Tandis que le nombre de cas de COVID-19 est en forte hausse au Canada

Les syndicats et le NPD réitèrent leur appui à la campagne téméraire de retour au travail de Trudeau

Par Roger Jordan
10 octobre 2020

Au Québec et en Ontario, les deux provinces les plus peuplées du Canada, la pandémie de COVID-19 se propage largement hors de contrôle. De nouveaux records nationaux, québécois et ontariens d'infection quotidienne ayant été établis la semaine dernière, les autorités sanitaires reconnaissent qu'elles ont été dépassées par l'augmentation des nouveaux cas de coronavirus. Pourtant, l'ensemble de l'establishment politique redouble d'efforts dans sa campagne criminelle de retour au travail et à l'école.

La crise s'exprime avec le plus d'acuité au Québec, où le ministre de la Santé, Christian Dubé, s'est senti obligé mardi d'exhorter tout le monde à rester chez soi, sauf pour les déplacements professionnels ou autres déplacements nécessaires. Le Québec a enregistré 1364 cas ce jour-là, le cinquième jour consécutif où les nouvelles infections quotidiennes dans la province ont dépassé les 1000. À Québec, les infections ont explosé, passant d'une centaine par semaine il y a un mois à plus de 1000 par semaine.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau (AP Photo/Evan Vucci)

Contrairement au printemps, où le virus s'est surtout répandu à Montréal et dans les établissements de soins de longue durée, les infections se produisent maintenant dans toute la province. Selon le Dr Matthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général juif de Montréal, environ 6 % de tous les tests de dépistage du coronavirus sont positifs. En général, tout taux supérieur à 5 % est considéré comme un indicateur que le virus se propage de manière incontrôlée.

«Cette fois-ci, c'est totalement différent, totalement différent», a déclaré Dubé à propos de la deuxième vague de la pandémie. «Il est très difficile de dire où on l’a attrapé».

Dans l'Ontario voisin, les infections sont également en forte hausse, et ce sans que les autorités aient une idée précise de la source d'un grand nombre de nouvelles infections. La moyenne de sept jours des infections dans la province est actuellement supérieure à 600, contre moins de 100 au début du mois d'août. Des foyers d’infection apparaissent à Ottawa et à Toronto, les infections étant particulièrement élevées dans les quartiers pauvres et ouvriers.

Le système de santé canadien, délibérément sous-financé par tous les gouvernements, quelle que soit leur allégeance politique, depuis des décennies, est mis à rude épreuve. Les fonctionnaires d'Ottawa et de Toronto ont admis cette semaine que la recherche des contacts s'est largement effondrée, ce qui va entraîner une nouvelle accélération de la transmission. En réponse à l'offre du gouvernement Trudeau de fournir une poignée de fonctionnaires fédéraux pour soutenir les autorités locales dans leurs efforts de recherche des contacts, le médecin hygiéniste de Toronto, le Dr Eileen de Villa, a déclaré: «Pour être franche, je pense que nous pourrions avoir 700 personnes supplémentaires dans les rangs et ne pas encore être en mesure de rechercher les contacts avec la même portée et les mêmes résultats que lorsque les taux d'infection étaient plus faibles. C'est un indicateur de la gravité de la propagation de l'infection».

Les laboratoires sont également débordés, ce qui entraîne de longs délais dans l'obtention des résultats des tests. Selon un reportage de la CBC publié mercredi, les laboratoires de l'Ontario ont un arriéré de plus de 55.000 tests à traiter. Des retards de plus de quelques jours rendent les tests pratiquement inutiles, car ils rendent la recherche de contacts pratiquement superflue.

Le service de santé publique de la capitale, qui brosse un tableau désastreux de la situation à Ottawa, a déclaré dans un tweet: «Notre système de santé est en crise. Les laboratoires travaillent au-delà de leurs capacités, ce qui entraîne des retards dangereux, qui affectent la recherche des contacts et la gestion des cas. Les hôpitaux sont proches de leur capacité d'accueil et nous voyons de plus en plus d’épidémies en SLD (soins de longue durée). Notre système ne peut pas en supporter davantage».

L'état catastrophique du système de soins de santé face à une deuxième vague que tous les experts savaient inévitable est la responsabilité de l'ensemble de l'establishment politique. De la minimisation systématique initiale de la menace posée par la pandémie par tous les niveaux de gouvernement au refus du gouvernement libéral de Trudeau de prendre des mesures pour renforcer les hôpitaux et autres installations médicales pendant les mois cruciaux de janvier et février, la classe dirigeante a ouvert la voie à une perte désastreuse de vies humaines qui dépasse maintenant les 9500 personnes.

Même si la première vague de la pandémie a démontré de façon frappante les insuffisances flagrantes du système de santé publique, pratiquement aucun fonds n'a été mis à disposition au cours des mois de printemps et d'été pour l'étendre et le renforcer en vue de la «deuxième vague» de la pandémie prévue pour l'automne et l'hiver. Au lieu de cela, le gouvernement libéral fédéral s'est concentré sur le sauvetage des investissements de l'oligarchie financière en injectant 650 milliards de dollars dans les marchés financiers, les banques et les grandes entreprises, puis en lançant une campagne criminelle de retour au travail qui expose les travailleurs et leurs familles au virus potentiellement mortel.

Si le gouvernement a pu faire avancer ce programme mercenaire, c'est surtout grâce au soutien des syndicats et des politiciens sociaux-démocrates du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Les syndicats collaborent avec le gouvernement libéral et les entreprises canadiennes pour faire respecter la politique de retour au travail. Cela a commencé par leur soutien au sauvetage par l'État des grandes banques et de l'oligarchie financière en mars dernier. Puis, lors d'une série de consultations à huis clos avec les grandes entreprises et le gouvernement en avril et mai, les dirigeants du Congrès du travail du Canada, de la Fédération du travail du Québec, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), d'Unifor et d'autres syndicats ont apporté leur soutien total à la volonté de la classe dirigeante de forcer les travailleurs à reprendre le travail, en pleine pandémie, afin que le processus d'extraction des profits puisse reprendre.

