Des associations de parents d’élèves protestent contre l’ouverture dangereuse des écoles en Allemagne

Par Gregor Link
22 octobre 2020

Vingt des plus importantes associations de parents d’élèves en Allemagne ont écrit une lettre à la chancelière Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate, CDU) et à d’autres personnalités politiques pour exprimer leurs «sérieuses réserves sur les décisions actuelles» concernant la reprise de l’enseignement en personne dans les écoles.

Ils écrivent que la situation actuelle met en danger «nos enfants et donc toute la population» et qu’elle est «irresponsable». Ils poursuivent: «Les mesures d’hygiène développées par les Länder pour les ouvertures d’écoles sont – comme ces dernières semaines l’ont montré – insuffisantes pour assurer la protection de la communauté scolaire contre l’infection».

Cette lettre exprime la colère et l’indignation croissantes des parents, des enseignants et des élèves, non seulement en Allemagne, mais dans toute l’Europe. De plus en plus de travailleurs et de jeunes s’opposent à la politique d’immunité collective décrétée par les milieux dirigeants, une politique qui entraînera la mort de centaines de milliers de personnes. Les médias sont restés remarquablement et sinistrement silencieux. À l’exception du portail Internet des enseignants, news4teachers, pas une seule grande publication allemande n’a fait état de la lettre rédigée par les représentants des parents.

Salle de classe à Dortmund, en Allemagne, 13 août 2020 (AP Photo/Martin Meissner, Dossier)

La lettre commence par une analyse de la situation réelle. «Le nombre de personnes infectées par le SRAS-CoV-2 [COVID-19] en Allemagne augmente de façon spectaculaire. Cela affecte particulièrement nos écoles. Plusieurs milliers d’élèves ont contracté le SRAS-CoV-2, tout comme un grand nombre d’enseignants et d’autres spécialistes de l’éducation et d’autres membres du personnel scolaire. Nous supposons qu’au moins 50.000 élèves et un grand nombre d’enseignants sont en quarantaine actuellement».

Les associations de parents d’élèves critiquent l’indifférence des autorités scolaires et sanitaires. Ils écrivent que c’est de plus en plus évident «que les classes ou les groupes d’années scolaires respectifs ne sont pas complètement mis en quarantaine. Souvent, il s’agit seulement des élèves proches de la personne infectée». La lettre se poursuit: «Les ministères n’ont cependant pas réussi à retracer les voies d’infection sur la base d’analyses scientifiques de séquences. Les infections sans symptômes ne peuvent être suivies ou détectées, car, dans de nombreux cas, des groupes entiers ne sont pas testés».

Au niveau de l’État, les associations de parents d’élèves se plaignent que plusieurs appels similaires sont restés sans réponse et n’ont pas suscité de «réaction visible». Il est particulièrement préoccupant que «les ministres de l’Éducation persistent à ignorer les conclusions, telles que celles du professeur Christian Drosten, sur l’infection et la maladie des enfants, des adolescents et des jeunes adultes par le SRAS-CoV-2».

Dans ce contexte, la perspective d’une infection dans les écoles prend des proportions dangereuses: «Il doit être possible d’appliquer les règles de l’AHA [Abstand, Hygiene, Atemschutz = distance, hygiène, protection respiratoire] de manière cohérente dans les écoles, surtout en ce qui concerne les personnes ayant un besoin particulier de protection».

Parmi d’autres mesures, les associations de parents d’élèves demandent un «plan d’hygiène par étapes, contraignant et spécifique à l’État»; une «prolongation de la politique de port obligatoire des masques»; une «réduction de la taille des groupes d’apprentissage»; et la «possibilité d’un enseignement hybride par roulement»; avec «le plus grand soutien numérique possible»; tout en «tenant compte des besoins des minorités».

En outre, la lettre déclare que «l'installation de systèmes de filtration de l'air ambiant», la «fourniture de masques de haute qualité (FFP2) pour toutes les personnes à risque accru» et la transparence complète des données d'infection dans les écoles, «ainsi que le dépistage ultérieur de tous les groupes concernés», sont tous indispensables.

L’appel public lancé par les parents est l’expression de la résistance qui se développe parmi les travailleurs et les jeunes à travers l’Europe contre les politiques criminelles de leurs gouvernements respectifs. Comme l’a rapporté le «World Socialist Web Site» en plein black-out médiatique, les étudiants de Pologne et de Grèce ont organisé de vastes actions de protestation, des boycottages scolaires et des occupations ces dernières semaines. En République tchèque, où les taux d’infection augmentent également de manière exponentielle, on a récemment fermé les écoles dans tout le pays.

