Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, les États-Unis imposent de nouvelles sanctions draconiennes à l'Iran

Par Bill Van Auken
12 octobre 2020

Le gouvernement Trump a décrété jeudi une nouvelle série de sanctions économiques draconiennes contre l’Iran visant à détruire son économie et à imposer une politique de changement de régime à travers la famine et les privations qui frapperont la population iranienne.

Annoncées par le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, les sanctions visent 18 banques iraniennes avec des sanctions secondaires, coupant effectivement l’Iran des marchés financiers mondiaux. Mnuchin a déclaré que cette action reflétait « notre engagement à mettre fin à l’accès illicite aux dollars américains», ajoutant qu’elle continuerait « à permettre des transactions humanitaires pour soutenir le peuple iranien».

Téhéran, la capitale de l'Iran (Photo: wikipedia.org)

Cette dernière affirmation est un mensonge flagrant. Ces 18 banques étaient les dernières à ne pas être frappées de sanctions secondaires, qui interdisent à toute institution financière osant faire des affaires avec les banques iraniennes d’accéder aux marchés américains. L’effet est de mettre sur liste noire l’ensemble du secteur financier iranien. Les sanctions paralysent ainsi la capacité du pays à acheter la nourriture, les médicaments et les fournitures médicales dont il a désespérément besoin dans des conditions où la pandémie COVID-19 ravage le pays. Cette action rend pratiquement impossible l’accès par l’Iran à des dizaines de milliards de dollars d’actifs de son État, détenus dans des banques étrangères.

Les autorités américaines n’ont pas tenté d’accuser les banques d’activités prétendument illicites – financement de «terrorisme», achat d’armes ou participation au programme nucléaire iranien ; elles en ont accusé seize du «crime» d’«opérer dans le secteur financier iranien», une d’être contrôlée par une banque précédemment sanctionnée et une autre d’être «affiliée à l’armée».

La campagne de sanctions de « pression maximale» fut lancée par le gouvernement Trump après avoir unilatéralement répudié l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et les grandes puissances. Il y a deux ans, elle avait déjà paralysé une grande partie de l’économie iranienne, l’empêchant en grande partie de vendre du pétrole, le moteur économique du pays. De mars 2019 à mars 2020, les ventes de pétrole iranien se sont élevées à un peu plus de 20 milliards de dollars, contre 120 milliards en 2011.

Le mois dernier, dans un acte d’incroyable arrogance, Washington a invoqué les dispositions de l’accord nucléaire de 2015, que les États-Unis avaient eux-mêmes abrogées, et demandé aux Nations unies de réimposer les sanctions qu’elles avaient levées en échange de l’acceptation par Téhéran de limitations strictes de son programme nucléaire civil. Les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, signataires de l’accord, ont rejeté la demande de Washington.

Les États-Unis ont notamment exigé le maintien de l’interdiction d’exporter des armes conventionnelles vers l’Iran, qui doit expirer le 18 octobre selon les termes de l’accord nucléaire. Alors que la Russie et la Chine ont toutes deux manifesté leur intérêt pour des ventes d’armes à l’Iran, Washington a juré d’appliquer unilatéralement l’interdiction, ouvrant la possibilité d’un affrontement entre les grandes puissances nucléaires du monde.

Les autorités iraniennes ont dénoncé les nouvelles sanctions sévères contre leur secteur financier. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a tweeté : «le régime américain veut faire sauter les derniers canaux de distribution pour payer la nourriture et les médicaments. Les Iraniens vont survivre à cette dernière cruauté. Mais conspirer pour affamer une population est un crime contre l’humanité».

S’exprimant jeudi soir devant l’Assemblée générale des Nations Unies sur la lutte contre le terrorisme, l’ambassadeur iranien à l’ONU, Majid Takht-Ravanchi, a accusé Washington de «terrorisme d’État et de terrorisme économique et médical».

«La politique de pression maximale des États-Unis envers l’Iran est conçue pour cibler délibérément et sans discernement des civils innocents dans le but de créer des souffrances et des difficultés. Le but est d’attiser les troubles sociaux conformément à la politique mauvaise de changement de régime», a déclaré Takht-Ravanchi.

