Alors que le confinement partiel dicté par Boris Johnson commence: la classe ouvrière doit intervenir pour empêcher une catastrophe du COVID-19

Par Thomas Scripps
6 novembre 2020

Le premier ministre Boris Johnson a été contraint d'imposer un deuxième «confinement» d'un mois après que son gouvernement ait été révélé comme étant une cabale de meurtriers de masse.

Pendant des mois, l'hypothèse avancée par l’élite dirigeante a été que 85.000 vies supplémentaires seraient perdues à cause du COVID-19 cet hiver dans le «pire des scénarios raisonnables». De nouvelles projections publiées samedi ont montré que ce bilan épouvantable était une sous-estimation. Le Royaume-Uni est confronté à une vague d'infections au COVID-19 et de décès bien pires que la vague initiale subie au printemps.

Cette catastrophe a été préparée par la politique du gouvernement conservateur et de ses co-conspirateurs du Parti travailliste et des syndicats. Il incombe à la classe ouvrière d’enlever la direction de la société des mains de ces criminels pour éviter de terribles pertes en vies humaines.

Le premier ministre Boris Johnson lors d’une conférence de presse sur le Covid-19 le samedi 31 octobre à sa résidence de 10 Downing Street. (Source: Pippa Fowles / No 10 Downing Street)

Tout en admettant aux députés lundi que les décès cet hiver pourraient être «deux fois plus graves ou plus par rapport à la première vague», Johnson a clairement indiqué que la classe dirigeante britannique n'a aucune intention sérieuse de supprimer le virus. Son annonce samedi dernier d'un mois de nouvelles restrictions nationales s'est accompagnée d'une défense du bilan du gouvernement. Touchant le fond du cynisme politique, il a justifié les projections de plusieurs milliers de décès par jour et le débordement d'hôpitaux comme preuve de la nécessité «d'être humble face à la nature».

La pandémie n'est pas une catastrophe naturelle. Johnson couvre ses actions répugnantes d’avoir encouragé la propagation du virus, mais il parle au nom de tout l'ordre social capitaliste. Plus de 1,2 million de personnes sont mortes parce que la vie humaine est considérée comme facilement remplaçable dans la poursuite impitoyable du profit. Ce fait est si chargé de conséquences explosives qu’il doit être présenté comme le travail de forces naturelles irrésistibles – dans le style de l'affirmation de Thomas Malthus du XVIIIe siècle selon laquelle la faim et la maladie sont le sort inévitable de la classe ouvrière «excédentaire».

Quel est le véritable bilan de l'année écoulée? Dès le départ, les conservateurs n'avaient aucune intention de combattre le virus. Leur politique déclarée était celle de «l'immunité collective», permettant la dissémination du virus dans la population avec la justification pseudo-scientifique qu’au bout du compte cela conférerait l'immunité à la population, après la mort de centaines de milliers de personnes. Ce plan homicide n'a été modifié par Johnson que par crainte d'une vague de grèves contre des conditions dangereuses dans les lieux de travail qui commencèrent à se répandre en Grande-Bretagne et en Europe, et du risque que la révulsion populaire devant sa réponse à la pandémie puisse se transformer en opposition politique de masse.

Parallèlement à des fermetures similaires à travers l'Europe, l'imposition forcée du confinement du 23 mars a sauvé des millions de vies. Mais de mai à juin, Johnson est revenu à sa stratégie initiale, mettant fin prématurément au confinement et encourageant activement les comportements qui propagent le virus.

Des millions de personnes ont reçu l'ordre de s’engouffrer dans les transports en commun et reprendre le travail, sans système de test, de suivi et de traçabilité à proprement parler et sans qu’aucun programme d’inspection sanitaire n’ait été entrepris. Johnson a rouvert les secteurs de l'hôtellerie, du divertissement et des loisirs, avec l'instruction: «Je pense que les gens doivent sortir et s'amuser.» Le ministre des Finances Rishi Sunak a organisé un programme de subventions financières «Eat Out to Help Out» (manger au restaurant c’est prêter main-forte) encourageant des millions de personnes à retourner dans les bars et les restaurants. Les quarantaines ont été supprimées pour encourager les vacances à l'étranger, y compris vers les destinations touchées par le COVID en France et en Espagne.

Les écoles et les universités ont été entièrement rouvertes à des millions d'élèves, d'étudiants et de membres du personnel en septembre. Johnson et le secrétaire à l'Éducation, Gavin Williamson, ont rejeté toute suggestion d'enseignement en ligne.

Une série de restrictions farfelues ont été introduites – y compris des «confinements locaux», la «règle de six» et un «système d’étapes» régional de réglementations – dont le principal effet était de semer la confusion et de discréditer la légitimité des interventions de santé publique.

La priorité absolue du gouvernement a été de garder l'économie ouverte pour assurer un flux continu de profits vers les super riches. Les décès, concentrés parmi les couches les plus âgées de la population considérée comme une ponction improductive sur les finances de l'État, sont vus comme une retombée économique.

Encore une fois, ce n'est que la peur d'une opposition de masse qui a forcé Johnson à adopter de nouvelles mesures. Les conservateurs ont créé les conditions dans lesquelles la propagation du virus menace des pertes de vies en masse et un effondrement du Service national de la santé, ce qui laisse entrevoir une réaction populaire. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a déclaré que les manifestations n'étaient plus exemptes des restrictions de confinements, qu'elles soient conformes ou non au protocole de COVID.

Le nouveau confinement est nettement plus limité que le premier. Tous ceux qui ne peuvent pas faire de télétravail – à l'exception des employés de l'hôtellerie, des divertissements, des loisirs et de la vente au détail non essentiels – devront travailler sur place. Les écoles, collèges et universités resteront ouverts. Ces exemptions, laissant des millions de personnes exposées au virus, réduiront considérablement l'efficacité du confinement. Les scientifiques suggèrent que le mois de restrictions pourrait diminuer les infections de 10 pour cent seulement. Le virus continuera donc à se propager de manière exponentielle.

