Un attentat terroriste fait trois morts à Nice

Par Will Morrow
30 octobre 2020

Trois personnes ont trouvé la mort lors d’un attentat terroriste hier matin à l’intérieur de la basilique Notre-Dame de Nice.

L’assaillant est entré dans le bâtiment à 8h30, armé d’un couteau, et a attaqué des fidèles qui assistaient à la messe. On a retrouvé les corps de deux personnes à l’intérieur de l’église: une femme de 60 ans, presque décapitée, et le sacristain. Une autre femme de 55 ans est morte de coups de couteau peu après s’être enfuie de l’église. La police arrivant sur les lieux a tiré sur l’assaillant, qui aurait crié: «Allah Akbar.» Arrêté, il serait dans un état critique.

L’agresseur serait Brahim A., un migrant tunisien de 21 ans. Arrivé sur l’île italienne de Lampedusa en septembre dernier après avoir traversé la Méditerranée, il se serait rendu à Paris au début d’octobre. Aucun lien avec une quelconque organisation terroriste n’a été signalé. Aujourd’hui un homme de 47 ans a été placé en garde à vue, accusé d’avoir été en contact avec Brahim la veille de l’attaque.

L’attentat s’est produit deux semaines après l’attentat terroriste du 16 octobre près d’un collège de Conflans Sainte Honorine, au nord-ouest de Paris. L’enseignant Samuel Paty a été poignardé et décapité. Un jeune islamiste tchétchène l’avait pris pour cible parce qu’il avait montré à ses élèves une caricature anti-musulmane dans le cadre d’un débat sur la «liberté d’expression.»

L’attentat terroriste à Nice est également un crime horrible. Il révèle une fois de plus la faillite et le caractère réactionnaire du terrorisme individuel. Non seulement trois personnes innocentes sont tragiquement mortes. L’attentat a donné à l’administration Macron et à l’establishment politique l’occasion d’intensifier leur campagne à caractère raciste contre les musulmans et les immigrants, de semer la confusion et la division, et d’approfondir les attaques contre les droits démocratiques de millions de travailleurs.

Le gouvernement a annoncé qu’il ferait une série d’annonces plus tard dans la journée. Macron a annoncé hier qu’il augmenterait 3.000 à 7.000 le nombre soldats en patrouille à l’intérieur de la France dans le cadre de l’opération «Sentinelle».

Christian Estrosi, le maire Républicain de Nice, a dit à France Inter que «l’islamo-fascisme a encore frappé». Il a appelé à une répression violente, déclarant qu’ «il est temps que l’on fasse fi des armes de la paix pour passer à celles de la guerre.»

Le député de droite Eric Ciotti a indiqué qu’il avait demandé au gouvernement de cesser immédiatement toute migration vers la France, y compris à travers une interdiction illégale de toute demande d’asile. Marine Le Pen, le leader du Rassemblement national néofasciste, a tweeté que l’attaque «impose à nos dirigeants une réponse globale visant à l’éradication de l’islamisme de notre sol.»

Dans son discours hier, Emmanuel Macron a déclaré que «si nous sommes attaqués, une fois encore, c’est pour les valeurs qui sont les nôtres, pour notre goût de la liberté, pour cette possibilité sur notre sol de croire librement et de ne céder à aucun esprit de terreur.» Cette fraude vise à laver le caractère répressif de son gouvernement et à dissimuler la responsabilité politique de la classe dirigeante française dans les attentats terroristes.

La France, qui a détenu un vaste empire colonial en Afrique et au Moyen-Orient, a participé à deux décennies de guerres à travers la région, d’Afghanistan jusqu’en Syrie, en Libye et au Sahel. Paris a lancé des opérations néocoloniales visant à dominer les ressources naturelles et des positions stratégiquement cruciales de la région. Des millions de personnes sont mortes, créant aussi la plus grande crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale.

