête depuis des décennies. Si quelqu’un comme H.L. Mencken était encore là, sa chronique sur la situation actuelle commencerait par affirmer, comme un fait indéniable, que s’il y avait une seule personne en Amérique qui méritait de se faire infecter par le COVID-19, c’était bien Donald Trump. Un Mencken d’aujourd’hui aurait pu ajouter, pour faire bonne mesure, que le fait que Trump tombe malade à cause d’un virus dont il avait si longtemps minimisé le danger semblait être le genre de châtiment divin qui pourrait amener même un athée pur et dur à admettre la possibilité que l’univers soit gouverné par un Dieu juste.

Il n’y a pas une seule parole de vraie à entendre ou à lire dans les médias lâches et corrompus de l’establishment. Personne ne fait remarquer que tout sentiment de sympathie pour Trump — ou pour les dignitaires républicains nouvellement infectés qui se sont entassés de façon stupide dans la Roseraie de la Maison-Blanche samedi dernier, sans masque, pour célébrer la nomination de Barrett — est inévitablement anéanti par le fait que le président est politiquement et personnellement responsable du bilan des morts de la COVID-19, qui s’élève maintenant à 210.000 personnes.

Enfermé à la Maison-Blanche, Trump bénéficiait d’un degré de protection personnelle inconnu de tous, sauf des Américains les plus riches. Il aurait pu éviter l’infection, sans parler des risques encourus par d’autres personnes. Cela inclut les milliers de ses disciples trompés qui sont venus à ses rassemblements. Mais de par son refus d’observer les précautions appropriées, une insouciance dictée par ses efforts pour présenter le type de personnage nécessaire à la construction d’un mouvement autoritaire et néonazi, Trump est à l’hôpital. Avec un immense cortège de médecins s’occupant de sa santé et de ses besoins dans une suite énorme du Centre médical Walter Reed, d’innombrables millions de dollars des contribuables sont dépensés pour ses soins.

L’échelle massive de l’hypocrisie et de la tromperie suscitées par la maladie de Trump ne peut être comprise que comme l’expression d’intérêts de classe. La principale préoccupation du Times et du Parti démocrate n’est pas et n’a jamais été la politique que le gouvernement Trump met en œuvre ou ses menaces de renverser la Constitution. Leur principale crainte est que la croissance de l’opposition sociale dans la classe ouvrière menace les intérêts de Wall Street et les impératifs géopolitiques de l’impérialisme américain. Chaque fois qu’une crise frappe, la réponse instinctive de la classe dirigeante est de serrer les rangs contre l’ennemi qu’elle craint le plus: la classe ouvrière.

(Article paru d’abord en anglais le 5 octobre 2020)