Même cette intervention limitée se heurte à l'opposition d'une partie substantielle du Parti conservateur et de ses alliés au sein du Brexit Party de Nigel Farage – qui sera bientôt rebaptisé le parti «Réforme» anti-confinement. À leur tête se trouve sir Graham Brady, président de la Commission 1922 (constituée de l’arrière-ban conservateur), ils exigent la fin de toute prétention à vouloir maitriser le virus.

L'opposition au gouvernement va en grandissant, mais elle ne peut aller de l'avant qu'en élaborant un nouveau programme et une nouvelle direction politiques.

Cette crise a révélé le Parti travailliste et les syndicats comme étant les complices du gouvernement Johnson. Dans les premiers jours de la pandémie, les syndicats ont démobilisé les luttes sociales et les manifestations des travailleurs pour de meilleures conditions de sécurité, s'engageant à collaborer avec Johnson «dans l'intérêt national». Ils ont supervisé la réouverture dangereuse des lieux de travail et des établissements scolaires, abandonnant tous les «tests» et «lignes rouges» précédemment déclarés. Alors que la colère monte parmi leurs membres, ils font désormais tout leur possible pour empêcher la grève en soutenant ces dernières mesures ou, au mieux, en demandant poliment qu’elles soient étendues pour couvrir partiellement les milieux éducatifs.

Le Parti travailliste s’est incliné devant le gouvernement conservateur dès le début de la crise, avec d'abord Jeremy Corbyn, puis sir Keir Starmer ne promettant qu'une «opposition constructive»: un euphémisme pour la collusion. Starmer, fervent partisan de la réouverture des écoles, «pas de si, pas de mais», a fait une tentative pathétique de maquiller son bilan criminel le mois dernier en affichant son accord tardif à un confinement de deux semaines appelé «disjoncteur». Ses arguments en faveur de celui-ci portaient uniquement sur le besoin de minimiser les perturbations pour les entreprises du Royaume-Uni par une explosion incontrôlée du virus. Le Parti travailliste soutient le confinement limité dicté par Johnson, y compris le maintien des écoles ouvertes.

Corbyn et la «gauche travailliste» sont tout aussi coupables. Corbyn a même admis dans une interview du mois d’août avoir été informé à l'avance du plan d'«immunité collective» du gouvernement, alors qu'il était toujours à la tête du Parti travailliste. Prévenu de cette politique de mort de masse, il n'a alerté personne.

Depuis, il ne s'est jamais opposé une seule fois à la réouverture de l'économie. Lui et ses alliés, John McDonnell, Dianne Abbott et autres, déploient toutes leurs énergies pour faire annuler la suspension de Corbyn du Parti travailliste. Ils font appel aux membres de la base pour qu'ils ne quittent pas le parti qui fait une chasse aux sorcières antisémite tout en collaborant avec Johnson.

Une rupture politique avec ces organisations est une question de vie ou de mort pour la classe ouvrière. Des grèves sauvages d'étudiants et d'enseignants ont déjà éclaté en Grèce, en Pologne et en France contre la réouverture dangereuse des écoles. Le même sentiment existe au Royaume-Uni, mais les travailleurs et les jeunes doivent prendre conscience de la lutte dans laquelle ils sont engagés.

Les énormes défis posés par la pandémie ne peuvent être relevés sans une attaque frontale contre le système de profit capitaliste et la monopolisation de la richesse sociale par les super-riches. Il s'agit d'une lutte internationale contre une pandémie mondiale et un ordre économique mondial. Elle nécessite un mouvement international de la classe ouvrière à travers toutes les frontières nationales artificielles, agissant à travers ses propres organisations indépendantes.

C'est le programme que défend le Socialist Equality Party (Royaume-Uni) et ses partis frères au sein du Comité international de la Quatrième Internationale.

Le 27 mai, le Socialist Equality Party, SEP (Parti de l’égalité socialiste) a publié une déclaration (en anglais) appelant à la formation de «comités de sécurité de la base dans chaque usine, bureau et lieu de travail. Ces comités, dirigés démocratiquement par les travailleurs eux-mêmes, devraient formuler, mettre en œuvre et superviser les mesures nécessaires pour protéger la santé et la vie des travailleurs, de leurs familles et de la communauté en général».

La déclaration explique que «la pandémie est inséparablement liée à une lutte des travailleurs contre la classe dirigeante – l'oligarchie de la grande entreprise et des finances – et sa dictature sur la vie économique et politique. C'est donc un combat contre le capitalisme et pour le socialisme, la restructuration de la société basée sur le besoin social et non sur le profit privé».

Le 25 septembre, le SEP en Grande-Bretagne, le Sozialistische Gleichheitspartei (Allemagne), le Parti de l'égalité socialiste (France) et Sosyalist Eşitlik (Turquie) ont lancé un appel commun, «Pour une grève générale afin de stopper la résurgence de COVID-19 en Europe!» La tâche à laquelle une telle grève était confrontée, expliquait l'article, était une «lutte pour saisir les ressources volées par la classe dirigeante pendant des années de renflouements obscènes, faire tomber les gouvernements de l'UE, renverser le système capitaliste et remplacer l'UE réactionnaire par les États socialistes unis d’Europe.»

Des dizaines de milliers de vies dépendent de cette perspective adoptée et défendue par les travailleurs et les jeunes, et de leur décision de rejoindre le SEP et de faire du CIQI la nouvelle direction socialiste de la classe ouvrière internationale.

(Article paru en anglais le 5 novembre 2020)