Les nouvelles sanctions ont frappé précisément au moment où l’Iran fait face à une résurgence dévastatrice de COVID-19, qualifiée par les autorités médicales de «troisième vague» de la pandémie. Au cours des derniers jours, le pays a connu un nombre record de nouveaux cas et de décès quotidiens. Le 9 octobre, le ministère iranien de la Santé a confirmé 4.142 nouveaux cas de coronavirus, ce qui porte le nombre total de cas à près d’un demi-million. Au cours des 24 heures précédentes, 210 patients COVID-19 étaient morts, ce qui porte le nombre total des décès dans le pays à 28.098. Au moins 1.500 personnes sont mortes du virus la semaine dernière.

La forte augmentation des cas de COVID-19 a submergé les hôpitaux iraniens, en particulier dans la capitale Téhéran et sa banlieue, les plus touchés par la pandémie. Le médecin dirigeant le département des maladies infectieuses à l’hôpital Masih Daneshvari de Téhéran a déclaré à l’agence de presse gouvernementale IRINN: «En raison de l’indisponibilité des lits dans les unités de soins intensifs et même dans les services d’urgence, les ambulances vont d’un hôpital à l’autre pour faire admettre les patients. Les nouveaux patients atteints de coronavirus doivent attendre que des lits se libèrent».

Les forces armées iraniennes ont annoncé qu’elles mettaient toutes leurs installations médicales à disposition pour traiter les patients atteints de COVID-19, tandis que les hôpitaux civils ont cessé toutes les fonctions non urgentes pour faire de la place à ceux malades du virus mortel.

Les écoles, que le gouvernement a rouvertes de manière irresponsable le mois dernier, ont été maintenant refermées à Téhéran et dans d’autres villes, tout comme les mosquées, les magasins, les restaurants et autres lieux publics. Ce qui devait le 3 octobre être initialement une fermeture d’une semaine, a été prolongé d’une semaine supplémentaire vendredi.

Avant même la pandémie, le régime de sanctions américain avait privé le système de santé iranien de médicaments et d’équipements médicaux essentiels, entraînant de nombreux décès évitables. Avec la pandémie, ces sanctions font payer un tribut de plus en plus lourd, ce qui constitue un crime de guerre massif contre une population civile.

Ces sanctions draconiennes ont fortement aggravé les tensions entre les États-Unis et l’Iran, qui sont déjà en conflit sur un certain nombre de fronts. Washington a renforcé sa présence militaire dans la région, envoyant le porte-avions USS Nimitz, les croiseurs à missiles guidés USS Princeton et USS Philippine Sea et le destroyer à missiles guidés USS Sterett dans le golfe Persique par le détroit d’Ormuz, le mois dernier. Il s’agissait du premier déploiement d’une force de frappe de porte-avions de ce type en près d’un an.

Pendant ce temps en Irak, Mike Pompeo, le petit tyran et secrétaire d’État du gouvernement Trump, a lancé un ultimatum au nouveau premier ministre Mustafa al-Kadhimi : s’il ne parvenait pas à réprimer les milices chiites irakiennes alignées sur l’Iran, les États-Unis fermeraient leur ambassade à Bagdad. Les responsables américains ont clairement indiqué que ce serait le prélude à des frappes aériennes américaines de grande envergure contre les positions des milices. Organisées au sein des Forces de mobilisation populaire (FMP), ces milices font partie des forces armées irakiennes et fonctionnent comme une sorte de garde nationale. Elles ont joué un rôle prédominant dans la défaite de l’État islamique d’Irak et de Syrie (ISIS-Daech) après qu’il ait pris le contrôle d’une large portion de l’Irak en 2014.

Chacune de ces actions, du déploiement de porte-avions aux nouvelles sanctions financières paralysantes en pleine pandémie en passant par les menaces à l’Irak, a le caractère d’une provocation calculée, conçue pour faire monter les tensions. Celles-ci avaient déjà atteint le point d’ébullition en janvier où un drone américain avait assassiné le lieutenant général Qassem Suleimani, un des plus hauts responsables iraniens, à son arrivée à l’aéroport international de Bagdad pour une visite officielle.

Face à la détérioration rapide de la situation politique aux États-Unis à l’approche des élections de novembre, le risque est évident que le gouvernement Trump déclenche délibérément une «surprise d’octobre», une guerre avec l’Iran, comme événement destiné à choquer l’électorat et à créer des conditions plus favorables à l’exécution des conspirations extra-constitutionnelles qui se trament à la Maison-Blanche.

(Article paru d’abord en anglais le 10 octobre 2020)