À partir de 2011, en Libye et en Syrie, la France a soutenu et armé des réseaux islamistes, y compris ceux liés à Al-Qaïda, dans des guerres visant à renverser les gouvernements de Mouammar Kadhafi et de Bachar al-Assad. Des atrocités comme celle d’hier à Nice se sont déroulées chaque semaine, voire chaque jour, pendant la guerre sectaire déclenchée en Syrie par les alliés «démocratiques» de l’État français. Des terroristes ont circulé librement entre l’Europe et le Moyen-Orient, sous le regard des services de renseignement de l’OTAN.

Ces deux décennies de guerres néocoloniales ont profondément impacté la politique intérieure de la France et de toute l’Europe. Cette même période a vu une campagne de l’establishment politique français visant à persécuter et vilipender les immigrés et les musulmans, notamment par l’interdiction de la voile dans les écoles en 2004 et de la burqa dans les lieux publics en 2010.

Macron a intensifié toutes ces politiques depuis son arrivée au pouvoir. Il fait actuellement passer une loi sous couvert de «laïcité» et d’opposition au «séparatisme» pour imposer des restrictions aux associations et écoles musulmanes, sans restrictions équivalentes aux écoles chrétiennes, et donne à l’État le pouvoir de dissoudre les associations déclarées contraire aux «valeurs de la République». Macron a déclaré que l’Islam était en «crise» et que l’«Islam radical» voudrait conquérir la France.

Depuis janvier, la police française a fermé 71 mosquées, au motif qu’elles seraient des sources de «radicalisation» et de «terrorisme». La semaine dernière, la mosquée de Pantin, aux portes de Paris, a été fermée au seul motif qu’elle avait partagé les vidéos Facebook du parent d’une élève Samuel Paty qui le critiquait. La mosquée a retiré la vidéo immédiatement après l’attentat terroriste, qu’elle a condamnée.

Ces actions ne servent pas seulement à terroriser et à stigmatiser la population musulmane. La fermeture des lieux de culte vise à créer un climat d’extrême droite dans lequel tous les musulmans, soit un peu moins de 10 pour cent de la population, sont traités de source potentielle d’attentats terroristes.

Depuis l’assassinat de Paty le 16 octobre, la campagne anti-musulmane du gouvernement a atteint un niveau hystérique. Si le gouvernement s’était donné le but d’inciter des attentats terroristes, il n’aurait pas fait autre chose que de lancer la campagne anti-musulmane qu’il mène à présent.

La semaine dernière, le ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin a dit qu’il est «choqué» lorsqu’il entre dans un supermarché et y voit des «rayons de cuisines communautaires», c’est-à-dire halal et casher, et a prétendu que «c’est ainsi que le communautarisme commence».

Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a dénoncé «l’islamo-gauchisme», c’est-à-dire ceux qui s’opposent aux politiques anti-musulmanes, d’être des «complices intellectuels» du terrorisme.

Les politiques anti-musulmanes de Macron ont déclenché de nombreuses manifestations dans le monde musulman, notamment au Bangladesh, en Tunisie, en Afghanistan et au Mali. Macron s’est vu dénoncé cette semaine par le président turc Recep Tayyip Erdogan dans le cadre d’un conflit géopolitique qui s’intensifie entre la France et la Turquie.

La dernière crise diplomatique a suivi la publication d’une caricature anti-musulmane, provocatrice et fascisante par Charlie Hebdo. L’image montre Erdogan en sous-vêtements soulevant la jupe d’une femme voilée. Macron a cyniquement déclaré que sa défense de l’image fait partie de sa défense de la «liberté d’expression».

Macron, qui en 2018 a salué le dictateur nazi-collaborateur français Philippe Pétain en tant que «grand soldat», travaille à promouvoir l’extrême droite. On voit l’impact de cette campagne avec la tentative d’attentat fasciste hier à Avignon. Un membre du mouvement fasciste Identitaire, âgé de 33 ans, arborant un maillot «Défendre l’Europe» selon Médiapart, aurait menacé un commerçant maghrébin d’un fusil et fait un salut nazi, avant d’être abattu par la police.