Chaque fois que l'opposition des travailleurs à cette démarche téméraire s'est manifestée, les syndicats se sont efforcés d’y mettre un terme. Le mois dernier, alors que la colère montait face à la réouverture dangereuse des écoles de la province par le gouvernement conservateur de l'Ontario, le président de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l'Ontario, Harvey Bischof, a déclaré que le syndicat répondrait par un «non catégorique» à tout appel à la grève, qu'il a dénoncé comme une «action de travail illégale». L'OSSTF et d'autres syndicats d'enseignants ont alors déposé une plainte auprès de l'organisation propatronale Ontario Labour.

La FEESO et d'autres syndicats d'enseignants ont alors déposé une plainte auprès de la Commission des relations de travail de l'Ontario, un organisme propatronal, disant aux enseignants que l’on pourrait confier à cette institution d'État capitaliste la tâche de veiller à la santé et à la sécurité au travail. La CRTO a rapidement affiché son mépris pour la santé et la vie des enseignants et des élèves en refusant même d'entendre l'affaire.

Alors que les syndicats ont étouffé toute opposition ouvrière, le NPD a cimenté son partenariat de facto avec le gouvernement libéral proguerre, en fournissant à plusieurs reprises au gouvernement minoritaire Trudeau les voix dont il a besoin pour rester au pouvoir. Les sociaux-démocrates canadiens ont ainsi contribué à maintenir au pouvoir un gouvernement qui, au cours de ses cinq années de mandat, a massivement augmenté les dépenses militaires, réduit les transferts aux provinces pour les soins de santé, collaboré avec Trump dans une répression brutale contre les immigrants et les réfugiés, et intégré davantage le Canada dans les offensives militaires stratégiques de Washington contre la Russie et la Chine.

Mardi, les néo-démocrates ont assuré l'adoption du discours du Trône du 23 septembre du gouvernement libéral Trudeau, dont le principal objectif était de fournir une fausse couverture politique «progressiste» à la campagne de la classe dirigeante pour forcer les travailleurs à reprendre le travail en pleine résurgence de la pandémie.

Le discours du Trône a montré la détermination du gouvernement à éviter les mesures de confinement comme celles imposées au printemps dernier. Conformément aux remarques de Goldy Hyder, PDG du Conseil canadien des entreprises, qui s'est récemment élevé contre l'impact «catastrophique» d'un nouveau confinement, les libéraux ont déclaré que toute restriction future liée à la COVID-19 devrait être «à court terme» et limitée au «niveau local». Dans un discours préventif adressé à tous les responsables de la santé qui considèrent que la priorité des vies humaines est plus importante que le profit des entreprises, on a déclaré que «les responsables locaux de la santé connaissent l'impact économique dévastateur qu'un ordre de confinement peut avoir».

Le gouvernement Trudeau et ses partisans syndicaux et néo-démocrates le disent donc aux travailleurs: «Vos vies ne valent rien si on les met en balance avec le bien-être des entreprises canadiennes.»

Dans des conditions où la vie de centaines de milliers de travailleurs est en danger, les organisations de pseudo-gauche de la classe moyenne supérieure jouent un rôle politique particulièrement criminel. Selon Fightback (La Riposte), qui se présente comme une faction «marxiste» au sein du NPD, la question de savoir si les néo-démocrates ont voté pour le discours du Trône des libéraux et ont facilité le retour au travail de la classe dirigeante n'est pas pertinente. Avant le vote de mardi dernier, le chef de Fightback Alex Grant a déploré le fait que «toutes les options devant le NPD sont terribles», avant de conclure que «cela n'a pas vraiment d'importance» qu'ils décident «d’appuyer les libéraux».

Alors que les travailleurs à travers le Canada sont obligés de mettre leur santé et leur vie en danger en retournant sur des lieux de travail dangereux à cause de la montée en flèche des taux d'infection de la COVID-19, Fightback déclare à ses lecteurs qu'il est sans importance que le parti dont il est membre joue un rôle clé dans l'encouragement de cette politique meurtrière. Comme le magazine Jacobin des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), qui a récemment apporté son soutien à la politique d'«immunité collective» de Trump, Fightback hausse les épaules avec indifférence à la perspective d'une infection massive des travailleurs.

Si l'on veut éviter ce résultat désastreux, tout dépend de l'intervention indépendante de la classe ouvrière. Des comités de sécurité de la base doivent être créés d'urgence sur chaque lieu de travail, dans chaque école et dans chaque quartier pour lutter pour des mesures de santé et de sécurité essentielles afin de freiner la propagation du virus. Ces mesures devraient comprendre l'arrêt immédiat de toute production non essentielle, la fermeture des écoles pour l'enseignement en personne et l'octroi de dizaines de milliards de dollars pour renforcer le système de santé, qui est déjà surchargé. Les gains mal acquis des super-riches doivent être saisis afin de financer un programme complet d'aide financière et sociale pour les travailleurs, y compris une indemnisation complète pour tous ceux qui sont sans travail ou incapables de travailler en raison de la pandémie.

Ces revendications nécessaires ne seront réalisées qu'à travers une lutte politique acharnée contre les syndicats procapitalistes, le NPD et ceux qui les appuient parmi la pseudo-gauche. Elles exigent avant tout la mobilisation de la classe ouvrière en tant que force politique indépendante dans la lutte pour un gouvernement ouvrier et la réorganisation socialiste de la vie socio-économique.

(Article paru en anglais le 9 octobre 2020)