La pandémie explose malgré les couvre-feu limités des États européens

Par Anthony Torres
22 octobre 2020

La semaine dernière a été établi un record depuis le début de l’épidémie en Europe, avec 700.000 nouveaux cas signalés et son plus lourd bilan en vies avec 8.000 décès liés au coronavirus. Le virus se propage malgré les mesures sanitaires limitées, tels des couvre-feu régionaux et la fermeture des bars, adoptées par la classe dirigeante européenne face à la résurgence de Covid-19.

Ces contaminations record soulignent la faillite des la politique de retour au travail et à l’école en présentiel afin de garantir aux banques un flux continu de profits malgré la pandémie. Cette campagne expose des millions de travailleurs et de jeunes à un virus mortel, dont les effets à long terme sur la santé sont encore inconnus.

Au cours d’un point presse à Copenhague, le directeur régional de l’OMS pour l’Europe Hans Kluge juge la situation «très préoccupante»: «Le Covid est désormais la cinquième cause de décès et la barre des mille décès par jour a été atteinte, bien que la situation ne soit pas similaire à celle de mars-avril». L'OMS avertit que des niveaux de mortalité «quatre à cinq fois supérieurs à ceux d'avril» pourraient survenir «d'ici janvier», si des "stratégies prolongées d'assouplissement" des restrictions étaient menées.

Malgré un durcissement des règles sanitaires, Kluge avertit que d’après les modélisations les plus optimistes, les niveaux de morbidité et de mortalité seront «légèrement plus élevés que lors de la première vague, mais avec une inclinaison moins forte.»

Toujours selon les modèles épidémiologiques invoqués par Kluge, «le port systématique et généralisé de masques (à une fréquence de 95 pour cent dès maintenant, contre moins de 60 pour cent aujourd’hui), ainsi que le contrôle strict des rassemblements, que ce soit dans les espaces publics ou privés, pourraient sauver jusqu’à 281 000 vies d’ici le 1er février dans les 53 États membres de la Région.»

Les mesures prises par les gouvernements européens ces derniers jours ne signifient pas l’abandon de la stratégie de «vivre avec le virus» mais sont une réponse à la montée de la défiance et de la colère des travailleurs et des jeunes contre cette politique de l’UE qui mène droit au désastre.

Hier, l’Espagne est devenu le premier pays européen à enregistrer plus d’un million de cas de Covid-19, six semaines après avoir passé la barre des 500.000 cas. L’Espagne a vu 575 morts la semaine passée. Mais les restrictions de mobilité régionales adoptées à Madrid et dans d’autres grandes villes exigent toutes que les étudiants et travailleurs non-essentiels continuent à aller à l’école ou au travail, garantissant que le virus continuera sa progression.

La Belgique, pays qui a compté le plus de morts par habitant lors de la première vague a annoncé qu’il allait étendre la fermeture des bars et des restaurants à tout le pays durant un mois et un couvre-feu qui ont commencé lundi. Cependant depuis lundi 1er octobre, la Belgique avait renoncé au port du masque obligatoire en extérieur et la fin des restrictions dans la sphère privée. Ceci favorise la circulation du virus.

Les pays de l’Est sont particulièrement touchés par l’accélération de l’épidémie en Europe. Selon le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies, la République Tchèque est depuis les 14 derniers jours, le pays d’Europe le plus exposé au Covid-19 avec 521.5 contaminations par 100.000 habitants enregistrées, dépassant ainsi la France (299,7) ou l’Espagne (299,8). Le gouvernement a demandé à l’armée de construire un hôpital de campagne de 500 lits à l’extérieur de Prague.

En Pologne, le gouvernement a annoncé lundi une flambée des contaminations. Le Stade national de Varsovie va se transformer en hôpital provisoire. De nouvelles restrictions sont imposées, surtout à Varsovie et dans d’autres grandes villes considérées à présent comme «zones rouges». Le port du masque y est obligatoire, y compris dans la rue.

Tous les lycées et les facultés situés dans ces zones sont fermés et pratiquent l’enseignement à distance. Les restaurants doivent fermer à 21h, les cérémonies de mariage sont interdites et le nombre de personnes admises dans les magasins, les transports publics et pour les offices religieux est limité.

