États-Unis: Les rangs des chômeurs de longue durée grossissent tandis que l’aide au chômage se tarit

Par Jerry White
7 octobre 2020

Le nombre de chômeurs de longue durée aux États-Unis ne cesse d’augmenter. Des millions de travailleurs sont obligés de se débrouiller seuls, le Congrès américain refusant de leur apporter une aide quelconque pour les protéger contre la faim, la pauvreté et le sans-abrisme.

Le rapport sur l’emploi publié la semaine dernière par le ministère américain du Travail a montré qu’un nombre stupéfiant de 695.000 travailleurs ont quitté la vie active.

Le nombre de chômeurs de longue durée sans emploi depuis 27 semaines ou plus a augmenté de 781.000 pour atteindre 2,4 millions. Ces travailleurs ont épuisé la limite de 26 semaines de prestations de chômage de l’État, et cinq autres millions de travailleurs licenciés atteindront cette limite au cours des deux prochains mois.

Des gens font la queue devant le Barclays Center pour ramasser des fruits et légumes des denrées non périssables, alors que «la Banque alimentaire pour la ville de New York» (Food Bank For New York City) vient en aide aux personnes dans le besoin en raison de la pandémie de COVID-19, le jeudi 10 septembre 2020 à New York. (AP Photo/John Minchillo)

À la fin du mois de juillet, le Congrès a laissé expirer la subvention fédérale aux États de 600 dollars par semaine, réduisant, dans de nombreux cas, le revenu hebdomadaire de deux tiers ou plus au cours des deux derniers mois.

Même si Trump avait promis une allocation d’assistance pour perte de salaire de 300 dollars par semaine pendant six semaines, les fonds alloués à ce programme totalement inadéquat se sont rapidement taris, au moins neuf États ayant annoncé qu’ils avaient cessé de verser l’allocation supplémentaire.

Le Congrès n’a montré aucun intérêt pour le rétablissement des allocations de chômage et les médias bourgeois ne l’ont guère mentionné, tout comme le candidat démocrate Joe Biden. La question de la prolongation des allocations de chômage n’a pas été mentionnée une seule fois au cours du débat de la semaine dernière.

Dans ces conditions, la faim augmente. En août, les banques alimentaires du réseau Feeding America ont distribué environ 593 millions de repas, soit une augmentation de 64 pour cent par rapport à un mois typique avant la pandémie. Meals on Wheels America, une autre organisation caritative, a indiqué que ses programmes alimentaires servaient en moyenne 77 pour cent de repas en plus et 47 pour cent de personnes âgées à haut risque de plus en août qu’au 1er mars.

Une analyse publiée la semaine dernière par Feeding America prévoit un déficit de 6 à 8 milliards de repas au cours des 12 prochains mois. Le besoin total d’aliments caritatifs au cours de l’année prochaine, estime Feeding America, atteindra 7700 tonnes, soit plus de trois fois la distribution de l’année dernière.

Une récente enquête menée par le Bureau américain du recensement en août a révélé que 10,5 pour cent des adultes, soit 22,3 millions de personnes, affirment ne pas avoir les moyens de nourrir correctement leur famille, contre 18 millions en mars.

Cette situation s’aggrave avec une nouvelle série de licenciements massifs, notamment dans les compagnies aériennes, les entreprises de divertissement et les constructeurs d’avions. Toutes ces entreprises ont bénéficié de milliards de dollars de fonds de la loi CARES et de réductions d’impôts. Rien que ces derniers jours, les sociétés ont annoncé près de 100.000 nouveaux licenciements.

Jeudi dernier, United, American et d’autres grandes compagnies aériennes américaines ont commencé à licencier 32.000 agents de bord, pilotes et autres travailleurs du secteur aérien après l’expiration de l’interdiction temporaire de supprimer des emplois permanents qui était contenue dans le plan de sauvetage des compagnies aériennes de 24 milliards de dollars qui faisait partie de la loi CARES. Lundi, le PDG de Southwest Airlines, Gary Kelly, a déclaré que tous les employés devraient subir une réduction de salaire de 10 pour cent d’ici le 1er janvier 2021 pour éviter d’autres suppressions d’emplois permanentes.