Des millions d’étudiants, d’enseignants et de parents en Allemagne et en Europe sont de plus en plus conscients que leurs inquiétudes et leurs revendications les mettent en conflit direct avec les ministres de l’Éducation et les gouvernements, qui mènent de plus en plus ouvertement une politique inhumaine d’immunité collective.

Une expression typique de l’état d’esprit des enseignants est un commentaire anonyme sur le portail news4teachers. L’auteur remercie les associations de parents d’élèves et affirme que «la taille des groupes, la division, l’organisation, la forme d’enseignement» ne devraient plus être sous la supervision des ministres de l’Éducation et des autorités scolaires. Au lieu de cela, on devrait permettre «à nos collègues respectifs d’apporter des idées et de prendre des décisions en collaboration avec la direction de l’école et les parents».

«Nous demandons que les règlements actuels en matière de sécurité au travail soient mis en œuvre dans les écoles», écrit l’enseignante Marie sur Facebook. «Cela profiterait aussi à vos enfants, d’ailleurs, car cela minimiserait leur risque d’infection. Si vous voulez voir où nous allons, vous n’avez pas besoin de regarder si loin: la France, les Pays-Bas, la République tchèque, l’Autriche: le nombre de cas explose tout autour de nous».

Mardi, l’Institut Robert Koch (RKI), l’institution centrale du gouvernement allemand pour l’identification, la surveillance et la prévention des maladies infectieuses, a publié une «Recommandation d’action» non contraignante pour les écoles, qui indique explicitement qu’il y a de plus en plus d’épidémies observées dans les écoles après leur réouverture.

On propose dans le document de prendre d’autres mesures préventives – telle que l’introduction de masques obligatoires en classe – en fonction d’une évaluation des cas sur 7 jours au niveau du district. Le 15 octobre, la présidente de la Conférence des ministres de l’Éducation et des Affaires culturelles, Stefanie Hubig (Parti social-démocrate, SPD), a déclaré à la presse qu’elle s’opposait avec véhémence à un tel «automatisme» qui, de l’avis des ministres réunis, «n’a pas de sens».

Sur news4teachers, un enseignant, Georg, écrit: «Garder les écoles ouvertes est une priorité absolue pour les politiciens, apparemment à tout prix! Les élèves et les enseignants gravement malades ne sont alors que de malheureux dommages collatéraux à accepter. On évite à tout prix la moindre mesure qui coûterait de l’argent».

Il suggère «de raccourcir le programme d’études aux matières principales», «de réduire de moitié les classes de la première à la septième» et «d’utiliser les enseignants des matières secondaires» pour superviser ces classes. À partir de la huitième année, dit Georg, les cours des matières principales devraient avoir lieu en ligne lorsque cela est possible.

Un autre enseignant ajoute: «Les écoles (secondaires) de tous les autres pays européens sont un facteur crucial dans la propagation du coronavirus. Avec l’augmentation du nombre d’infections et des taux de mortalité, ce n’est plus possible de parler de contrôle efficace de l’infection. Cette politique irresponsable en éducation devient le moteur de la pandémie».

Un parent explique: «L’économie passe avant tout, c’est pourquoi tout doit rester tel quel dans les écoles. Notre enfant va en première année, tous sont sans masque et sans la distance de 1,5 mètre conseillée entre eux. Il y a deux enfants assis à la même table. Après les vacances d’automne, il est prévu de ventiler les salles de classe toutes les 20 minutes – mais il fait de plus en plus froid! En conséquence, les enfants et les enseignants seront bientôt cloués au lit avec un mauvais rhume ou même une pneumonie. C’est jouer avec la vie des gens!»

«C’est clair qu’il ne s’agit pas de l’éducation, d’enfants ou de sécurité au travail, mais seulement de s’assurer que les parents puissent aller travailler», écrit Palim, un autre enseignant. On doit maintenant exiger la «location de salles» et l’utilisation exclusive des «gymnases, réfectoires et autres salles» pour enseigner à de petits groupes. Au vu des «salles moisies et des plafonds qui risquent de s’effondrer», ajoute Palim, on voit bien «combien de salles de classe ne répondent même pas aux normes de ventilation».

Ni les ministres de l’Éducation ni la chancelière allemande ne prendront de telles mesures. Afin de faire respecter les petits groupes, les tests et la quarantaine, les parents, les enseignants et les élèves doivent s’organiser en comités d’action indépendants pour garantir des conditions d’enseignement sûres. Ils doivent unir leurs forces au niveau international et préparer une grève générale. Contactez-nousici pour participer à la mise en place de ces comités.

(Article paru en anglais le 19 octobre 2020)