In L’Irlande et le Pays de Galles ont quant à eux annoncé un confinement de 6 et 2 semaines commençant respectivement mercredi et vendredi pour permettre à la population de pouvoir se réunir pour les fêtes de Noël. Seules les personnes ayant un emploi essentiel auront «l’autorisation de se déplacer pour aller travailler». Les Irlandais ne pourront en outre sortir de chez eux pour faire de l’exercice que dans un rayon de cinq kilomètres autour de leur lieu de résidence, sous peine d’amendes.

Le premier ministre Micheal Martin a dit que ne rien faire serait «accepter des niveaux plus élevés de maladie et de mort, sans tenir compte des effets à long terme du virus sur beaucoup de gens. … Les preuves qu’une situation très grave pourrait émerger dans les semaines à venir sont trop fortes.» Mais il a quand même refusé de permettre aux jeunes d’étudier en distanciel, disant qu’ils «ont besoin d’une éducation», et remercié le personnel des écoles pour être «au front» face au virus.

Auparavant, l’Équipe nationale d’urgence sanitaire publique (NPHET) avait averti que la situation deviendrait «ingérable» sans une action immédiate. Elle a ajouté, selon le Irish Post,que «les hôpitaux auront grand mal à traiter les malades dans les semaines à venir, et il faut prendre des mesures extrêmes pour empêcher une catastrophe.»

Ceci ne fait que souligner le caractère politiquement criminel de l’inaction officielle dans d’autres pays européens plus durement touchés que l’Irlande, qui a vu 1.031 cas le 19 octobre, avec 261,7 cas positifs par 100.000 habitants.

La France, un des pays d’Europe les plus touchés a fermé ses restaurants et bars uniquement ainsi qu’un couvre-feu de 21h à 6h du matin dans les métropoles classés en « zone écarlate ». Avec plus de 30 000 contaminations par jour, Macron a fixé pour objectif de redescendre ce chiffre entre 3 000 et 5 000 lors de son allocution télévisée de dimanche. Les hôpitaux reportent les opérations programmés pour libérer des lits en réanimations. Sur les 4 500 lits de réanimation en France, 2 000 sont occupés par des malades du Covid-19.

Présenté comme l’un des meilleurs systèmes de santé dans le monde, la France a vu son système de santé être au bord de l’implosion lors de la première vague. Ce pays tout comme les autres pays européens se retrouve dans une situation proche de celle du mois de mars. Cependant rien ne dit que cette fois-ci le système de soins tiendra cette seconde vague. En effet les travailleurs de la santé ont été soumis à une tension énorme durant des mois et une vague de démission protestant contre l’impréparation du système hospitalier à une deuxième vague par le gouvernement Macron.

Dans le cadre du « Ségur de la santé » présenté comme une amélioration des conditions de travail des personnels et la prise en charge des patients, les 15 000 recrutements pour l’hôpital publics en France se font attendre.

Un médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris explique que «par rapport au printemps, nous sommes moins nombreux, notamment au niveau du personnel paramédical.» Une conséquence du problème des ressources humaines dans les hôpitaux est l’impossibilité d’ouvrir de nouveaux lits de réanimation, comme l’affirme l’anesthésiste-réanimateur Roland Amathieu: «Nous avons normalement un service de 13 lits. Seuls neuf sont ouverts à cause de problèmes de personnel et un tiers sont actuellement occupés par des patients Covid.»

Un gouffre sépare les sympathies sincères de larges masses de travailleurs pour le personnel soignant de la classe dirigeante, qui expose les hôpitaux à une nouvelle résurgence du virus. Ils voulaient à tout prix donner des milliers de milliards d’euros en plans de relance aux banques et aux grandes sociétés, alors que des millions de travailleurs, d’indépendants et de petits entrepreneurs perdaient leurs emplois ou leurs gagne-pain.

La lutte contre la deuxième vague en Europe nécessite une lutte des travailleurs et des jeunes contre la politique scientifiquement infondée et meurtrière des classes dirigeantes européennes. Seule une lutte pour mettre les grandes masses de la population à l’abri, tout en leur fournissant les soutiens financiers nécessaires, empêchera une catastrophe.

Ceci nécessite une lutte socialiste pour l’expropriation de l’aristocratie financière et pour bâtir les Etats Unis Socialiste d’Europe permettant de dégager les vastes ressources pour satisfaire les besoins notamment sanitaires des travailleurs et des jeunes en Europe.