Cette semaine, Cineworld, la deuxième chaîne de cinéma au monde, ferme ses cinémas aux États-Unis et au Royaume-Uni. Elle licencie 45.000 travailleurs, dont près de 40.000 dans 536 cinémas Regal aux États-Unis. Cette décision fait suite à l’annonce faite par Disney la semaine dernière de licencier 28.000 de ses 100.000 employés dans ses parcs et villages touristiques aux États-Unis.

La chaîne de grands magasins JCPenney fermera 149 magasins et supprimera 15.000 emplois avant la période des fêtes de fin d'année, dans le cadre de son plan pour sortir de la faillite.

Le mois dernier, 280.000 autres travailleurs ont perdu leur emploi en éducation à l’échelle municipale et étatique, de nouvelles mesures d’austérité ayant été imposées alors même que les enseignants et les élèves étaient contraints de retourner dans des écoles dangereuses.

La classe dirigeante américaine cherche à utiliser le chômage de masse et la menace de la pauvreté comme une matraque pour ramener les travailleurs dans des usines et des lieux de travail dangereux afin d’enrichir davantage l’oligarchie financière. C’est la politique non seulement de Trump et des républicains, mais aussi des démocrates au niveau fédéral, étatique et local. C’est pourquoi la coupure des allocations de chômage obtient le soutien des deux partis.

Mais les travailleurs ripostent pour leur propre défense. Cette semaine, les infirmières et autres travailleurs de la santé s’apprêtent à faire grève à Minneapolis et en Californie du Nord. Les protestations des enseignants, des parents et des élèves contre le retour dangereux à l’école, qui a déjà entraîné la mort de 30 éducateurs et l’infection de milliers d’élèves, se répandent à travers New York, le Wisconsin et d’autres États.

En opposition à la trahison des syndicats, qui collaborent à la campagne meurtrière de retour à l’école et au travail, les éducateurs, les travailleurs de l’automobile et d’autres travailleurs ont mis en place des comités de sécurité de la base dans le Michigan, l’Indiana, l’Illinois, le Texas, la Floride et d’autres États.

Dans un reportage publié hier, le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, a mis en garde contre une «pandémie de l’inégalité», une expression utilisée pour la première fois par le «World Socialist Web Site». Il mettait en garde les élites dirigeantes des conséquences potentiellement révolutionnaires de la résistance internationale de la classe ouvrière. Malpass a averti: «Dans un monde interconnecté, où les gens sont plus informés que jamais… avec une pauvreté croissante et une baisse des revenus médians, cette pandémie de l’inégalité menacera de plus en plus le maintien de l’ordre social et de la stabilité politique».

La crainte de la classe dirigeante de voir la résistance populaire s’accroître face à la politique d’immunité collective meurtrière du gouvernement Trump est à l’origine de la tendance croissante aux mesures autoritaires, y compris les menaces de coup d’État présidentiel si Trump perdait les élections. Un reportage publié lundi dans le Wall Street Journal a noté que la police de la ville de New York formait ses 35.000 policiers «pour se préparer à la possibilité de troubles généralisés après l’élection présidentielle américaine et le vote sur la nomination d’un nouveau juge de la Cour suprême».

Quant à Biden et aux démocrates, ils ne craignent rien de plus qu’un mouvement d’en bas contre Trump en raison du danger que cela représenterait pour l’oligarchie patronale et de la finance que les démocrates défendent tout aussi impitoyablement que les républicains.

Mais c’est exactement ce qui doit être fait. L’opposition croissante des travailleurs et des jeunes à la pandémie, aux inégalités sociales, aux assassinats par les policiers, au danger du fascisme et de la guerre doit être unifiée. Dans chaque lieu de travail et chaque communauté, de nouvelles organisations de lutte, des comités d’action, indépendants des syndicats corrompus et des deux partis capitalistes, doivent être formés pour préparer une grève générale politique.

La classe dirigeante américaine, qui ne produit que mort de masse et misère sociale, n’a aucune légitimité à demeurer au pouvoir politique. C’est à la classe ouvrière de prendre les rênes du pouvoir, d’exproprier les fortunes privées des milliardaires et de procéder à une restructuration socialiste de la vie économique et sociale pour répondre aux besoins de la société et non d’une poignée d’ultra-riches.

(Article paru en anglais le 6 octobre 2020)